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23/12/2011

FRANCE : UN TROU D'AIR POUR CELLES QUI SE CROYAIENT - ON S'EN FOUT - ARRIVER EN CHIANT SUR ELLES-MÊMES

Politiques Samedi dernier à 0h00

Dati et Yade: trou d’air pour les stars de la diversité

RécitTombées en disgrâce, l’ex-ministre et l’ex-secrétaire d’Etat donnent du fil à retordre à la droite, en affirmant haut et fort leurs ambitions pour les législatives.

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Par ALAIN AUFFRAY

Rachida Datile 23 janvier 2009 à Paris. (AFP / Franck Fife)
 
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Un désastre. Rama Yade et Rachida Dati sont devenues, chacune à leur manière, les pires ennemies de la majorité. Elevées au rang d’«icônes de la diversité», elles faisaient, au début du quinquennat, la fierté de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, le chef de l’Etat ne veut plus en entendre parler et les cadres de l’UMP se mobilisent pour contrarier leurs ambitions politiques.

Car elles y ont pris goût. Après leurs promotions fulgurantes au gouvernement en 2007, elles prétendent devenir députées. Ce serait, assurent-elles, l’aboutissement logique de leur engagement. Qui pourrait prétendre le contraire ? En les nommant ministres, Nicolas Sarkozy avait frappé fort. Il y aurait, disait alors son entourage, «un avant et un après». Plus aucune famille politique française - surtout pas l’UMP - ne pourrait se dispenser de faire de la place à «la diversité». Rama Yade et Rachida Dati y ont cru. Dès 2008, elles se sont frottées au suffrage universel lors des municipales. La première a été battue par le PS à Colombes (Hauts-de-Seine). La seconde ne pouvait qu’être élue dans le VIIe arrondissement de Paris, à droite de toute éternité. Les trajectoires des deux icônes ont ensuite divergé : Yade ayant refusé de conduire la liste UMP aux européennes en 2009, Dati a dû se dévouer. Tombée en disgrâce en raison de son rôle supposé dans la diffusion de «rumeurs» concernant le couple présidentiel, elle s’est jurée de se sortir dès que possible du purgatoire européen. Rama Yade et Rachida Dati se disent «déterminées» à se présenter contre des candidats investis par l’UMP aux législatives. Les icônes sont devenues des adversaires.

les fronts de Yade. Dans le sillage de Jean-Louis Borloo, elle a quitté l’UMP pour le Parti radical en décembre 2010. «J’ai l’impression d’être une survivante», écrit-elle dans sa déclaration de candidature aux législatives de juin. Elle rappelle que le chef de l’Etat et la direction de l’UMP ont envisagé son «exfiltration pour Bruxelles» en 2009 puis son «transfert sur le Val-d’Oise» en 2010, comme s’il fallait à tout prix l’éloigner des Hauts-de-Seine. Candidate dans la 2e circonscription des Hauts-de-Seine, à cheval sur les communes de Colombes et d’Asnières, elle doit combattre sur deux fronts : contre le député (UMP) sortant Manuel Aeschlimann, proche de Sarkozy, et contre le maire (PS) de Colombes, Philippe Sarre. Ce dernier a indiqué jeudi soir que la conseillère municipale d’opposition Rama Yade aurait été «radiée des listes électorales» parce qu’elle ne remplit pas toutes les conditions requises - notamment fiscales - pour justifier d’une résidence principale.

Comme d’autres élus de banlieue, Rama Yade jongle avec les adresses, entre pied-à-terre parisien et domiciliation plus ou moins réelles dans leur commune d’élection. Mais à l’évidence, l’ancienne secrétaire d’Etat a été un peu négligente. Manuel Aeschlimann - qui s’est pourvu en cassation de sa condamnation à une peine d’inéligibilité pour favoritisme - s’en donne à cœur joie. Sur son blog, le socialiste dénonce «la tromperie» de celle qu’il se plaît à désigner par son nom complet, «Mame Ramatoulaye Yade». Forte du soutien de Borloo, l’élue radicale invoque «un changement d’adresse» déclaré en mairie, devant huissier, le 7 décembre. Elle se dit victime d’un harcèlement dans «le plus pur style nord-coréen» et menace de porter plainte «pour dénonciation calomnieuse et atteinte à la vie privée». Accusé d’avoir placé «sous surveillance politique» la populaire Yade, Philippe Sarre s’incline devant l’«aplomb fantastique» et le «toupet incroyable» de son opposante qui n’hésite pas à le rendre «responsable des fusillades à Colombes» parce qu’il a désarmé la police municipale.

Dati la flingueuse. La maire du VIIe ne décolère pas contre le parachutage du Premier ministre dans la 2e circonscription de Paris. Vendredi, sur I-Télé, Rachida Dati a une fois de plus affirmé que Nicolas Sarkozy avait promis de la faire députée : son implantation parisienne aux municipales de 2008 se serait faite «dans la perspective des législatives. C’était très clair». Dans une lettre ouverte publiée par le Monde du 12 décembre, elle assure que son élection dans le VIIe était la plus belle conquête du quinquennat : «Ce que Nicolas Sarkozy a fait de mieux» depuis 2007, ce serait d’avoir eu «le courage» d’imposer Rachida Dati, fille du maçon marocain M’Barek Dati aux électeurs du ghetto doré du faubourg Saint-Germain. Elle conclut sur une menace. Elle se fait désormais un «devoir» de défendre «l’honneur» des enfants de l’immigration. Sur I-Télé, elle a implicitement dénoncé la xénophobie de la ministre Nadine Morano qui lui suggérait de se présenter à Chalon (Saône-et-Loire), sa ville natale. Façon de dire «retourne chez toi !», s’est-elle indignée. De même, Dati s’en est pris violemment au député (UMP) de Paris Bernard Debré qui l’avait traitée de «petite fille gâtée» : «J’en ai marre des commentaires des héritiers. Moi, je n’ai hérité de rien. Ma vie, c’est du travail !» Pour l’UMP, la guerre Dati-Fillon est doublement désastreuse : non content de révéler la faillite de l’ancienne «icône» sarkozyste, elle attise les luttes de pouvoir au sein du parti majoritaire. Car dans sa violente charge, Dati sait qu’elle peut compter sur l’indulgence de tous ceux qui, comme Jean-François Copé, ont intérêt à affaiblir Fillon.

Contre toute attente, les beaux quartiers de la rive gauche sont en passe de devenir le plus couru des champs de bataille des prochaines législatives. En principe acquis à la droite, ce territoire paraît soudain gagnable pour la gauche. Christophe Girard, adjoint (PS) à la culture de Bertrand Delanoë, se dit «disponible pour ce combat», tout comme Marie-Pierre de La Gontrie, première vice-présidente (PS) de la région Ile-de-France. Mais la fédération PS de Paris croit avoir trouvé une meilleure idée. Elle propose d’investir le généticien Axel Kahn. Président de l’université Paris-V, il rappelle que son «papa avait une école avenue de La Bourdonnais dans le VIIe arrondissement». «Pour moi, c’est le centre du monde», ajoute le généticien. Il n’est pas le seul.

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