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09/11/2011

CONGO/KINSHASA : ALORS A QUI LA FAUTE ? D'ABORD AUX CHANTEURS ET DANCEURS CONGOLAIS QUE MOBUTU AVAIT FORMES ET ENSUITE A LEURS PARTENAIRES OCCIDENTAUX QUI PRENNENT SANS COMPTER VOILA

Kinshasa, capitale d'un grand corps malade

La République démocratique du Congo est un pays aujourd'hui à l'agonie. Symptomatique des maux qui rongent l'ancienne colonie belge, sa capitale, Kinshasa, abandonnée à la corruption et aux ordures...

Une voiture incendiée dans les rues de Kinshasa. REUTERS / Finbarr O'Reilly

l'auteur

Pierre Malet

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Nicolas Sarkozy a commencé jeudi 26 mars sa tournée africaine par une visite en République démocratique du Congo. Une première pour un chef d'Etat français depuis 25 ans. Mais il aura passé à peine quelques heures dans cette capitale, symbolisant l'agonie d'un pays qui avait tout pour réussir. Dommage qu'il ne soit pas resté plus longtemps, la visite de Kinshasa vaut le détour et permet d'appréhender quelques-uns des maux de ce pays à l'agonie.

Une ville en ruine

À deux pas des murs de l'Ambassade de France, les trottoirs défoncés de Kinshasa sont jonchés d'ordures. «Et dire que c'était la plus belle capitale d'Afrique» se désole Julien Basongo, un avocat d'affaires qui boit une bière belge, la Primus, à une terrasse de ce centre ville qui a tout d'un bidonville.

«Dans le quartier des ambassades, il y a encore l'eau et l'électricité le plus souvent, mais dans le reste de la ville, c'est de pire en pire. On est devenu nostalgiques de l'époque de Mobutu (au pouvoir jusqu'en 1997)» constate ce Kinois qui ne comprend pas comment son pays a pu en arriver là.

Paradoxe parmi tant d'autres dans ce pays gigantesque : les barrages hydrauliques de la RDC produisent de l'électricité, vendue au Congo Brazzaville et à l'Afrique du Sud. Alors même que ce pays grand comme quatre fois et demi la France manque cruellement de courant.

«Le Congo est un scandale géologique. Nous avons tout. Des diamants, de l'étain, de l'or, du coltan, du cuivre, de l'or. Mais nous sommes plus pauvres que jamais. On ne produit rien. Même la salade que nous mangeons vient de Belgique, c'est moins compliqué et plus sûr que de la faire venir de province» se lamente Henriette, une commerçante Kinoise.

C'est d'autant plus vrai que la RDC est dépourvue de routes. Pour parcourir le pays les Congolais n'ont d'autre choix que de monter dans des avions de compagnies privées qui battent des records de dangerosité.

Le dollar comme valeur refuge

Pourtant, à Kinshasa comme dans les villages, les dollars américains tiennent lieu de monnaie. «La seule devise à laquelle nous faisons vraiment confiance, c'est l'Américaine» souligne un chauffeur de taxi qui circule à Matongué, quartier de la capitale où la bière se vend six dollars. Un quotidien kinois, le Soft international, vendu dans la rue, s'achète sept dollars. Une fortune pour des Congolais dont la grande majorité vivent avec moins d'un dollar par jour. Selon le FMI, en 2008, le PIB (Produit intérieur brut) par habitant était d'à peine 206 dollars. Pourtant, peu de capitales présentent un tel étalage de voitures de luxe alors que les routes sont criblées de nids-de-poule.

Faute de transport en commun, les Congolais sont obligés de monter dans des taxis d'un autre âge. Sans freins, avec des volants venus d'autres modèles, des freins à main qui ne fonctionnent pas. La moindre course de quelques minutes se monnaie facilement 20 dollars américains.

«Le Congo est une kleptocratie. Tout l'argent que rapportent les mines part dans les poches des dignitaires du régime et des militaires. Rien n'est fait pour développer des infrastructures», souligne un jeune médecin qui tient à garder l'anonymat par peur des représailles. Selon un récent rapport de Human Rights watch, le régime de Joseph Kabila (qui est arrivé au pouvoir en 2001) aurait fait éliminer physiquement plus de 500 opposants au cours des derniers mois.

Pas de services

A Kinshasa, il est presque impossible de trouver une ligne de téléphone fixe. Au total, le pays en compte moins de 10 000, alors que la RDC est peuplée de plus de soixante millions d'habitants. L'un des taux d'équipements les plus bas du monde. Du coup, les Congolais se sont rabattus sur les portables. Ils en possèdent cinq millions. Un juste retour des choses pour un pays qui contribue grandement à la production des mobiles. La RDC possède 30% des réserves mondiales de coltan, un minerai essentiel à la production de portable. Les abonnements aux portables se paient, eux aussi, en dollars

Autre paradoxe, dans ce pays, si pauvre, il est difficile de trouver une chambre d'hôtel correcte à moins de 200 dollars dans la capitale. Un appartement de bonne taille dans un «quartier sécurisé» va facilement coûter 4 à 5000 dollars par mois. Mais même dans des hôtels de luxe, des clients ont récemment été tués par des «balles perdues».

Le président français Nicolas Sarkozy ne passe pas la nuit dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Après quelques heures à peine en RDC, il sera de l'autre côté du fleuve Congo pour dormir à Brazzaville, la capitale de l'autre Congo, avec lequel la France entretient d'excellents rapports. La capitale de l'autre Congo, ex-colonie française est réputée plus sûre.

L'épineux problème posé par l'ONU

A Kinshasa, le coût de la vie a encore augmenté avec l'arrivée de la mission des Nations Unies (MONUC) en 1999. Elle compte déjà 15 000 militaires et 3000 civils. «Jusque dans les villages, à cause d'eux on connaît les dollars. Ils payent les filles avec. En Ituri (Est de la RDC), les villageoises ont rebaptisé les dollars les Uruguayens à cause de la «générosité» des casques bleus latino américains. Ils ont été jusqu'à ouvrir des bordels avec des mineures», explique sous couvert d'anonymat un représentant de la MONUC.

Chaque année, la MONUC coûte plus d'un milliard de dollars aux Nations Unies, sans parvenir à mettre un terme aux conflits armés qui ont fait près de 4 millions de victimes au cours des dernières années.

Dans cette économie dollarisée, où 90% de la population est sans emploi, la «débrouille» est devenue la règle. Payé 100 dollars par mois, Claude, un journaliste de la télévision nationale avoue tout de go qu'il vit de la corruption, «comme tout le monde».

«Mon salaire mensuel me paie une soirée en boîte à Matongue avec les copains. C'est juste de l'argent de poche. Mais quand un homme politique veut passer à la télévision, il me donne 5000 dollars américains. Ici, ça marche comme ça.»

Pierre Malet

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