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21/12/2011

LE CADAVRE DE LA CENTRAFIQUE PUE IL FAUT L'ENTERRER AU NPLUS VITE MERCI !!!

Affaire Bourgi : tempête sur la Françafrique

11/12/2010 à 17h:30 Par Propos recueillis par Clarisse Juompan-Yakam
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Achille Mbembe. Achille Mbembe. © Unesco

Urbanisation intensive, migrations, corruption, Chinafrique... Le chercheur décrypte les nouveaux défis auxquels doit faire face le continent.

Professeur d’histoire et de sciences politiques à l’université du Witwatersrand (Johannesburg), en Afrique du Sud, le Camerounais Achille Mbembe, 53 ans, est intarissable sur l’ère postcoloniale. Dans son dernier essai, Sortir de la grande nuit, écrit en hommage à Frantz Fanon et Jean-Marc Ela, deux « penseurs du devenir illimité », il dresse le bilan d’un demi-siècle de relations calamiteuses entre la France et ses ex-colonies, la première ayant « décolonisé » sans « s’autodécoloniser ». Le politologue pointe surtout une Afrique aux prises avec « sa grande transformation », qui pourrait faire passer l’épisode colonial pour une parenthèse : boom démographique (avec 1 milliard d’habitants), entrée dans une civilisation urbaine inédite avec la constitution de pôles régionaux, comme à Johannesburg, à l’image du développement de São Paulo, au Brésil (mais sans les mêmes ressources ni les mêmes infrastructures) ; intensification des migrations internes et externes, renforcement d’une diaspora entreprenante, arrivée d’Asie de centaines de milliers d’immigrants… Toutes ces mutations propres à rouvrir les chemins d’avenir exigent une nouvelle imagination intellectuelle et politique. Or les classes au pouvoir depuis la colonisation s’y perpétuent, et des pays reviennent aux successions de père en fils. Les inégalités aussi s’intensifient et avec elles l’éviction sociale d’une masse grandissante de pauvres et de déshérités. Pour Achille Mbembe, le besoin d’une révolution sociale radicale n’a jamais été aussi pressant, et, bien que les forces pour la conduire manquent à l’appel, elle est indispensable à la naissance d’une « civilisation afropolitaine » – dont l’Afrique du Sud, avec ses brassages de populations, constitue déjà un énorme laboratoire. Entretien.

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Jeune Afrique : Cinquante ans après les indépendances, l’Afrique est-elle libre ?

Achille Mbembe : S’ils en avaient la possibilité, beaucoup d’Africains choisiraient de vivre loin de chez eux. Il n’y a guère de rejet plus grave que celui de ces cinquante dernières années. C’est que tout, ou presque, est à recommencer. La nécessité d’une transformation radicale de nos sociétés n’a jamais été aussi manifeste. En 1960, certains pays africains étaient en avance sur la Corée du Sud. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Bien que les situations diffèrent d’un pays à l’autre, l’Afrique demeure vulnérable dans la relation qu’elle entretient aussi bien avec elle-même qu’avec le reste du monde. Elle s’illustre par son incapacité à accroître les richesses collectives, à réévaluer les termes de l’échange, à faire émerger la démocratie. À quelques exceptions près, ses pays, en particulier francophones, sont sous la coupe de quelques vieillards qui s’enkystent au pouvoir, considèrent leurs pays comme des prises de guerre et se comportent comme des occupants étrangers. Cinquante ans après les indépendances, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. La seule alternance possible est celle par la mort naturelle des satrapes, le meurtre et l’assassinat, ou le coup d’État. Mais il s’agit là d’actes qui ne créent pas nécessairement la liberté.

Dans ce contexte, que dire des relations actuelles entre la France et l’Afrique ?

Le temps est venu de tirer un trait sur cette misérable aventure qu’est la ­Françafrique. Elle aura été, de bout en bout, profondément abusive. Tous les indicateurs montrent qu’elle est en train de couler – ce qui risque à court terme de la rendre plus nuisible encore. Il s’agit, dans les années qui viennent, d’en organiser méthodiquement l’enterrement. De fait, la France contemporaine n’a pas grand-chose à apporter à l’Afrique. Repliée sur elle-même et rongée par le narcissisme, elle est obsédée par le fantasme d’une « communauté sans étrangers » et habitée par un trouble « désir d’apartheid ». Les Africains doivent oublier la France s’ils veulent créer quelque chose de neuf. Cela dit, il nous faut sauver la densité des rapports humains tissés entre les Africains et les Français au cours des siècles et, à partir de ces rapports, inventer de nouvelles formes de solidarité.

À cet égard, la présence chinoise sur le continent serait-elle un modèle de coopération ?

Incontestablement, la présence de la Chine en Afrique constituera un fait majeur des cinquante prochaines années. Elle est, sinon un contrepoids, du moins une échappatoire à l’échange inégal si caractéristique des relations que le continent entretient avec les pays occidentaux et les institutions financières internationales. La présence chinoise ne sera profitable que si les Africains l’inscrivent dans une stratégie d’accumulation sur le long terme. Pour l’heure, le rapport avec la Chine ne sort pas de la logique du troc et de l’extraction des richesses. La culture est totalement absente de cette vision mercantiliste. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que l’empire du Milieu soit d’un grand secours dans les luttes à venir pour la démocratie. Les Africains devront compter avant tout sur eux-mêmes, sur leur capacité à négocier les nouvelles opportunités – y compris celles qu’offrent l’Inde et le Brésil – et à lutter pour faire que l’Afrique soit sa propre force



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DossierAffaire Bourgi : tempête sur la Françafrique

26/10/2011 à 18h:15 Par François Soudan
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Nicolas Sarkozy affrontera François Hollande à la présidentielle française de 2012. Nicolas Sarkozy affrontera François Hollande à la présidentielle française de 2012. © AFP

Comme d’habitude et même si Paris n’est plus le pôle d’intérêt unique de l’Afrique francophone, l’élection présidentielle française sera suivie avec attention, parfois avec passion, au sud de la Méditerranée. Certes, nul n’en attend un séisme comparable à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981, ni même une répétition de 2007, quand la victoire de Nicolas Sarkozy avait suscité un vif sentiment de curiosité. Vue d’Afrique, la compétition oppose un adversaire socialiste encore peu connu et dont les positions ne sont qu’ébauchées à un président sortant qui, après avoir prôné la rupture en matière de politique africaine puis prononcé l’inacceptable discours de Dakar, a fini par adopter une ligne conservatrice dans le droit fil de son prédécesseur, ponctuée de quelques coups d’éclat à forte teneur médiatique (Côte d’Ivoire, Libye).

Dans son interview à Jeune Afrique, fin juillet, unique référence pour l’instant en ce domaine, François Hollande a signifié que l’un de ses premiers actes, s’il est élu, sera de poser « des principes établis entre le nouveau président de la République française et les chefs d’État africains », afin de « clarifier nos rapports ». Fidèle à son image de rassembleur responsable, le candidat du PS évite d’effaroucher quiconque, d’autant que l’Afrique est loin d’être un enjeu de l’élection : « Nous ne chercherons pas, précise-t-il, à déstabiliser des pays et leurs dirigeants. » Nul doute qu’avec Martine Aubry, dont le tropisme africain est nettement plus marqué et qui compte parmi ses proches l’ancien ambassadeur à Dakar, Jean-Christophe Rufin, grand pourfendeur des réseaux, le ton aurait été plus cinglant.

Il n’empêche. Au sud du Sahara, où l’on préfère toujours le diable que l’on connaît à celui qui sort de la boîte, les avis des chefs d’État sont d’ores et déjà tranchés. À l’exception de ceux dont les affinités socialistes sont avérées, comme Mahamadou Issoufou (Niger) et Alpha Condé (Guinée), voire des dirigeants maliens engagés dans un pénible bras de fer avec Claude Guéant sur l’accord de gestion des flux migratoires, tous ou presque « votent » légitimiste, c’est-à-dire Sarkozy.

En première ligne, bien sûr, deux sarkophiles déclarés, l’Ivoirien Alassane Ouattara (avec qui François Hollande confessait dans J.A. n’avoir « aucune affinité politique ») et le Gabonais Ali Bongo Ondimba. Mais aussi le Rwandais Paul Kagamé, dont le relationnel avec Paris ne tient qu’à l’unique présence de l’hôte actuel de l’Élysée. A contrario, les opposants placent des espoirs pas toujours raisonnés dans l’hypothèse d’un retour de la gauche au pouvoir. D’André Mba Obame à Ahmed Ould Daddah, de Saleh Kebzabo à Martin Ziguélé, de Jean-Pierre Fabre à John Fru Ndi, ils seront quelques-uns à croiser les doigts au soir du 6 mai 2012. À Dakar aussi, on sera très attentif du côté des socialistes sénégalais, particulièrement proches de leurs camarades français, mais dans un contexte fort différent : la présidentielle y aura lieu deux mois avant, fin février…

Au Maghreb, le spectre n’est pas de même nature. Moins tranché et plus complexe. Si les Tunisiens, autocentrés sur leur propre processus postrévolutionnaire, ne portent qu’un intérêt distrait aux échéances françaises, il n’en va pas de même des Algériens et des Marocains.

Historiquement, les dirigeants d’Alger se sont toujours sentis plus à l’aise avec une droite issue du gaullisme qu’avec une gauche héritière de la SFIO. Mais les mauvaises relations politiques actuelles avec Paris (qui ne se traduisent pas, il est vrai, sur le plan économique) et les gestes appréciés de François Hollande, qui s’est joint aux commémorations de la répression du 17 octobre 1961 à Paris, pourraient changer la donne. Si le pouvoir n’avait que modérément apprécié les conseils que lui avait dispensés, il y a trois mois dans J.A., le futur candidat socialiste (« faire un double effort de progrès démocratique et de justice démocratique »), l’opinion, elle, n’y avait rien trouvé à redire. Comme avant lui Lionel Jospin ou Claude Cheysson, François Hollande – dont le père médecin partagea pourtant les idées de… l’OAS – a une vraie sensibilité « algérienne ». Deux Français originaires l’un d’Alger et l’autre de Constantine figurent d’ailleurs dans son entourage proche : le député européen Kader Arif et le militant associatif Faouzi Lamdaoui. 

En juillet 2010, à l'Élysée, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance des ex-colonies africaines. (Crédit : Rémy de la mauvinière/AFP)

Connu en Algérie, donc, le rival de Sarkozy ne l’est guère au Maroc, où l’on est beaucoup plus habitué aux visites, le plus souvent privées, de Ségolène Royal, de Martine Aubry et, évidemment, du couple Strauss-Kahn. Reste que si la tendance traditionnelle du Palais au légitimisme joue en faveur de Nicolas Sarkozy, Rabat ne s’inquiète guère de la perspective inverse. D’Arnaud Montebourg à François Hollande, tous les ténors socialistes français ont salué la nouvelle Constitution, et il ne viendrait à l’esprit d’aucun d’eux de renouveler le très provocateur « Monsieur Hassan II » de Lionel Jospin. Même tranquillité d’esprit à propos du Sahara occidental : lié à l’USFP marocaine, le PS n’a jamais fait siennes les thèses des indépendantistes.

Restent à aborder, pour départager Sarkozy et Hollande, les problèmes de fond : quelles politiques arabe, maghrébine et africaine proposent-ils ? En attendant que le président sortant (re)définisse éventuellement sa position sur ces points, une tribune remarquée de Jean-Christophe Rufin parue récemment dans Le Monde fait office de starting-block. « Mme Aubry nous sortira de la Françafrique », écrivait, peu avant la primaire socialiste, le néo-académicien français, qui fut l’ambassadeur de Nicolas Sarkozy au Sénégal avant de quitter ses fonctions sur injonction du président Wade. Aubry battue, place à Hollande, lequel, toujours dans son entretien avec J.A., paraissait tout aussi déterminé à en finir avec « les réseaux, les connivences, […] les rapports de domination, d’influence et d’affairisme pour les amis du pouvoir ». Le problème est que, médiatique et de très mauvaise réputation, la Françafrique est à ce point répulsive que nul, à droite, ne la défend. D’où une certaine confusion. Fustigée dès mai 2006 dans son discours de Cotonou par Nicolas Sarkozy, son acte de décès a même été prononcé par le Premier ministre lors d’un déplacement au Gabon, en juillet dernier. On dira certes que le cadavre bouge encore, comme l’a démontré la persistance du réseau résiduel de l’avocat Robert Bourgi jusqu’à l’arrivée d’Alain Juppé au Quai d’Orsay, mais il s’agit en l’occurrence de l’achever beaucoup plus que de l’abattre.

L’erreur en effet serait de réduire l’objet du débat à cette queue de comète que sont les fameuses mallettes et leurs porteurs en voie de disparition. Ce qui est en cause et qu’il convient de refonder, c’est toute une politique africaine de la France, résiliente depuis le début de la Ve République et qui, telle une poupée russe, juxtapose le soutien aux pouvoirs en place, la gestion de l’outil Agence française de développement, la politique migratoire, la francophonie, les intérêts économiques publics et privés, les bases militaires, etc. Sur la plupart de ces points, l’effort de rénovation de Nicolas Sarkozy, malgré quelques réelles avancées, n’a pas répondu aux attentes. À simple titre d’exemple, était-il nécessaire qu’Alain Juppé, dès le surlendemain de la tenue de l’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre et treize jours avant la proclamation des résultats, qualifie d’« acceptable » son déroulement sans qu’aient été examinées, ne serait-ce que pour la forme, les demandes d’invalidation de l’opposition ? Les réflexes anciens ont la vie dure.

De leur côté, les socialistes, dont la gestion des affaires africaines ne différa guère de celle de la droite quand l’un des leurs, François Mitterrand, siégea à l’Élysée pendant quatorze ans, n’ont toujours pas produit un vrai projet global de politique étrangère – en particulier africaine. Les condamnations, les imprécations et les effets d’annonce ne suffisent plus. En ce domaine, le poids du passé est tel que les Africains ont appris à être méfiants. En peu de mots : Nicolas Sarkozy a déçu, François Hollande pas encore. C’est pour l’instant toute la différence.



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