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02/02/2012

CONGO/KINSHASA : ON REFAIT L'HISTOIRE ACT1 ET ACTE2 AVEC LE DEPUTE KIN KIEY MULUMBA

MERCREDI 26 juin 2002. 22.00’.


kkmtry@lesoft.be

L’ex-Zaïre en points d’interrogation

Lusaka a-t-il été inventé pour contrer Kabila Senior et celui-ci a-t-il fait une mauvaise blague à ses ennemis en disparaissant un certain 16 janvier 2001 dans son palais de marbre à Kinshasa? Le Rcd est-il prêt à exercer le pouvoir d’État à Kinshasa ou doive-t-il attendre le règlement de préalables mal compris ou mal exprimés?

COMMENT Mobutu qui, dans l’ex-Zaïre, bénéficia deux décennies durant de la confiance d’un pays plein et entier et eût autant de pouvoir, n’en tira point profit pour le placer dans l’orbite du développement socio-économique? Pourquoi cet homme qui eût l’idée de s’entourer de techniciens universitaires parmi les mieux formés qu’ait pu compter l’ex-Zaïre conduisit son pays aux immenses richesses à une catastrophe dont il pourrait mettre des générations pour s’en sortir? Comment son armée dont il forma les officiers dans les meilleures académies militaires du monde et dont il s’enorgueillit jusqu’à une certaine époque, ne remporta aucune victoire militaire connue? Pourquoi un homme qui eût la clairvoyance de sentir, bien avant nombre de ses compatriotes, que l’avenir et le futur de son pays se jouaient dans sa partie orientale n’affina point cette vision en mettant en oeuvre une politique régionale volontariste à même de placer le pays hors de portée de courants destabilisateurs toujours aussi vivaces? Comment cet homme ne sentit-il point le danger de manipulation dans les appels qui lui furent lancés, par certains membres de la communauté internationale, de donner refuge sur son sol à d’anciens soldats et des membres d’une milice tribale sur qui pesaient de lourds soupçons d’un crime ignoble de génocide qui venait d’être perpétré chez eux et qui ne renoncèrent point à leur idéologie d’extermination ethnique? Comment réussit-il l’incroyable pari de se mettre à dos la quasi totalité de ses neuf voisins qui, le moment venu, se coalisèrent pour lui rendre la monnaie de sa pièce?


POURQUOI alors qu’il fut accueilli triomphalement dans le pays et par le peuple de Kinshasa, son tombeur, un certain Laurent-Désiré Kabila, surgit de nulle part, ne tira-t-il point la leçon de la débâcle politique et socio-économique du régime auquel il venait de succéder incroyablement? Comment l’unanimité fut-elle établie, en moins de quelques semaines, que ce tombeur, qualifié d’accident de l’histoire par le ministre français des Affaires étrangères Hervé de Charrette, serait sans doute pire que celui auquel il avait succédé au point qu’il apparut clair, aux yeux de ses adversaires mais aussi de ses amis, qu’il ne méritait pas qu’il demeura un jour de plus à la tête du pays? Pourquoi cet homme qui fut porté au pouvoir par des puissances militaires régionales, dans le cadre d’une alliance politique et militaire, décida de se défaire d’elles en en faisant ses pires ennemis? Quel type de rapports fut celui qu’il tissa avec ses alliés militaires et à la base de la méfiance et de l’hostilité qui allaient bientôt voir le jour entre eux au point de faire déclencher une guerre mondiale continentale - pour paraphraser la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright - qui vînt dépecer l’ex-Zaïre? Pourquoi cet homme transforma-t-il en alliés ceux qu’il venait de pourchasser de l’est à l’ouest, pour le crime innommable qu’ils avaient perpétré chez eux, et qui furent à la base de la chute du régime Mobutu, dont il tira profit? Ne sut-il point que les mêmes causes produisent les mêmes effets? Comment expliquer la tentation de somalisation qui, soudain, s’empara de l’ex-Zaïre avec l’apparition d’au moins six chefs de guerre et, en même temps, la volonté de tout oublier et de faire la paix sans avoir réglé au préalable les problèmes régionaux à la base du conflit armé? Comment comprendre l’impopularité récurrente dont jouit le principal mouvement insurrectionnel congolais, le RCD, dans l’opinion publique nationale? Cette impopularité est-elle le fait de l’œuvre de diabolisation que le régime Kabila a entreprise avec succès contre un de ses alliés d’hier, à savoir le Rwanda devenu l’allié du RCD, comme principal mécanisme de défense dans la guerre fratricide, ou, au contraire, résulterait-elle d’une nouvelle idéologie nationale prenant désormais forme? De quoi se rendirent coupables les Rwandais et les Tutsis, notamment les Tutsis congolais, lors de leur éphémère passage au pouvoir à Kinshasa qui les fait se détester des Congolais au point qu’il suffit qu’un quidam ouvre la bouche dans un micro à Kisangani pour qu’une foule se déferle dans la rue et mette à mort en moins d’une heure cinq Rwandais Tutsis ou supposés tels? S’agissant de cette action de diabolisation et du discours de haine développé dans le pays envers une catégorie de concitoyens ayant une origine culturelle rwandaise, quel type de remèdes l’homme politique national est-il appelé à trouver? Quel modèle de consensus faut-il développer dans ce pays afin que la Nation retrouve la voie de son unité et de son développement? Quels sont les vrais problèmes qui se posent aujourd’hui à l’homme politique congolais? Quelles responsabilités historiques incombe aujourd’hui à la classe politique nationale? Comment parvenir à mobiliser et à fédérer un pays-Continent autour d’idées et de valeurs positives? Retour à la diabolisation : comment expliquer que la classe politique kinoise diabolise à souhait les Rwandais et les Tutsis et qu’en même temps, elle fasse des mains et des pieds pour se faire recevoir par ces mêmes hommes et solliciter auprès d’eux des portefeuilles ministériels ou d’autres positions, comme on l’a vu à Sun City?


POURQUOI le processus du Dialogue inter-congolais, avec volets de réunification, réconciliation et pacification du pays, semble-t-il soudain coincer? Pourquoi des fils et des filles de ce pays traînent-ils les pieds sur la voie de la concorde nationale? Pourquoi la Communauté internationale, hier si prompte à imposer l’Accord de Lusaka à Laurent-Désiré Kabila, est-elle la même aujourd’hui à paraître la torpiller? Lusaka a-t-il été inventé pour contrer Laurent-Désiré Kabila et celui-ci a-t-il fait une mauvaise blague à ses ennemis en disparaissant un certain 16 janvier 2001 dans son palais de marbre à Kinshasa? Lusaka n’a-t-il été qu’un costume sur mesure pouvant habiller le seul Laurent-Désiré Kabila et non un prêt-à-porter en mesure de s’imposer indistinctement à quiconque se trouverait à la tête du pays? Dans un climat politique aussi délétère où les uns et les autres paraissent à nouveau prêts à s’entre-tuer, comment aborder sereinement les périls de l’Est? Comment le RCD, qui s’est trouvé si proche du pouvoir, a-t-il perdu celui-ci? Comment à Sun City a-t-il su si mal négocier son avenir et son devenir politique? Le principal mouvement insurrectionnel congolais est-il prêt aujourd’hui à exercer le pouvoir d’État dans notre pays et dans sa capitale Kinshasa, ou doive-t-il attendre le règlement de préalables mal compris ou mal exprimés? Ces préalables qui peuvent être fondés, sont-ils politiquement corrects? Le Congo et la Communauté internationale dont le poids est déterminant dans le règlement du conflit dans notre pays, sont-ils portés par ces préalables ou, au contraire, les considèrent-ils comme des faux-fuyants cachant mal un agenda? Comment expliquer le paradoxe d’un Mouvement, celui de Jean-Pierre Bemba, qui ne contrôla que le tiers d’une des neuf provinces du pays, parmi les plus pauvres et les moins peuplées, aujourd’hui appelé à prendre le pouvoir? Les peuples ont-ils jamais raison quand ils s’expriment ouvertement et librement et l’homme public responsable est-il tenu de prendre acte de l’expression populaire dès lors que celle-ci a été informée ouvertement et librement? Le conflit armé en RdCongo a -t-il été l’occasion de ce que les politologues appellent un débat libre où divers protagonistes ont eu l’occasion de s’exprimer aussi librement que possible? Que peut aujourd’hui Joseph Kabila, le nouveau président du Congo? Est-il maître de sa politique ou n’est-il que le porte-parole de divers clans, dont celui de ses alliés aux agendas contradictoires? Le conflit congolais est-il en passe d’entrer dans une phase de guerre oubliée au point de donner raison à Kabila qui prévoyait une guerre longue? Mais la population paradoxalement n’est-elle pas la grande gagnante de cette guerre en ayant réussi à la contrer pacifiquement? On pourrait continuer ce questionnement. Il est vrai que l’ex-Zaïre est un point d’interrogation.

 

 

KIN-KIEY MULUMBA
LE SOFT International 768 - 12 juin 2002

MERCREDI 26 juin 2002. 22.00’.


kkmtry@lesoft.be

L’ex-Zaïre en points d’interrogation

Lusaka a-t-il été inventé pour contrer Kabila Senior et celui-ci a-t-il fait une mauvaise blague à ses ennemis en disparaissant un certain 16 janvier 2001 dans son palais de marbre à Kinshasa? Le Rcd est-il prêt à exercer le pouvoir d’État à Kinshasa ou doive-t-il attendre le règlement de préalables mal compris ou mal exprimés?

COMMENT Mobutu qui, dans l’ex-Zaïre, bénéficia deux décennies durant de la confiance d’un pays plein et entier et eût autant de pouvoir, n’en tira point profit pour le placer dans l’orbite du développement socio-économique? Pourquoi cet homme qui eût l’idée de s’entourer de techniciens universitaires parmi les mieux formés qu’ait pu compter l’ex-Zaïre conduisit son pays aux immenses richesses à une catastrophe dont il pourrait mettre des générations pour s’en sortir? Comment son armée dont il forma les officiers dans les meilleures académies militaires du monde et dont il s’enorgueillit jusqu’à une certaine époque, ne remporta aucune victoire militaire connue? Pourquoi un homme qui eût la clairvoyance de sentir, bien avant nombre de ses compatriotes, que l’avenir et le futur de son pays se jouaient dans sa partie orientale n’affina point cette vision en mettant en oeuvre une politique régionale volontariste à même de placer le pays hors de portée de courants destabilisateurs toujours aussi vivaces? Comment cet homme ne sentit-il point le danger de manipulation dans les appels qui lui furent lancés, par certains membres de la communauté internationale, de donner refuge sur son sol à d’anciens soldats et des membres d’une milice tribale sur qui pesaient de lourds soupçons d’un crime ignoble de génocide qui venait d’être perpétré chez eux et qui ne renoncèrent point à leur idéologie d’extermination ethnique? Comment réussit-il l’incroyable pari de se mettre à dos la quasi totalité de ses neuf voisins qui, le moment venu, se coalisèrent pour lui rendre la monnaie de sa pièce?


POURQUOI alors qu’il fut accueilli triomphalement dans le pays et par le peuple de Kinshasa, son tombeur, un certain Laurent-Désiré Kabila, surgit de nulle part, ne tira-t-il point la leçon de la débâcle politique et socio-économique du régime auquel il venait de succéder incroyablement? Comment l’unanimité fut-elle établie, en moins de quelques semaines, que ce tombeur, qualifié d’accident de l’histoire par le ministre français des Affaires étrangères Hervé de Charrette, serait sans doute pire que celui auquel il avait succédé au point qu’il apparut clair, aux yeux de ses adversaires mais aussi de ses amis, qu’il ne méritait pas qu’il demeura un jour de plus à la tête du pays? Pourquoi cet homme qui fut porté au pouvoir par des puissances militaires régionales, dans le cadre d’une alliance politique et militaire, décida de se défaire d’elles en en faisant ses pires ennemis? Quel type de rapports fut celui qu’il tissa avec ses alliés militaires et à la base de la méfiance et de l’hostilité qui allaient bientôt voir le jour entre eux au point de faire déclencher une guerre mondiale continentale - pour paraphraser la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright - qui vînt dépecer l’ex-Zaïre? Pourquoi cet homme transforma-t-il en alliés ceux qu’il venait de pourchasser de l’est à l’ouest, pour le crime innommable qu’ils avaient perpétré chez eux, et qui furent à la base de la chute du régime Mobutu, dont il tira profit? Ne sut-il point que les mêmes causes produisent les mêmes effets? Comment expliquer la tentation de somalisation qui, soudain, s’empara de l’ex-Zaïre avec l’apparition d’au moins six chefs de guerre et, en même temps, la volonté de tout oublier et de faire la paix sans avoir réglé au préalable les problèmes régionaux à la base du conflit armé? Comment comprendre l’impopularité récurrente dont jouit le principal mouvement insurrectionnel congolais, le RCD, dans l’opinion publique nationale? Cette impopularité est-elle le fait de l’œuvre de diabolisation que le régime Kabila a entreprise avec succès contre un de ses alliés d’hier, à savoir le Rwanda devenu l’allié du RCD, comme principal mécanisme de défense dans la guerre fratricide, ou, au contraire, résulterait-elle d’une nouvelle idéologie nationale prenant désormais forme? De quoi se rendirent coupables les Rwandais et les Tutsis, notamment les Tutsis congolais, lors de leur éphémère passage au pouvoir à Kinshasa qui les fait se détester des Congolais au point qu’il suffit qu’un quidam ouvre la bouche dans un micro à Kisangani pour qu’une foule se déferle dans la rue et mette à mort en moins d’une heure cinq Rwandais Tutsis ou supposés tels? S’agissant de cette action de diabolisation et du discours de haine développé dans le pays envers une catégorie de concitoyens ayant une origine culturelle rwandaise, quel type de remèdes l’homme politique national est-il appelé à trouver? Quel modèle de consensus faut-il développer dans ce pays afin que la Nation retrouve la voie de son unité et de son développement? Quels sont les vrais problèmes qui se posent aujourd’hui à l’homme politique congolais? Quelles responsabilités historiques incombe aujourd’hui à la classe politique nationale? Comment parvenir à mobiliser et à fédérer un pays-Continent autour d’idées et de valeurs positives? Retour à la diabolisation : comment expliquer que la classe politique kinoise diabolise à souhait les Rwandais et les Tutsis et qu’en même temps, elle fasse des mains et des pieds pour se faire recevoir par ces mêmes hommes et solliciter auprès d’eux des portefeuilles ministériels ou d’autres positions, comme on l’a vu à Sun City?


POURQUOI le processus du Dialogue inter-congolais, avec volets de réunification, réconciliation et pacification du pays, semble-t-il soudain coincer? Pourquoi des fils et des filles de ce pays traînent-ils les pieds sur la voie de la concorde nationale? Pourquoi la Communauté internationale, hier si prompte à imposer l’Accord de Lusaka à Laurent-Désiré Kabila, est-elle la même aujourd’hui à paraître la torpiller? Lusaka a-t-il été inventé pour contrer Laurent-Désiré Kabila et celui-ci a-t-il fait une mauvaise blague à ses ennemis en disparaissant un certain 16 janvier 2001 dans son palais de marbre à Kinshasa? Lusaka n’a-t-il été qu’un costume sur mesure pouvant habiller le seul Laurent-Désiré Kabila et non un prêt-à-porter en mesure de s’imposer indistinctement à quiconque se trouverait à la tête du pays? Dans un climat politique aussi délétère où les uns et les autres paraissent à nouveau prêts à s’entre-tuer, comment aborder sereinement les périls de l’Est? Comment le RCD, qui s’est trouvé si proche du pouvoir, a-t-il perdu celui-ci? Comment à Sun City a-t-il su si mal négocier son avenir et son devenir politique? Le principal mouvement insurrectionnel congolais est-il prêt aujourd’hui à exercer le pouvoir d’État dans notre pays et dans sa capitale Kinshasa, ou doive-t-il attendre le règlement de préalables mal compris ou mal exprimés? Ces préalables qui peuvent être fondés, sont-ils politiquement corrects? Le Congo et la Communauté internationale dont le poids est déterminant dans le règlement du conflit dans notre pays, sont-ils portés par ces préalables ou, au contraire, les considèrent-ils comme des faux-fuyants cachant mal un agenda? Comment expliquer le paradoxe d’un Mouvement, celui de Jean-Pierre Bemba, qui ne contrôla que le tiers d’une des neuf provinces du pays, parmi les plus pauvres et les moins peuplées, aujourd’hui appelé à prendre le pouvoir? Les peuples ont-ils jamais raison quand ils s’expriment ouvertement et librement et l’homme public responsable est-il tenu de prendre acte de l’expression populaire dès lors que celle-ci a été informée ouvertement et librement? Le conflit armé en RdCongo a -t-il été l’occasion de ce que les politologues appellent un débat libre où divers protagonistes ont eu l’occasion de s’exprimer aussi librement que possible? Que peut aujourd’hui Joseph Kabila, le nouveau président du Congo? Est-il maître de sa politique ou n’est-il que le porte-parole de divers clans, dont celui de ses alliés aux agendas contradictoires? Le conflit congolais est-il en passe d’entrer dans une phase de guerre oubliée au point de donner raison à Kabila qui prévoyait une guerre longue? Mais la population paradoxalement n’est-elle pas la grande gagnante de cette guerre en ayant réussi à la contrer pacifiquement? On pourrait continuer ce questionnement. Il est vrai que l’ex-Zaïre est un point d’interrogation.

 

 

KIN-KIEY MULUMBA
LE SOFT International 768 - 12 juin 2002

 

 

lesoftonline.net 26/06/2002
 
 

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