Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/01/2012

UNE ETUDE d'UNE PERTINENCE INCROYABLE DE MONSIEUR DE Robert Goedertier SUR "LE TELEGRAPHE AFRICAIN" CA RENVOI A L'AFRIQUE DES TEMPS IMMEMORIAUX

Monsieur,
J'ai lu avec un grand intérêt votre étude pertinente sur "le télégraphe africain". C'est quelque chose qui me touche profondément. D'autant plus qu'ayant grandi, après la mort matinale, c'est-à-dire trop de mon père, alors que je n'avais que 08 ans, ma mère analphabète du premier degré n'avait aucune difficulté d'en analyser et d'en traduire facilement les messages codés. Vous en avez touché là à une partie profonde et intime de mon enfance même si j'en ai passé une très grande partie en ville à Kisangani, à Kinshasa, et à Lubumbashi, entre autres. J'en serai ravi et fier de figurer parmi vos contacts. Ma plus grande incompréhension a toujours été de ne pas voir les afros-noirs y aller au-delà, et proposer quelque chose d'universel comme les blancs ont fait avec leurs instruments de communication. Le problème du sous-développement de l'homme noir est en partie voire en grande partie lié au "conformisme", au "conservatisme", au "protectionnisme" culturel. Le manque d'anticipation du futur en est également pour une grande part. Car un africain vit essentiellement au présent. De telle sorte que le passé ne l'intéresse que si ce présent lui pose des problèmes, mais jamais pour s'en référer pour préparer son lendemain. De là au sous-développement intégral, il n'y en a qu'un pas. C'est la raison pour laquelle je relativise souvent l'hégémonisme occidental. Car quant on veut, on peut. Mais le vouloir et le pouvoir chez l'homme afro-noir appartiennent aux calendes grecques. Parce que la création, la production, et l'invention dans l'histoire sont inexistantes chez lui.
Félicitations sincères pour votre étude.

Antoine-Dover Osongo-Lukadi


Tambour, télégraphe et linguistique

 

 

Bien avant le télégraphe et le code Morse, l'homme a toujours cherché des moyens de communiquer au loin : que l'on songe aux fanions de marine, au sémaphore, au télégraphe optique de Chappe...

Mais, si l'usage du tambour, le "télégraphe africain", est notoire, son mécanisme est resté inconnu de la majorité des observateurs.

Ainsi, le Père Constant De Deken, qui était envoyé en éclaireur (à l'époque des grandes visées expansionnistes de Léopold II) pour préparer le déploiement des Missionnaires de Scheut successivement en Chine et au Congo, dans les années 1892-1894, nous décrit sommairement, dans son ouvrage "Deux ans au Congo" (pp. 281-284), l'usage efficace du "télégraphe indigène", même pour annoncer les déplacements des Européens, agents de l'Etat ou des Sociétés.

Il en avait bien repéré les usages variés, et deviné qu'il se basait sur des phrases stéréotypées, dont le répertoire s'adaptait au gré des nouvelles circonstances.
Mais il se bornait à signaler la diversité des tambours utilisés en différentes circonstances, et de leurs sonorités.

Il est en effet indispensable de s'intéresser aux particularités spécifiques des langues bantoues pour en comprendre le mécanisme simple et efficace.

C'est John F. Carrington qui nous en explique le mieux le principe (La voix des tambours) : "Ecoutez bien cette voix: elle n'a que deux notes, l'une aiguë et l'autre grave. La voix mâle et la voix femelle...  Comment se peut-il que deux notes soient suffisantes pour envoyer n'importe quelles nouvelles ?"

"Notre incompréhension réside dans le fait que les langues que "parle" le tam-tam sont des langues tonales, essentiellement orales".

Le tam-tam est souvent constitué d'un tambour à fente, tronc évidé dont les flancs d'épaisseur différente donnent deux notes distinctes (exemples).

Je me souviens d'une conférence que John Carrington donnait à l'Université Lovanium à Kinshasa en 1965 (il était à cette époque un des fondateurs de l'Université de Kisangani), et je tente de vous en citer quelques détails de mémoire :

Si on ne vous donne que deux ou trois notes d'une chanson, vous aurez peu de chances de la reconnaître, mais vous la retrouverez bien plus vite dès que vous en entendez les cinq ou six premières notes.

L'accent tonal a une valeur sémantique déterminante dans de nombreuses langues non européennes, et, dans les langues bantoues, un même mot peut avoir trois significations sans rapport entre elles suivant que la deuxième syllabe est prononcée sur un ton plus bas, plus haut ou égal à la première (article : Tam-tam). Les sermons des Missionnaires qui tentaient de s'exprimer dans les langues africaines déclenchaient parfois bien des fou-rires dus aux contre-sens involontaires...

Ainsi, un proverbe, un dicton ou une phrase rituelle présente un rythme mélodique qui suffit généralement à l'identifier, et peut être associé à un sens ou à un mot convenu.

Le tambour parle donc un langage binaire (aigu/grave), mais son mécanisme est totalement différent du code Morse, car il provient de langues non écrites, et, de plus, malaisées à transcrire proprement parce que tonales.

La signification des "accents" est déjà assez différente entre des langues aussi proches que le français, l'anglais et l'espagnol (les trois langues officielles des organismes internationaux) pour provoquer bien des maladresses en informatique, ainsi que des difficultés d'apprentissage de la prononciation de langues (pourtant si peu) étrangères. Et que dire alors des diverses graphies du chinois...

Que de richesses encore à découvrir...

Robert Goedertier     

Bibliographie

John F. Carrington : La voix des tambours: comment comprendre le language tambouriné d'Afrique
Centre Protestant d'Éditions et de Diffusion, 1974 - 121 pages (Kinshasa)

John F. Carrington : Talking drums of Africa Carey Kingsgate Press, 1949 - 96 pages
New York, Negro Universities Press [1969]
1976 "The talking drums of Africa". In Thomas A Sebeok et Donna Jean Umiker-Sebeok, dir. : Speech surrogates : drum and whistle systems. Paris : The Hague : 591-668.

Carrington, John F. in : www.mespercussions.net/mediatheque/bibliographie_CCC.html

Constant De Deken : Deux ans au Congo, Thibault, Anvers, 1900

Jean-Sébastien Laurenty : Les tambours à fente de l'Afrique centrale, Musée royal de l'Afrique centrale, 1968

00:31 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Cher Robert,

Un bonjour de la Bolivie.
Le tambour, un systéme très intéressant de communication. Ça me fait penser au système binnaire des ordinateurs ou au systéme binnaire qu'on dit possède la langue aymara des Andes Boliviens et Péruviens.

Les photos des tambours sont phantastiques aussi.

Écrit par : Rolando Roda | 06/02/2012

Merci monsieur Rolando Roda, surtout de savoir que même au chili vous nous lisez.

Écrit par : antoine-dover osongo-lukadi | 23/07/2012

Les commentaires sont fermés.