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17/12/2011

RSA : JUSQU'OU IRONT LES MEDIAS OCCIDENTAUX QUI GUETTENT DEJA LA MORT DE MADIMBA ?

mise à jour 07/10/2011, 0 réaction (réagir)

 

Voir Mandela et s'enrichir

Le nom de Mandela se prête à toutes sortes de récupérations commerciales. Le voilà cité dans le pitch d’un programme de téléréalité. Texte et dessin inédits de Damien Glez.

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Damien Glez

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Monseigneur Desmond Tutu est lapidaire: l’Afrique du Sud, c’était moins bien avant Mandela, c’est moins bien après Mandela. En apprenant que le Dalaï Lama ne pourrait pas obtenir de visa pour assister à l’anniversaire du prélat, ce dernier a, en effet, estimé, ce mardi, que l'actuel gouvernement de son pays était «pire qu'au temps de l'apartheid». Nelson «Madiba» Mandela serait donc le mètre étalon de la politique sud-africaine, l’icône historique à laquelle ne pourrait se mesurer ni un glacial Mbeki, ni un bonimenteur Zuma, ni un effrayant Malema.

Mieux que Lech Walesa pour la Pologne ou Václav Havel pour la Tchécoslovaquie, le mythe du combattant sud-africain de la liberté a résisté à l’exercice du pouvoir. Le héros n’est pas seulement national ou continental. Chaque 18 juillet (sa date anniversaire), c’est à travers le monde qu’on célèbre le «Mandela day» que chantait le groupe Simple Minds dès 1988. En s’apprêtant à interpréter le rôle de Madiba, le comédien américain Morgan Freeman l’affirmait: «Si l’humanité devait se choisir un père, ce serait sans doute Mandela».

Mandelamania

Si Mandela lui-même se refuse à devenir une icône, une telle popularité se prête évidemment à toute sorte de dérive commerciale. En avant pour la «Mandelamania».

Déjà, le vieux Madiba fait l’objet d’un culte digne d’une rock star. Et de l’objet du culte au culte de l’objet, il n’y a qu’un pas. Tout le monde veut être pris en photo à côté du vieux sage. Qui pour rapporter un souvenir touristique, qui pour brandir une homologation idéologique. La pellicule cinématographique n’échappe pas à la fascination de la pellicule photographique. Rarement une personnalité aura été autant interprétée dans des longs métrages de fiction de son vivant. Les deux plus gros succès auront été «Goodbye bafana» de Bille August et «Invictus» de Clint Eastwood. On ne compte plus les livres sur Madiba, dont l’officiel «Conversations avec moi-même». Marketing oblige, l’ancien président sud-africain est le héros d’une bande dessinée. Il s’en amuse:

«Quand vous devenez un personnage d’une bande dessinée, vous savez alors que vous êtes vraiment célèbre».

Image-hommage toujours: un timbre sud-africain à son effigie a été lancé pour son quatre-vingt dixième anniversaire. Depuis longtemps, il apparaissait sur des enveloppes gabonaises ou soviétiques.

De l’œuvre artistique, on verse rapidement dans la frénésie marchande. Et l’on décline toutes les variables du merchandising. Le héros de la lutte anti-apartheid devient textile. En 2007, les supermarchés sud-africains Pick'n Pay arboraient des tabliers de cuisine à son effigie. Comme le visage du «Che», l’imagerie Mandela est exploitée sur toutes sortes de produits dérivés: des pièces d'or, des tee-shirts, des polos, des posters, des bracelets de la marque de luxe Montblanc estampillés “46664”, en référence à son numéro de cellule dans la prison de Robben Island.

La Fondation Mandela tente de veiller au grain. Elle a déposé la marque «Mandela» à l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle de Genève. Elle-même utilise avec parcimonie l’image de son héros. À son arrivée à la tête de la Fondation, l'écrivain Achmat Dangor a remplacé le visage de Mandela, sur les objets promotionnels, par une photo de sa main ouverte. Cela n'a pas découragé les faussaires. En 2005, de faux autographes ont été apposés sur des centaines de lithographies représentant la main de Mandela.

Où se situe la frontière entre le caritatif et le marketing? Existe-t-elle? À l'occasion du 90e anniversaire du «père de la nation», l’opérateur téléphonique Vodacom lançait une grande opération «écrivez un texto d'anniversaire à “Madiba”». Cette pub exceptionnelle fut jugée acceptable par la Fondation Mandela, car le coût de l’envoi des SMS fut reversé à des oeuvres de charité. Parfois, la fondation, moins magnanime, fait retirer les produits «idolâtres» du marché.

Faire fructifier le patronyme

À 93 ans, et depuis qu’il a été baladé comme une mascotte sur la pelouse de la cérémonie de clôture de la dernière coupe du monde de football, le héros se prête de moins en moins aux mises en scène médiatico-commerciales. Il convient alors, pour les pros du marketing, de faire fructifier le patronyme au-delà du patriarche. Les trois épouses de Mandela ont déjà été abondamment traquées par les objectifs: Evelyn, Winnie et Gracia. Il faut maintenant renouveler, et en profiter pour rajeunir les protagonistes de ce feuilleton «people».

La maison de production sud-africaine New Vision Pictures décline un concept de téléréalité déjà appliqué aux trois enfants de Michael Jackson. En 2012, une émission permettra de suivre le quotidien de trois petits-enfants de Nelson Mandela. Dorothy Adjoa Amuah est la belle-fille de Makaziwe Mandela, l'un des enfants que Nelson a eu avec sa première femme Evelyn. Swati Dlamini et Zaziwe Dlamini-Manaway sont les filles de Makaziwe Mandela Zenani, fille de Winnie et Nelson. Elevées à l’étranger, les trois starlettes en herbe sont déjà des figures de la jet-set sud-africaine. La fondation Mandela n’est pas associée au projet et il n’est ni confirmé ni infirmé que le vieux Madiba pourrait apparaître dans le programme. Maintenir le suspense permet de faire le buzz.

En prison, Mandela était le parfait créneau pour chanteur engagé en mal d’inspiration. Maintenant qu’il vit reclus dans son village natal, il reste un filon commercial. Attendons-nous à des mugs Mandela®, des flocons de céréales Mandela®, des réveille-matin Mandela®, des figurines Mandela®, des crèmes anti-âge Mandela®, des pyjamas rayés «Robben island» Mandela®, un spot publicitaire United Colors of Mandela®, des vrais-faux morceaux de chaînes de prisonnier politique en vente sur eBay…

Si le leader de l'ANC (Congrès national africain) était rappelé à Dieu, les intérêts commerciaux suggèreraient probablement de dissimuler son décès jusqu’à rentabilité des investissements. Un peu comme on cachait, un temps, la mort des leaders soviétiques. Mais Dieu a-t-il vraiment envie de le rappeler? Madiba lui ferait une sacrée concurrence au paradis.

Damien Glez


 

Ces caméras qui espionnent Mandela

 

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Slate Afrique

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médias  Nelson Mandela 

Les grands groupes internationaux de médias sont aux avants-postes pour guetter la mort de Nelson Mandela dans sa résidence du village de Qunu, à  l’est du Cap. Certains d’entre eux sont allés trop loin, selon la police sud-africaine. Elle a confisqué une série de caméras qui filmaient illégalement la maison de l’ancien président d'Afrique du Sud, rapporte le site sud-africain Times live le 15 décembre. 

A 93 ans, Nelson Mandela, affaibli, fait l’objet de toutes les attentions. Le porte-parole de la police sud-africaine, le colonel Vishnu Naidoo, a expliqué à la BBC que deux groupes de médias font l’objet d’une enquête parce que des caméras filmant en permanence ont été trouvées dans la maison de la voisine d’en face, Nokwanele Balizulu, qui avait donné son autorisation. Il précise que la loi interdit de filmer ou photographier les résidences des présidents ou anciens présidents

La police a refusé de révéler l’identité de ces médias. Mais l’un des deux groupes concernés, l’agence américaine Associated Press (AP), a avoué être l’un d’eux.

«Ce ne sont pas des caméras de surveillance, a déclaré Paul Colford, le directeur des relations avec les médias d’AP. Comme d’autres médias, AP a pris des dispositions au cas où M. Mandela viendrait à mourir. Les caméras d’AP n’étaient pas allumées et auraient seulement été utilisées au cas où un évènement majeur serait survenu concernant l’ancien président».

Selon Time lives, ces pratiques existent depuis des années. Il révèle qu’au moins trois caméras de la chaîne CCTV installées dans la maison de Mme Balizulu ont permis à AP, mais aussi à l’agence de presse britannique Reuters d’avoir une vue privilégiée sur la propriété de Nelson Mandela depuis six ans.

Nelson Mandela a été élu président en 1994, lors du premier scrutin autorisant la communauté noire sud-africaine à voter. Depuis son retrait de la vie publique en 2003, ce lauréat du prix Nobel de la paix en 1993 pour sa lutte contre l’apartheid et pour la démocratie en Afrique du Sud demeure un symbole mondial. Sa dernière apparition en public date de la cérémonie de fermeture de la coupe du monde de football en Afrique du Sud en juillet 2010.

Lu sur Times Live, BBC

mise à jour 12/02/2011, 0 réaction (réagir)

Le deuil de Mandela a déjà commencé

Alors que les inquiétudes persistent autour de l'état de santé de l'ancien président, en Afrique du Sud l'après-Mandela appartient déjà au passé.

Messages de soutien à Mandela écrits par des enfants et affichés devant l'hôpital Milpark à Johannesburg. REUTERS/Siphiwe Sibeko

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Sithando Sam

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«Mandela va bien». C’est Jacob Zuma, le troisième président noir de l’Afrique du Sud libre, qui le dit.

Mais aussi Mandla Mandela, petit-fils de Nelson, député du Congrès national africain (ANC) et chef traditionnel xhosa. «Mon grand-père est en pleine forme», a-t-il déclaré le 10 février, à l’ouverture de la nouvelle session parlementaire au Cap. Hospitalisé deux jours, fin janvier, pour une infection respiratoire aiguë, Mandela se trouve en convalescence dans sa villa de Houghton, un quartier huppé de Johannesburg. «Nous continuons d’espérer qu’il retrouve ses forces et qu’il continue d’apprécier ses 21 ans de liberté en Afrique du Sud», a déclaré Mandla Mandela.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela était le plus connu, mais l’un des derniers prisonniers politiques de l’apartheid à être libéré. Après 27 ans de prison il est sorti debout, à pied, la tête haute et le poing levé, sa femme Winnie à ses côtés. Un pays euphorique et inquiet l’attendait. Beaucoup, dans son propre camp, doutaient des négociations qu’il avait entreprises seul et en secret, en 1986, avec les gouvernements Botha puis De Klerk. La mobilisation des «masses», après les émeutes des écoliers de Soweto, en 1976, réprimées sans relâche dans une escalade de violence, avait instauré un état d’insurrection permanente.

Mandela, celui qui a beaucoup cédé aux blancs

En 1990, l’immense majorité des Sud-Africains en lutte contre l’apartheid —à commencer par Winnie Mandela elle-même— était persuadée que seule la solution militaire aurait raison du régime raciste.

De fait, Nelson Mandela a beaucoup cédé, pendant les négociations ardues qui ont suivi sa libération, pour aboutir aux premières élections démocratiques du 27 avril 1994. Une partie de l’opinion noire le lui reproche encore. Ils l’accusent d’avoir fait trop de compromis, en donnant la part belle aux blancs. L’amnistie contre la vérité accordée aux anciens bourreaux, lors de la Commission vérité et reconciliation (TRC), n’est pas seule à avoir laissé de l’amertume.

La «sunset clause» des accords négociés par Mandela a permis aux militaires et fonctionnaires blancs de garder leurs postes après 1994, pour quelques années encore. L’abandon du socialisme, voire de toute politique sociale d’envergure, pour ne pas effrayer les grands patrons blancs, a aussi laissé de profondes traces. De fait, les anciens «baas» (maîtres, en Afrikaans, ndlr) sont sortis grands gagnants de la transformation économique qui a suivi la fin de l’apartheid. Selon les statistiques nationales, en 1995 un ménage blanc gagnait en moyenne quatre fois plus qu’un ménage noir; six fois plus en 2000; et sept fois plus en 2005.

L'après-Mandela, douze ans déjà

Certains, qui vivent très loin de l’Afrique du Sud, se demandent encore ce qu’il adviendra du pays après la mort de Mandela… En réalité, la page a été tournée depuis belle lurette, lorsque Mandela a donné à l’Afrique sa plus grande leçon de démocratie, en quittant le pouvoir à la fin d’un seul et unique mandat. En Afrique du Sud, un sentiment diffus de préparation au deuil de Nelson Mandela a commencé lors de son dernier meeting de campagne, en 1999, avant l’élection de son successeur, Thabo Mbeki.

Dans un stade archi-comble de Johannesburg, des hommes et des femmes retenaient leurs larmes en écoutant son ultime discours de président: «Mandela a tellement fait pour nous, témoignait Pinkie, enseignante à Soweto. Le jour où il partira… Je ne veux pas y penser».

En phase avec son pays, parfaitement conscient de ce qu’il représente, Nelson Mandela a anticipé sur sa propre disparition. «Après Mandela, la vie continue», a-t-il répété à ses camarades de l’ANC. Il a aussi permis la célébration en grande pompe de ses derniers anniversaires, permettant à la nation de le fêter tout son saoûl, de son vivant, lors de ses 80 ans, en 1998, puis ses 85 ans, en 2003.

Grâce à des opérations spéciales menés par les opérateurs de téléphonie mobile, des millions de SMS lui ont été envoyés par ses compatriotes pour ses 90 ans en 2008, fêtés dans l’intimité du cercle familial. Ces célébrations rituelles en ont irrité certains, comme le célèbre musicien de jazz Hugh Masekela qui a poussé un coup de gueule en 2009, affirmant en avoir «marre de fêter l’anniversaire de Mandela» dans de sempiternels concerts.

A l’aune du temps qui s’est écoulé depuis 1994 et des changements rapides traversés par la nouvelle Afrique du Sud, l’après-Mandela est une réalité relativement ancienne. Après les deux mandats de Thabo Mbeki (au pouvoir de 1999 à 2009), une nouvelle ère s’est ouverte, avec l’accession de Jacob Zuma au pouvoir.

«JZ» n’était pas le dauphin préféré de Nelson Mandela, loin s’en faut, mais l’ex-président s’est bien gardé d’intervenir dans les joutes politiques qui ont mené cet ancien responsable des renseignements de l’ANC à la magistrature suprême.

Jacob Zuma n’est pas seul, au sein de l’ANC, à vouloir exploiter l’héritage politique de Nelson Mandela. Il ne s’en est pas moins beaucoup démarqué, ne serait-ce que par sa personnalité. Loin d’incarner le goût pour l’étude et la droiture morale du héros national, cet autodidacte, qui n’a fréquenté les bancs d’aucune école, s’est illustré par des soupcons de corruption pesant à son encontre. Un procès pour viol —dont il est sorti acquitté, mais la réputation entachée— et plusieurs scandales liés à ses nombreuses femmes et maîtresses.

Le pays a certes renoué, pendant le Mondial 2010, avec l’euphorie postélectorale de 1994, mais deux grandes tendances dominent aujourd’hui: le désenchantement des plus pauvres —une écrasante majorité— et le bling bling des plus riches —une élite qui grossit. Les lignes de fractures s’avèrent désormais plus sociales que raciales dans un pays qui s’est aujourd'hui normalisé.

Sithando Sam

ise à jour 11/02/2011, 0 réaction (réagir)


 

Nelson Mandela, l'homme qu'on attendait trop

Ariane Bonzon était correspondante pour RFI en Afrique du Sud lors de la libération de Nelson Mandela. Elle se souvient.

Nelson Mandela à sa sortie de prison, avec sa femme Winnie Mandela, le 11 février 1990. REUTERS/Ulli Michel

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Ariane Bonzon

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Une monstrueuse cavalcade, une ambiance euphorique, une désorganisation complète.

A piocher dans mes souvenirs du 11 février 1990, 16h15, aux portes du pénitencier de Paarl, c’est ce mélange d’excitation populaire et de tension professionnelle que je retrouve.

Et puis le retard de Winnie: voilà 27 ans que l’épouse de Nelson Mandela attend ce jour, et pourtant elle a une fois de plus réussi à ne pas être à l’heure, m’étais-je dit.

J'appris plus tard que ce retard était dû à un véritable bras de fer qui opposait Winnie aux responsables de l'ANC. Ces derniers avaient essayé jusqu'à la dernière minute de convaincre Mandela de ne pas sortir de prison au bras de Winnie. Elle et ses gardes du corps étant alors accusés de multiples exactions et du meurtre d'un jeune homme à Soweto. Finalement, Winnie l'a emporté. Et sans doute Mandela a-t-il alors eu raison de trancher en sa faveur, car, bien plus radicale que son mari, elle restait une figure très populaire.

Il y eut aussi notre gratitude de journalistes pour ce confrère de la South African Broadcast Corporation (SABC) parvenu à téléphoner à Nelson pour le convaincre de sortir de sa voiture et de franchir à pied les derniers mètres qui le séparaient de la liberté, et la rage des photographes à cause du contrejour car Mandela avait le soleil dans le dos, et encore le recul de Nelson, un peu effrayé, lorsqu’un journaliste brandit sous son nez un long micro entouré de fourrure. Il racontera plus tard qu’il s’était demandé quelle «arme dernier cri» se cachait dans ce long objet velu.

Et puis, aussi, les chants des milliers d’hommes et de femmes venus accueillir leur héros, leur danse saccadée, ce martèlement de pieds si particulier que les Sud-africains ont hérité des mineurs de retour du puits.

La chaleur, enfin, de l’été austral tandis que très vite le couple s’engouffra dans la voiture de l’ANC (Congrès national africain, le parti de Nelson Mandela) en direction du Cap. Mandela devait y prononcer ce discours dans lequel il reprenait les paroles du rêve de Martin Luther King.

Avant de pouvoir accéder à l’Hôtel de ville d’où il s’adressera à la foule, sa voiture fut immobilisée presque une heure. Et le chauffeur ne paraissair pas vraiment rassuré par les centaines, les milliers de comrades, ces jeunes des townships venus fêter le retour de «Madiba». C’était à qui parviendrait à approcher le plus près la voiture. Un véritable assaut populaire: les uns montant sur le toit, les autres frappant les vitres tout en essayant de soulever l’engin.

Mais ce 11 février 1990, on avait surtout, enfin, la réponse à l’interrogation qui taraudait l’Afrique du Sud depuis plusieurs semaines: à quoi ressemble Mandela aujourd’hui? Qu’ils soient noirs, blancs, métis ou indiens, c’était la question que tous les Sud-africains se posaient: quelle tête a-t-il maintenant? La photo la plus récente de lui datait... du début des années 60. Nelson Mandela, presque avachi sur un fauteuil, y était assez rondouillard et portait un épais pull en V. L’image était alors celle d’un combattant entré dans la clandestinité. Pas exclu d’ailleurs que cette photo ait été prise en Algérie, où Mandela avait suivi une formation à la guerrilla auprès du Front de libération nationale (FLN).

Il y avait bien eu, en 1985, les tentatives du photographe français Patrick Durand. Apprenant que Mandela était en convalescence dans une clinique du Cap après son opération de la prostate, il s’était posté pendant dix jours, dès le petit matin, dans un buisson proche du parc de l'hôpital.

Or, même les oies et canards qui déambulaient autour du buisson semblaient s’être alliés au régime de l’apartheid: les volatiles gloussaient à chacun des mouvements du photographe. Et s’il avait aperçu un jour «une grande silhouette à la démarche de girafe entourée de deux ou trois policiers en civil», Patrick Durand avait cependant dû jeter l’éponge.

Alors faute de photo plus actuelle, les journaux sud-africains s’en donnaient à cœur joie depuis quelques mois. Ils rivalisaient d’imagination pour proposer à leurs lecteurs le portrait projeté d’un Mandela version 1990. Cela donnait lieu à une véritable bataille d’experts en morphologie. On imagine l’immense éclat de rire de Madiba lorsqu’il découvrit ces projections; ils avaient tout faux. Et Mandela venait de faire un beau pied de nez aux théories raciales et racistes de l’apartheid.

Car après 10.000 jours d’emprisonnement, l’ancien «ennemi public numéro 1» n’avait pas grand-chose de commun avec ces projections fantasmées. Son visage n’avait rien à voir avec la photo anthropométrique du matricule 466/64, revue et corrigée, que les journaux avaient publié. Elancé plutôt que massif, élégant plutôt qu’imposant, sa peau était plus claire que «prévu», ses traits moins «négroïdes», et son charme tenait plus de son éducation à l’anglaise que de sa pratique assidue de la boxe.

Comme si son apparence elle-même participait déjà de la grande opération de séduction que le futur premier Président noir de la république d’Afrique du Sud s’apprêtait à lancer à l'attention des blancs —la plupart desquels étaient probablement déjà conquis avant même de l’entendre.

Mais étrangement, ce sont certains de ses proches à Soweto —Winnie, le docteur Motlana et son ancien entraîneur de boxe— qui ont alors laissé entendre —en comité très privé— que ce Nelson Mandela du 11 février 1990 n’était pas le «vrai», mais un imposteur. Car Nelson Mandela, déjà malade, n'aurait pas pu survivre. Du pur fantasme. A l’époque, ces confidences avaient pourtant quelque peu ébranlé un diplomate français, au point d’écrire quelques années plus tard, en 2005, un roman malicieux sous le nom d’emprunt de Julien Dandieu, Double Nelson.

Ariane Bonzon

mise à jour 07/07/2011,


 

67 minutes dans la peau de Mandela

 

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Slate Afrique

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Le 18 juillet 1918 n’est pas une date comme les autres. C’est le jour de naissance de Nelson Mandela. Il a donc 93 ans cette année. Et en Afrique de Sud, les festivités autour de l’évènement ont déjà débuté. Il n’est pas simplement question de fêter cet anniversaire, mais bien de célébrer les idées et valeurs pour lesquelles Mandela a combattu toute sa vie. Car en 2009, l’ONU a fait du 18 juillet le Mandela Day, une journée célébrée dans le monde entier.

Selon les propres mots de celui que les Sud-Africains appellent affectueusement Madiba:

«Nous pouvons changer le monde et en faire un endroit meilleur. Le changement est à portée de main de chacun d’entre nous»

Dans cet esprit, cette année, les Sud-Africains et les populations du monde entier sont invités à consacrer 67 minutes de leur temps à une bonne-action (BA). Soixante sept minutes parce que ce chiffre symbolise les années passées par Nelson Mandela à agir pour l’Afrique du Sud. Leader emblématique de l’African National Congress (ANC), il a été un militant anti-apartheid acharné. Il a payé de sa vie son engagement, enfermé pendant 27 années à la prison de Robben Island au large du Cap. Il a aussi été le premier président noir du pays, trois ans après la fin du régime ségrégationniste (en juillet 1991).

Partout dans le monde, Mandela est le symbole de la lutte pour la liberté, la démocratie, l’égalité et la réconciliation. Son anniversaire est l'occasion de transmettre son héritage, en incitant chacun à agir aussi, en consacrant 67 minutes à quelqu’un d’autre que soi ou ses proches. Le site du Nelson Mandela Day liste 67 idées «pour changer notre monde». Cela peut aller du simple coup de main (lire un livre à quelqu’un d’aveugle, emmener une personne âgée faire ses courses) à un véritable engagement (faire du bénévolat dans un orphelinat ou faire du tutorat dans une école). Les volontaires doivent inscrire leur BA, pour la faire connaître, sur les réseaux sociaux ou sur le site officiel du Mandela Day.

Même le ministre de la Culture sud-africain, Paul Mashatile, a fait savoir sur BuaNews, le portail du gouvernement, que:

«Chacun de nous, en commençant par le président [Jacob] Zuma, les ministres, les membres du Parlement et les fonctionnaires, va réaliser une action comme donner un livre, conseiller un demandeur d’emploi, laver, planter un espace public, promouvoir un style de vie sain ou toute initiative de ce genre.»

Mandela, de son côté, a-t-il ajouté, «fêtera son anniversaire dans sa maison de Houghton [un quartier de Johannesburg] en compagnie de 90 écoliers venus de tout le pays.»

Lu sur Buanews, Mandeladay.com, Nelsonmandela.org

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