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28/10/2011

LIBYE/OTAN : LA SURPRISE HABITUELLE CHEZ LES MEDIAS OCCIDENTAUX VA-T-EN APRES LE RENVERSEMENT DU GUIDE QUE LEURS CHEFS D'ETATS MALADES QUI LES GOUVERNENT ONT FINANCE EN HOMME ET EN ARMES DES NAÏFS IRREFLECHIS ET IMPULSIFS

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La Libye, la charia et l'embarras occidental

Chronique "International" | LEMONDE | 27.10.11 | 13h20   •  Mis à jour le 28.10.11 | 11h43

par Natalie Nougayrède (Chronique "International")

L'annonce a provoqué une grande onde de frissons. Le 23 octobre, le jour où était proclamée la "libération" complète du territoire de la Libye, et où, à Paris, Londres et Washington, était saluée une victoire qui, avec la mort de Mouammar Kadhafi, signait la fin de plus de quarante ans de dictature brutale, le président du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, annonçait l'"adoption de la charia comme loi essentielle".

Il n'en fallait pas plus pour alimenter les critiques de ceux qui, depuis le début, ne voyaient dans l'intervention armée en Libye qu'une nouvelle boîte de Pandore islamiste s'ouvrant dans le monde arabo-musulman, ou encore l'effet pervers de calculs de dirigeants occidentaux en mal de nouvelles conquêtes… Et il faut bienreconnaître que les propos de M. Abdeljalil ont jeté un sérieux froid.

L'intéressé fut manifestement prié par ses partenaires occidentaux de corriger le tir. Le lendemain, il précisait : "Nous sommes des musulmans modérés." Ajoutant cependant que "la charia, à l'appui d'un verset du Coran, autorise la polygamie".

L'INTERPRÉTATION DE LA CHARIA NE CONTREDIT PAS TOUJOURS LES NORMES INTERNATIONALES

La charia sert de référence dans la législation de plusieurs pays : dans les Etats sunnites du Golfe, en Iran, au Pakistan. Son interprétation connaît des variations, et celles-ci ne contredisent pas toujours les normes internationales protégeant les droits fondamentaux. C'est toute l'ambiguïté de la situation en Libye : une intervention armée menée au nom des valeurs démocratiques peut-elle laissercarte blanche aux nouveaux acteurs de la scène libyenne pour forger leurs propres concepts politiques et décliner, à leur guise, la loi coranique en fonction de traditions locales rigoristes ?

Quels mécanismes concrets les en empêcheraient au juste, en sachant que les Occidentaux n'ont jamais eu beaucoup d'influence sur l'Arabie saoudite ni sur d'autres pays piliers de l'Organisation de la conférence islamique, où se pratique une lecture très particulière de l'universalité des droits de l'homme ?

C'est, au fond, toute la difficulté de la définition de l'objectif final des entreprises militaires en terre musulmane, validées par l'ONU, qui se retrouve posée, de manière spectaculaire. A la différence du débat sur le poids du parti islamiste Ennahda en Tunisie, l'affaire de la charia en Libye survient avant la tenue du moindre exercice électoral et dans la foulée d'une action armée internationale qui a permis le renversement du tyran. L'ingérence armée en Libye établit un rapport de responsabilité occidentale directe sur ce qu'il adviendra en Libye. La Tunisie s'était débarrassée seule de son dictateur.

COMPOSER AVEC UN COURANT TRADITIONALISTE

En Afghanistan, pays libéré des talibans et d'Al-Qaida par une coalition déployée en 2001, l'"empreinte" des Occidentaux et leur capacité à établir une démocratie durable n'ont pas été sans accrocs, loin s'en faut. Le récent rapport de l'ONU sur la torture dans les prisons afghanes l'a rappelé. Le reflux du contingent international à l'horizon 2014, et les tractations avec les talibans qui l'accompagnent, font craindrepour le droit des femmes dans ce pays et, au-delà, nourrissent la peur d'une reprise de la guerre civile. La charia sert déjà de repère juridique dans l'Afghanistan du président Hamid Karzaï, obligé de composer avec un courant traditionaliste et – rappelons-le – contraint par les Occidentaux en 2009 d'abroger une loi islamique autorisant le viol d'une femme par son époux.

On pouvait donc comprendre le malaise d'Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères, déclarant, à propos de la sortie de M. Abdeljalil, que la France serait "vigilante""Nous avons des lignes rouges : l'alternance politique, les droits de l'homme, l'égalité hommes-femmes. (...) La polygamie n'est pas la conception que nous nous faisons de la dignité de la femme", ajoutait-il.

Les parrains occidentaux du CNT peuvent brandir, comme l'a fait M. Juppé, le levier de la "conditionnalité" des aides européennes aux transitions arabes : plus les préceptes démocratiques seront respectés, plus l'assistance se concrétisera. Mais en Libye, le pays d'Afrique avec les plus grandes réserves de pétrole, l'argument peut-il porter tant que cela ? L'architecture politique de l'Afghanistan d'aujourd'hui est due, pour une grande part, à la présence d'un contingent occidental massif, dont le pouvoir de Kaboul a largement dépendu pour tenir. Rien de tel en Libye – et pour de bonnes raisons –, où tout va s'échafauder en partant de zéro.

LUTTE POUR LE POUVOIR EN LIBYE ET CLIVAGES RÉGIONAUX

Le contexte libyen est difficile, car s'y joue un bras de fer évident, sur le terrain, entre les tenants d'un certain libéralisme politique et des groupes islamistes, forts de leur rôle dans la victoire militaire. Le message de M. Abdeljalil semblait destiné àcomposer avec les hommes du gouverneur militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, qui a la particularité d'avoir un passé de djihadiste en lien avec Al-Qaida. Le puissant chef de guerre a certes répété qu'il avait tourné cette page. Mais la lutte pour le pouvoir bat son plein en Libye, sur fond de clivages régionaux et de délicate répartition de la manne pétrolière. Les retards dans la formation d'un gouvernement transitoire l'attestent.

S'ajoute un autre facteur de complication : le jeu du Qatar. Grand parrain financier et militaire des forces anti-Kadhafi, l'émirat joue la carte islamiste en Libye. L'aile politique du CNT lui a reproché de continuer ses livraisons d'armes aux hommes de Belhadj. La France est gênée aux entournures par ces agissements d'un allié devenu encombrant. Le Qatar a fourni, avec les Emirats arabes unis, le "vernis" arabe indispensable à l'intervention en Libye. Il entend aujourd'hui récolter les dividendes politiques – voire pétroliers – de cette mise. Il vient de le montrer de la manière la plus directe en révélant, mercredi 26 octobre, que plusieurs centaines de ses soldats avaient soutenu les rebelles libyens au sol. "Je suis chez moi" en Libye, déclarait en septembre l'émir du Qatar. Dont le régime est loin d'être, chez lui, un parangon de vertus démocratiques... En Libye bien plus qu'en Afghanistan, les lendemains de l'intervention dépendront aussi des partenaires extérieurs que les Occidentaux se sont choisis dans leur entreprise.


nougayrede@lemonde.fr

 

Article paru dans l'édition du 28.10.11

Commentaires

Waouh ! Ce blog est juste comme mon ancien ! C'est sur un sujet totalement différent, mais il a peu près la même mise en page et le design. Grand choix de couleurs !

Écrit par : maxosize temoignage | 08/10/2014

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