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07/02/2012

PALESTINE : POURQUOI ETAIT-CE ETRANGE UNE RECONCILIATION ENTRE FRERES ? PARCE QU'IL AURAIT FALLU LE CONTRAIRE CAR DIVISER POUR MIEUX REGNER ?MAIS QUEL SADISME OCCIDENTAL ?

Israël: les anciens prisonniers libérés ont-ils récidivé?

Les prisonniers palestiniens libérés en échange de Gilad Shalit vont-ils commettre à nouveaux des attentats et tuer des Israéliens? La question hante l'opinion publique israélienne. D'autant plus que dans le passé, les cas de récidive ont été nombreux.

Un ancien prisonnier palestinien accueilli par un membre du Hamas dans la bande de Gaza, le 18 octobre 2011. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

- Un ancien prisonnier palestinien accueilli par un membre du Hamas dans la bande de Gaza, le 18 octobre 2011. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa -

La libération de prisonniers palestiniens, qui a eu lieu le 18 octobre 2011, n’est évidemment pas une première. Saluée un peu partout dans le monde comme apportant une dose d'humanité voire d'espoir dans le conflit israélo-palestinien, elle n’allait pourtant pas de soi.

Les adversaires de l’accord d’échange du jeune caporal franco-israélien Gilad Shalit contre 1.000 prisonniers palestiniens —en plusieurs phases— n'ont cessé en Israël de mettre en avant des arguments sécuritaires craignant que les terroristes libérés ne commettent à nouveau des attentats. Les plus pugnaces, tels le rabbin Dov Lior, figure majeure du courant sioniste-religieux nationaliste, ou Shmuel Eliahu, grand rabbin de Safed, se fondent même abusivement sur des arguments religieux (1) pour exprimer leur réprobation.

D’autres Premiers ministres israéliens ont bien par le passé signé l’élargissement de prisonniers palestiniens. Entre juillet et novembre 2007, juste avant les discussions d’Ananapolis, Olmert a ainsi fait reconduire près de 800 Palestiniens en Cisjordanie ou à Gaza. Près de 200 Palestiniens ont été libérés l’année suivante pour renforcer la position d’Abbas au sein de l’Autorité palestinienne.

Ces décisions avaient alors provoqué de vives critiques au sein du gouvernement ainsi que des organisations des victimes du terrorisme, sur le risque potentiel de récidive des anciens prisonniers. L’ancien chroniqueur conservateur du quotidien de centre gauche Haaretz Nadav Shragai estimait à l’époque «qu’en relâchant des terroristes, de nouvelles victimes en paieront le prix». Selon son analyse, la libération de prisonniers avec «du sang sur les mains » devait être évitée compte tenu du facteur de récidive.

Le risque de récidive existe-t-il vraiment?

Oui. Le président de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense, Tsahi Hanegbi, du parti Kadima, avait chiffré les conséquences de la libération anticipée de détenus. Entre le 29 janvier 2004 et le 17 avril 2007, 35 Israéliens étaient morts sous les coups de détenus libérés. L’association Almagor, qui représente les victimes du terrorisme, évalue à 30 le nombre d’attaques perpétrées depuis l’an 2000 (177 tués) par des anciens prisonniers palestiniens.

Le site Imra (Independent Media Review and Analysis) précise que depuis l’année 1985, Israël a libéré plus de 10.000 Palestiniens incarcérés pour actions terroristes. Entre 1993 et 1999, 6.912 Palestiniens avaient recouvré la liberté et 854 d’entre eux, soit 12,4%, ont choisi de prendre part activement à des attentats ou des attaques.

Cette proportion de «récidivistes» correspond aux estimations de responsables sécuritaires israéliens. Ces activistes les plus jeunes, les plus irréductibles, continuent à porter les armes contre Israël.

C’est par exemple le cas de Samir Kuntar, Libanais d'origine palestinienne et militant du FLP (Front de libération de la Palestine), condamné pour le meurtre d’un père et de sa fillette de 4 ans en 1980, puis relâché en juillet 2008. Son arrestation avait entraîné la mort d’un policier israélien. Il avait suivi en prison les cours de l’Université de Tel-Aviv en sciences humaines et sociales.

50% renoncent à l'activisme

A sa libération, il avait repris immédiatement du service auprès du Hezbollah, ce que les services de sécurité israéliens ne lui ont pas pardonné. Ils sont particulièrement intransigeants vis-à-vis des anciens prisonniers. Ils acceptent d’absoudre leurs crimes à condition qu’ils renoncent à toute action terroriste contre Israël. Dans le cas contraire, ils deviennent avec leurs familles une cible potentielle et leurs maisons sont détruites. Le 31 juillet 2011, Samir Kuntar a ainsi échappé à la mort mais a été blessé dans une explosion à Beyrouth, à proximité du quartier général du Hezbollah.

Selon les chiffres des services de sécurité israéliens, 50% des prisonniers libérés renoncent totalement à militer et sortent du circuit de l’activisme pour reprendre une vie civile normale ou choisissent l’exil. Les prisonniers âgés, les retraités de la cause palestinienne, ont passé tellement d’années enfermés —à la fin de l’année 2007, 232 Palestiniens avaient passé plus de quinze ans dans les prisons israéliennes; dont 73 plus de vingt ans— qu’ils aspirent à une autre vie. Ils ont choisi de mener une vie paisible pour rattraper les années d’enfermement durant lesquelles ils ont vécu aux côtés des Israéliens, ont appris leur langue et souvent ont poursuivi des études supérieures.

38% reprennent du service dans les milices ou les organisations sécuritaires palestiniennes, par intérêt financier, pour toucher un salaire de subsistance, plutôt que par idéal militant. Les anciens prisonniers gardent en effet le droit de militer pacifiquement dans les organisations politiques ou d’être incorporés dans les services de sécurité légaux palestiniens.

Ainsi, parmi les libérés de la vague de 2008, trois prisonniers,  Hussam Khader, Saïd Al-Ataba (31 ans de prison) et Abu Ali Yatta (28 ans de prison), représentaient les élites du terrorisme palestinien. Hussam Khader avait été emprisonné pendant six ans et était président du Comité pour la défense des droits des réfugiés palestiniens. La prison ne l’avait pas radicalisé:

«Nous devons profiter de l'expérience, des leçons du premier redéploiement israélien après la signature des accords d'Oslo ainsi que de la mauvaise administration, de l'anarchie et de la corruption qui l'ont suivi, où ont disparu toutes les promesses qui voulaient transformer les régions desquelles l'armée israélienne se retirait en nouvelle Singapour. Nous n'avons pas su mettre le retrait au service de notre peuple palestinien, mais il a été mis au service d'une petite minorité qui a obtenu des privilèges.»

Il était ainsi devenu une voix critique au sein du Fatah. Abu Ali Yatta a repris sa place au sein du comité central du Fatah en prenant la charge de la défense des droits des prisonniers en Israël.

Aujourd’hui, la disproportion de l’échange de Gilad Shalit relance le débat. Israël s’était déjà interrogé sur la pertinence du modus operandi pour régler les prises d’otages face au dogme de ne jamais abandonner ses soldats, même les dépouilles de ceux qui ont été tués.

De nombreuses voix s’élèvent pour la réactivation de la «directive Hannibal», édictée par Tsahal en 1986, révélée en 2003 par Haaretz. Cette directive avait pour objectif de tout mettre en œuvre militairement durant l’enlèvement d’un soldat pour empêcher que celui-ci ne tombe entre les mains ennemies, y compris en tirant sur les ravisseurs au risque de tuer le soldat. Certains responsables souhaiteraient réappliquer cette directive, abrogée en 2002 devant le malaise qu’elle suscitait auprès des troupes.

Quant à la droite dure, minoritaire en Israël, elle milite tout simplement pour introduire la peine de mort pour les terroristes ou les éliminer durant leur arrestation afin de vider les échanges de toute substance et de dissuader de nouveaux ravisseurs potentiels. 

Jacques Benillouche

(1) Ils occultaient un commandement de la Torah, le rachat des prisonniers, qui s’insère dans les fondements théologiques du judaïsme. Abraham a risqué sa vie pour libérer son frère Loth: «Dès que celui-ci apprit la capture de son frère, il mit sur pied trois cent dix-huit de ses vassaux, liés de naissance à sa maison. Il mena la poursuite jusqu’à Dan…» Le roi David, aidé de ses proches, a libéré les captifs qui se trouvaient entre les mains du roi d’Arad. Un texte talmudique précise également: «Si l’on ne se dépêche pas d’assurer la délivrance d’un prisonnier, on est considéré comme ayant versé son sang.» Retour à l'article

Publié le 28/10/2011
Mis à jour le 28/10/2011 à 7h10

Ce que la libération de Gilad Shalit change dans le processus israélo-palestien

Place du Hamas, poids de Mahmoud Abbas, position de Benjamin Netanyahou: le paysage politique a évolué depuis l'échange de prisonniers palestiniens contre le caporal israélien.

A côté de Ramallah, le 19 octobre 2011. REUTERS/Eric Gaillard

- A côté de Ramallah, le 19 octobre 2011. REUTERS/Eric Gaillard -

La libération de Gilad Shalit aura eu deux conséquences notables au Proche-Orient. Le dialogue direct s’est installé entre les Israéliens et les islamistes tandis que le Hamas voit la porte du processus de paix moribond s’ouvrir à lui.

Les islamistes, en perte de vitesse dans la bande de Gaza, ont exploité l’opération d’échange du caporal alors qu’ils étaient marginalisés par l’offensive diplomatique menée par Mahmoud Abbas dans sa quête de déclaration unilatérale d’indépendance de la Palestine. Mais en fait, le président de l’Autorité paie cher son entêtement à vouloir s’adresser à l’ONU, malgré les faibles chances de réussite, puisqu’il a été mis à l’écart de toutes les négociations.

La carte du Hamas

En effet, les sondages publiés par l'institut du politologue Khalil Shikakisont éloquents. En cas d’élections, le Hamas recueillerait aujourd’hui 29% de suffrages contre 44,6% pour le Fatah tandis que Marwan Bargouti, le prisonnier le plus célèbre des prisons israéliennes, emporterait l’élection présidentielle avec 65% des voix contre 29,6% à Ismaël Haniyeh.

Le jeu politique des Israéliens a toujours été de monter l’une des factions contre l’autre pour éviter une cohésion du peuple palestinien capable de s’opposer efficacement à l’État juif.

Un rapport de la DGSE, les services français, daté d’avril 2002 et intitulé «Mouvements islamistes radicaux palestiniens», précise que les Israéliens avaient sorti de l’ombre le Hamas en lui donnant une stature internationale pour affaiblir Yasser Arafat. Issu de la mouvance des Frères Musulmans, le Mouvement de la Résistance islamique (Hamas) s’est implanté en 1973 à Gaza, à l’origine sous la forme d’une association cultuelle dirigée par Cheikh Ahmed Yassine, reconnue et autorisée par Israël en 1979. Les Israéliens avaient trouvé cet antidote à la montée du nationalisme palestinien incarné par leur pire ennemi, Yasser Arafat.

Il semble qu’aujourd’hui la détérioration des relations avec l’Autorité palestinienne conduise Netanyahou à jouer à nouveau la carte d’Ismaël Haniyeh, lui-même en difficulté face aux coups de butoir du Djihad islamique et d’al-Qaida, en appliquant la théorie consistant à favoriser l’organisation la plus faible du moment.

Implication russe

Les Russes se sont aussitôt engouffrés dans cette brèche en quittant leur rôle ambigu face aux occidentaux qui ne comprenaient pas le soutien apporté à l’Iran et à la Syrie. Ils ont trouvé la parade en s’appuyant sur la position des Israéliens qui avaient entamé des négociations directes avec le Hamas à l’occasion de la libération de Gilad Shalit.

A cette occasion, les alliés du Hamas au Liban ont pris du galon puisqu’une délégation du Hezbollah a été reçue le 19 octobre à Moscou. Un précédent vient donc d’être établi puisqu’il s’agit de la première visite européenne d’une organisation classée par les Européens parmi les organisations terroristes.

Conduite par le chef du Bloc parlementaire de la fidélité à la Résistance, Mohammad Raad, la délégation comprend également le président de la commission parlementaire de l'Information, Hassan Fadlallah, et un membre de la commission de l'Administration et de la Justice, Naouar Sahili.

La négociation directe entre Israël et le Hamas a ainsi ouvert la porte à la crédibilité et à l’internationalisation de la position du Hezbollah, allié des islamistes et membre à part entière du gouvernement libanais. Cette visite est interprétée par les Israéliens comme une reconnaissance de fait du Hezbollah et comme une victoire indirecte de son suzerain l’Iran.

Pour justifier leur attitude, les Russes ont trahi des secrets en révélant que Benjamin Netanyahou avait utilisé –pour la libération de Gilad Shalit–, les services de Gershon Baskin, directeur de IPCRI (Institut israélo-palestinien pour la recherche et l’information), lui-même en contact étroit avec Ahmed Ghazi, vice-ministre des Affaires étrangères et conseiller d’Ismaël Haniyeh. Ces deux personnalités ont permis le contact direct avec Mohamed Jabry, chef de la banche militaire du Hamas qui a négocié au Caire, ligne à ligne, les noms des prisonniers libérables.

Le Hamas a le vent en poupe

Moscou semble accréditer l’idée que l’accord avec le Hamas préfigure une négociation de plus grande ampleur au Proche-Orient.

Benjamin Netanyahou veut s’impliquer totalement dans le processus de paix avec les Palestiniens en incluant éventuellement les islamistes. Le médiateur israélien Gershon Baskin a marqué son euphorie en insistant sur le destin tracé de Netanyahou qui veut être l’homme qui établira la paix dans la région, en négociant avec le Hamas, afin de détruire le lien politique entre Damas et Téhéran. Le but recherché est d’affaiblir Mahmoud Abbas tout en sapant le moral de Bassar el-Assad, allié fidèle du Hamas.

Mais les Russes, qui craignent une implantation accrue des occidentaux au Proche-Orient, ne sont pas prêts à abandonner leur allié syrien. Ils ont voulu utiliser, de manière indirecte, le Hezbollah pour faire comprendre au Hamas qu’il n’était pas question pour eux de brader l’amitié avec l’allié syrien.

Ils ont d’ailleurs convié à Moscou le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui a ouvertement réorienté son allégeance au profit des États-Unis. Les Américains avaient exploité la situation précaire à Damas du chef politique du Hamas, désormais au Qatar, en le persuadant d’être partie prenante dans la discussion sur la libération de Gilad Shalit. Les Israéliens voudraient par ailleurs le voir s’installer au Caire, proche de Jérusalem, pour bénéficier de l’aide et de l’arbitrage efficaces des militaires égyptiens.

L’affaire Shalit et la chute définitive du dictateur libyen ouvrent de nouveaux horizons de négociations dans lesquels les faucons d’hier semblent à présent vouloir jouer le rôle de colombes.

La nouvelle stratégie israélienne vient de s’exprimer par un nouveau signe –timide mais significatif– de la part de Benjamin Netanyahou. Il vient d’accepter, de manière unilatérale, de geler partiellement la construction en Cisjordanie dans le but de relancer les pourparlers avec les Palestiniens. Certes, le gel ne s'appliquera uniquement qu’aux«constructions officielles du gouvernement» et non aux projets de promoteurs privés. La balle est à présent dans le camp de Mahmoud Abbas qui n'a pas encore répondu à la proposition.

Jacques Benillouche

Les gagnants et les perdants de la libération du soldat Shalit

Succès des diplomaties américaine et allemande, échec des Français, mise à l'écart d'Abbas au profit du Hamas... Et si on assistait aux prémices d'un printemps palestinien?

Une Palestinienne passe devant un graffiti représentant Gilad Shalit dans les rues de Gaza, le 12 octobre 2011. REUTERS/Ismail Zaydah

- Une Palestinienne passe devant un graffiti représentant Gilad Shalit dans les rues de Gaza, le 12 octobre 2011. REUTERS/Ismail Zaydah -

Benjamin Netanyahou n’a pas caché que le prix payé pour la libération du soldat Shalit était élevé car plusieurs dizaines de terroristes seront libérés alors qu’ils avaient été condamnés lourdement pour leur participation à des attentats sanglants contre des civils sur le sol israélien. Le Premier ministre israélien a estimé qu’il a dû prendre «une décision difficile, mais que le leadership est testé dans ces moments-là, sur sa capacité à prendre des décisions difficiles». Il a expliqué que, depuis son arrivée au pouvoir, il était hanté par la libération de Gilad Shalit, quitte à transgresser le dogme du refus de négocier avec des preneurs d’otages.

Netanyhaou a estimé que les turbulences liées aux révolutions arabes et les difficultés que rencontrait le Hamas avec la perte du soutien syrien lui offraient une opportunité. Il sait qu’après avoir supporté la présence des parents de Gilad Shalit dans une tente installée près de son bureau, il aura à présent à faire face aux parents des victimes, furieux de voir que les assassins de leurs proches sont en cours de libération. La famille Shalit vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle quittait la tente de protestation à Jérusalem pour rejoindre son domicile en Galilée.

Fort du soutien de l’armée qui tenait à respecter son dogme de porter secours à tout soldat en difficulté sur le champ de bataille, quels que soient les risques, Benjamin Netanyahou a bataillé avec les responsables de la sécurité intérieure qui craignaient les actions futures des experts terroristes libérés. Les dirigeants politiques et sécuritaires ont fini par accepter la libération de 1.027 Palestiniens en échange d’un seul soldat dans le cadre d’une première dans l’histoire d’Israël.

Pari risqué, car l’expérience passée démontre que les terroristes reprennent parfois du service. Samir Kuntar avait été libéré en 2008 par le gouvernement israélien en échange des dépouilles de deux soldats israéliens, Eldad Regev et Ehud Goldwasser. Il avait vite retrouvé l’action violente.

La diplomatie efficace des Américains

Les négociations ont été menées par deux équipes différentes pour garantir une fin rapide. Les Américains ont pris une part importante dans un dialogue secret. Le nouveau secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a cautionné les négociations entre Israël, l’Égypte et le Hamas au Caire à l’occasion de son voyage les 3 et 4 octobre. Il a exploité la situation précaire à Damas du chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, désormais au Qatar, en le persuadant d’être partie prenante dans la discussion.

La diplomatie secrète des Américains a été efficace. L’approche des élections législatives en Égypte et l’influence croissante des Frères musulmans ont poussé l’administration Obama à ouvrir le dialogue avec les leaders islamistes pour les couper de l’influence iranienne. En effet, des diplomates américains ont précédé Leon Panetta, le 2 octobre au Caire, pour prendre langue avec des représentants des Frères musulmans. Ainsi la délégation américaine conduite par Prem G. Kumar, de la Maison Blanche, directeur des affaires israéliennes et palestiniennes au Conseil national de Sécurité, anticipait le dialogue avec les Frères musulmans.

Les représentants du gouvernement américain n’en étaient pas à leur premier contact avec les membres de la branche politique égyptienne des Frères musulmans. Ils avaient assisté, avec le premier secrétaire de l'ambassade américaine au Caire, à une réunion au siège du parti Liberté et Justice. L’administration du président Barack Obama ne croit pas que les Frères musulmans soient une menace pour la région et elle fait confiance à leur désaveu du terrorisme. Elle a pris la décision de traiter le mouvement islamiste comme un parti politique et non comme une organisation qui prône la destruction d'Israël et l'établissement d'un gouvernement conforme à la charia égyptienne.

Dans une interview à la chaîne égyptienne Al-Hayat TV [3], Hillary Clinton avait expliqué comment elle entendait traiter avec les islamistes en Égypte:

«Nous serons prêts à ouvrir le dialogue et à travailler avec un gouvernement qui a des représentants qui se sont engagés à la non-violence, qui sont attachés aux droits de l'homme et qui se sont engagés à la démocratie émergée à la place Tahrir.» 

Le nouveau secrétaire à la Défense a donc reçu pour mission d’engager des négociations avec les Frères musulmans. A son arrivée au Caire le 4 octobre, Leon Panetta avait trouvé un accord pratiquement scellé ébauché par la deuxième équipe de négociateurs.

L'intervention allemande

L’accord a été arraché grâce à la ténacité du négociateur allemand et au soutien inconditionnel d’Angela Merkel qui a mis tout son poids dans la balance. Sous l’œil bienveillant des Allemands, le représentant du Premier ministre israélien, David Meidan, a négocié directement les noms des prisonniers libérables avec le commandant de l'aile militaire du Hamas, Ahmed Jabri qui se trouve au Caire depuis le mois d’avril pour des entretiens avec le chef des services de renseignements égyptiens.

La signature de cet accord conforte les Israéliens dans leur volonté de négociation directe qui vient de prouver son efficacité. Le Hamas et Israël se sont trouvés à la même table pour marchander, point par point, les termes de leur accord. En menant une série de discussions directes et indirectes, ils ont démontré que les intermédiaires n’avaient pas vocation à favoriser rapidement une solution.

L'échec de la voie française

Par ailleurs la libération de Shalit consacre l’échec de la diplomatie française au Proche-Orient. Nicolas Sarkozy a été disqualifié pour intervenir comme arbitre en raison de ses nombreuses prises de position pro-palestiniennes et de son attitude ambiguë. Le communiqué laconique du président de la République ne masque pas sa déception: 

«Depuis le 25 juin 2006, la France n’a cessé d’agir, en coopération avec les autorités israéliennes et celles d’autres pays, pour que Gilad Shalit, ressortissant franco-israélien, soit libéré.»

Le Quai d’Orsay, suspect de sympathies pro-arabes depuis l’arrivée d’Alain Juppé à sa tête, n’a pas été mis dans la confidence, ni inséré dans le processus de libération. L’échec français a été ainsi consommé car le soldat franco-israélien a été libéré grâce à l’efficacité, à la neutralité et au silence politique d’Angela Merkel qui a démontré que la diplomatie discrète allemande savait s’élever au-dessus des intérêts personnels des États.  

Le Hamas supplante Abbas

Cet accord consacre aussi l’échec politique de Mahmoud Abbas qui se voit voler la vedette par son concurrent direct, le Hamas. Ismael Haniyeh, le leader de Gaza, sort renforcé de son bras de fer avec le président puisqu’il va bénéficier de l’impact de la libération du millier de prisonniers dont la plupart vont le rejoindre. Il devient ainsi le champion de la cause palestinienne. Mahmoud Abbas paie son entêtement à vouloir défier Barack Obama et semble avoir été volontairement écarté de ces négociations car il n’avait pas tenu compte des menaces américaines qui lui conseillaient de surseoir à son projet dereconnaissance par l’ONU d’un État palestinien.

Le contact direct entre Israël et le Hamas pourrait présager d’une nouvelle ouverture politique tendant à insérer les islamistes dans le processus de paix moribond. Israël n’a par ailleurs plus de raison de maintenir le blocus de la bande de Gaza, imposé en raison de l’enlèvement de Guilad Shalit. Un printemps palestinien est peut-être en marche.

Jacques Benillouche

Publié le 12/10/2011
Mis à jour le 21/10/2011 à 14h32


 



Palestine: l'étrange réconciliation entre le Hamas et le Fatah

Publié le 07/02/2012
Mis à jour le 07/02/2012 à 10h16

Sous la pression du Qatar, les deux factions palestiniennes ont finalement accepté de gouverner ensemble. Pour combien de temps?

Un drapeau palestinien, sur le mur de la frontière contestée dans le village de Nilin, en Cisjordanie, près de Ramallah, en décembre 2009. REUTERS/Yannis Behrakis

- Un drapeau palestinien, sur le mur de la frontière contestée dans le village de Nilin, en Cisjordanie, près de Ramallah, en décembre 2009. REUTERS/Yannis Behrakis -

Le Hamas a finalement donné son accord pour participer à un gouvernement de transition dirigé par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.  Cet accord, parrainé par le Qatar, pourrait permettre la tenue d'élections législatives et présidentielle dans les prochains mois. Il a été obtenu après des réunions à Doha entre Mahmoud Abbas et le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui a déplacé son bureau depuis la Syrie où sa sécurité n’était plus assurée.

La réconciliation entre les deux mouvements palestiniens rivaux semble en cours, mais elle reste précaire. L’accord, signé en présence de l’émir du Qatar, Sheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale constitué uniquement de technocrates indépendants chargés de «préparer la tenue d'élections et de superviser la reconstruction de Gaza». La composition du gouvernement Abbas, qui inclura le Hamas et le Djihad islamique, sera annoncée le 18 février au Caire à l’occasion d'une réunion de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), à laquelle participeront tous les mouvements palestiniens, y compris le Hamas et le Djihad islamique selon les informations fournies par le vice-Premier ministre Azzam Al-Ahmad.

Le rôle clé du Qatar

Ainsi, après avoir éliminé de la scène politique son responsable des services de  sécurité, Mohammed Dahlan, ancien homme fort de Gaza, le président de l’Autorité a décidé de sacrifier cette fois sur l’autel de la réconciliation l’économiste et Premier ministre Salem Fayyed qui avait obtenu des résultats exceptionnels en Cisjordanie et qui avait les faveurs des occidentaux.

Sheikh Al-Thani a aussi obtenu des concessions du Hamas. Il avait déjà forcé la main du mouvement islamiste lors de la négociation sur la libération du soldat Gilad Shalit. Preuve du poids du Qatar aujourd'hui et de sa crédibilité, il avait obtenu d’Israël, en échange de sa médiation, le droit d’investir à Gaza et de participer à sa reconstruction. Le Qatar a trouvé ainsi l’occasion de s’introduire dans la région et de damer le pion à l’Arabie saoudite et plus encore à l’Égypte. Dernière illustration du rôle clé du Qatar, quinze prisonniers palestiniens, libérés mais bannis par Israël en vertu de l'échange, ont été autorisés à s’installer à Doha.

Réconciliation de façade

Ceci dit, la réconciliation arrachée sous la pression est purement théorique. Dans les faits, les partisans du Hamas et du Fatah continuent à s’opposer et parfois à se combattre violemment. La police de Ramallah vient de réprimer avec force des manifestants du Hamas tandis que les officiels du Fatah ont reçu l’interdiction d’entrer à Gaza. Sakhr Bassiso, membre du Comité central du Fatah, qui a été éconduit,s’est plaint publiquement:

«Ce qui s’est passé prouve que les dirigeants du Hamas ne sont pas intéressés par la réconciliation.»

Les tensions restent vives entre les deux factions, ce que confirme Jamal Mohaysen, autre membre du comité central du Fatah:

«Nous nous sommes engagés à travailler à surmonter tous les obstacles et nous cherchons sincèrement à coopérer avec toutes les organisations palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie pour mettre en œuvre l’accord de réconciliation. Il ne faut pas chercher des obstacles qui entravent la réconciliation et entretiennent les divisions entre la Cisjordanie et Gaza.»

La lutte pour le pouvoir continue

Mahmoud Abbas, de son côté, a un comportement qui sème le doute à Gaza. Il a tenté d’isoler le Premier ministre Ismaël Haniyeh en décourageant les dirigeants de l’Égypte, du Soudan, de Turquie et de Tunisie de le rencontrer quand le leader du Hamas était en tournée dans ces pays. Ce dernier avait d’ailleurs manifesté sa mauvaise humeur devant certains membres de son parlement:

«J’ai été informé par la présidence tunisienne que M. Abbas avait adressé un message pour qu’on évite de me rencontrer, mais le président tunisien a répondu que la Tunisie est un État de droit et qu’il me reçoit en tant que Premier ministre légitime, conformément à la loi palestinienne, jusqu’à ce qu’un nouveau Premier ministre soit désigné.»

Les dirigeants palestiniens de Cisjordanie n’avaient pas apprécié que ces différends soient étalés dans la presse occidentale.

Un autre contentieux entre le Fatah et le Hamas assombrit les relations. Il est d’origine financière car l’Autorité palestinienne a saisi les 32 millions de dollars de dons de la Ligue arabe, destinés à des travaux de reconstruction à Gaza. La délivrance par Ramallah de passeports pour les habitants de Gaza est un autre point de discorde. Salem Fayyed a donné des instructions pour ne pas les délivrer aux membres du Hamas. Pourtant les islamistes palestiniens ont fait preuve de bonne volonté en restituant au président la demeure qu’il possède à Gaza et en y autorisant la réouverture du siège du comité central du Fatah.

Que va faire Israël?

Ismaël Haniyeh est victime du double jeu mené par Mahmoud Abbas qui, parallèlement à la réconciliation, mène des négociations avec Israël à Amman avec comme intermédiaire le roi Abdallah de Jordanie. Le Hamas a déclaré à plusieurs reprises qu’il est totalement opposé à ses négociations. Les chances de pouvoir tenir des élections législatives et présidentielles dans les délais prévus par l’accord semblent minces.

Et Israël ne va pas faciliter les choses. Jérusalem ne voit pas d’un bon œil la constitution d’une union palestinienne qui notamment améliorerait l'image des dirigeants palestiniens auprès des occidentaux et des instances internationales. Cela pourrait relancer le projet de reconnaissance de l’État palestinien qui n'avait de fait pas beaucoup de sens tant qu'une lutte fratricide oppose les factions qui contrôlent chacun des deux morceaux du territoire du futur Etat.

Mahmoud Abbas craint l'influence du «printemps arabe» et l'islamisation des Palestiniens. Pour ne pas subir le même sort que les dictateurs arabes, le président de l'Autorité palestinienne pourrait durcir sa position et s’opposer définitivement aux négociations. D'un autre côté, la réconciliation, si elle tient dans les faits plus que quelques semaines, pourrait contraindre Israël à sortir de son immobilisme qui est la seule stratégie de Benjamin Netanyahou. Reste à savoir si la dynamique enclenchée par le Hamas et le Fatah sous l'égide du Qatar peut être autre chose qu'un habillage. La réponse est pour bientôt.

Jacques Benillouche

Gaza: le poids grandissant du Djihad islamique

Satellite de l'Iran, le Djihad islamique ne cesse de se renforcer, au point que le Hamas envisage aujourd'hui une fusion des deux principaux mouvements islamistes palestiniens.

Militants du Djihad islamique lors de funérails à GazaIbraheem Abu Mustafa / Reuters

- Militants du Djihad islamique lors de funérails à GazaIbraheem Abu Mustafa / Reuters -

Les deux principaux mouvements islamistes palestiniens, le Hamas, au pouvoir à Gaza, et le Djihad islamique, viennent de commencer un dialogue pour discuter de leur fusion. Le Djihad islamique est devenu le deuxième groupe armé de l’enclave palestinienne.

Il défie régulièrement l’autorité du Hamas, mettant en péril la trêve instaurée entre le mouvement islamiste et Israël. Soutenu par la Syrie et l’Iran, le Djihad islamique est devenu un acteur important de la scène palestinienne.

Trois ans après la fin de l’opération israélienne Plomb durci dans la bande de Gaza, les tirs de roquettes sur le sol israélien n’ont pas cessé et l’Etat hébreu procède toujours à des tirs de représailles vers le territoire palestinien.

Grâce à la médiation égyptienne, une trêve a été instaurée entre le Hamas qui gouverne la bande de Gaza et Israël. Mais ce fragile statut-quo n’empêche pas des groupes plus radicaux de tirer ponctuellement des roquettes. Parmi eux, le Djihad islamique qui prône la résistance armée contre Israël.

L’influence grandissante du Djihad islamique pose problème à Israël et au Hamas qui voit son autorité à Gaza remise en cause à chaque nouveau tir de roquettes contre Israël. Depuis qu’il a pris le pouvoir du territoire côtier en juin 2007 et surtout depuis la fin de Plomb durci, la branche armée du Hamas (les Brigades Ezzedine al-Qassam) a restreint ses attaques contre Israël et les dirigeants du mouvement tentent d’empêcher les groupes armés de lancer des roquettes.

Toute nouvelle provocation depuis Gaza risquerait d’entraîner une nouvelle offensive israélienne. Alors que Gaza est en pleine reconstruction, l’organisation islamiste a conscience qu’un autre conflit sur son territoire pourrait précipiter la chute de son régime.

Le Hamas a tout intérêt à maintenir le calme avec Israël, lui permettant ainsi d’asseoir son pouvoir. Mais le débat fait rage au sein même de l’organisation. Le chef du bureau politique, Khaled Mechaal, a déclaré que son parti allait se concentrer sur la «résistance populaire», sous entendu qu’il pourrait faire taire les armes.

D’autres prônent toujours la lutte armée contre Israël. L’un des leaders du parti islamiste à Gaza, Mahmoud Zahar, s’est récemment fait remarquer avec des déclarations plus radicales que celles de Khaled Mechaal.

Défier le Hamas

C’est dans ce contexte que l’influence du Djihad islamique devient grandissante. Le Hamas n’est plus le groupe armé dédié à la résistance comme il le fut depuis sa création. Désormais, c’est le Djihad islamique qui endosse le rôle de défenseur de la cause palestinienne. Et il se présente comme une force d’opposition.

«Nous sommes opposés à toute négociation pacifique, à tout cessez-le-feu et à tous ceux qui cèdent aux principes de la cause palestinienne», affirme Ahmad Mdalal, un des leaders de l’organisation. Des centaines de militants mécontents ont quitté le Hamas pour rejoindre les rangs du Djihad, tout comme d'anciens combattants du Fatah. « Le Djihad islamique est le seul groupe qui prône la lutte armée contre l’occupant sioniste», insiste Rami, un sympathisant du Djihad.

Le Djihad islamique essaie de déstabiliser la trêve instaurée avec Israël, en lançant ponctuellement des roquettes sur l’Etat hébreu. Il refuse de se voir dicter sa conduite par le Hamas. «Ce n’est pas seulement au Hamas de décider quand les groupes armés peuvent reprendre la résistance contre Israël, ou bien quand il y a instauration d’un cessez-le-feu, analyse Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Avec la division palestinienne, le Djihad islamique veut montrer qu’il est la troisième force palestinienne, derrière le Fatah et le Hamas.»

Et il devient ainsi le successeur du Hamas. Au temps de l’Autorité palestinienne à Gaza, le mouvement islamiste essayait de déstabiliser son rival le Fatah, en envoyant des bombes humaines en Israël ou bien en lançant des roquettes.

Désormais, c’est le Hamas qui se fait déborder par un groupe considéré comme plus radical. Après le succès du Hamas obtenu lors de la libération de 477 détenus palestiniens en échange du soldat israélien Gilad Shalit, le 18 octobre dernier, le Djihad islamique a voulu reprendre le dessus et rappeler son influence en lançant des roquettes sur Israël.

Apôtre de la révolution islamique

Le Djihad islamique palestinien a été formé en Égypte puis dans la bande de Gaza à la fin des années 1970. Il a été créé par des membres des Frères musulmans dissidents, estimant que l'organisation était devenue trop modérée et qu’elle ne s’engageait pas assez au profit de la lutte palestinienne.

Il se veut un mouvement islamo-nationaliste et révolutionnaire. Influencé par la révolution islamique iranienne, le Djihad islamique ne tire pas uniquement ses références idéologiques des Frères Musulmans comme le Hamas, mais aussi des penseurs chiites etiraniens (même s’il n’est pas une organisation chiite). Il est idéologiquement plus proche de l’Iran que le Hamas car le djihad est une notion centrale du chiisme.

L’organisation est dédiée à la lutte armée, la destruction d’Israël et l’établissement d’un Etat palestinien islamique sur toute la Palestine mandataire (contrairement au Hamas qui aurait accepté un Etat palestinien dans les frontières de 1967). «Pour nous, la résistance, c’est la lutte armée, soutient Ahmad Mdalal, leader de l’organisation.Israël ne comprend que le langage de la force et de la résistance.»

Groupe plus petit que le Hamas, le Djihad islamique n'a pas le large réseau social que celui-ci a construit et est dépourvu de toute ambition politique. Il a refusé de participer aux élections législatives de janvier 2006, remportées par le mouvement islamiste. «Le Djihad islamique ne croit pas en un processus électoral, observe Mkhaimur Abusada, car la Palestine est sous occupation israélienne et il considère qu’il ne peut y avoir d’élections démocratiques sous occupation. Ce serait comme une sorte de deal avec l’ennemi, ce à quoi il se refuse catégoriquement.»

Soutien iranien et syrien

Dans la bande de Gaza, le Djihad islamique est en train de devenir lenouveau satellite iranien et l’allié stratégique de la Syrie, damant le pion au Hamas. Damas et Téhéran font payer au mouvement islamiste son manque officiel de soutien au régime de Bachar Al Assad, en proie depuis presque un an à un soulèvement populaire.

Mais le Hamas se trouve dans une position inconfortable car ses frères musulmans syriens figurent parmi les opposants aux forces syriennes. La formation palestinienne a réduit sa présence à Damas. Khaled Mechaal, le chef du bureau politique, est toujours officiellement installé dans la capitale syrienne. Mais la plupart des cadres du mouvement ainsi que leurs familles ont quitté la ville. C

ertains se seraient même installés dans la bande de Gaza. «Le Hamas essaie de prendre ses distances vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran, car il ne veut plus être un pion du régime iranien, assure Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Il préfère se rapprocher de l’islam modéré d’Egypte ou de Tunisie.» Selon certaines rumeurs, l’Iran ferait pression sur le mouvement islamiste pour que son bureau politique reste à Damas, sous menace de lui couper tout aide financière.

Le refus du Hamas de soutenir sans condition le régime de Bachar el-Assad a poussé l’Iran et la Syrie à se tourner vers le Djihad islamique, lui aussi basé à Damas. «Nous sommes fiers et honorés de dire que la République islamique d'Iran nous fournit aide et soutien», a récemment déclaré Abou Ahmed, porte-parole des Brigades de Jérusalem, aile militaire du Djihad islamique, lors d'une interview à Reuters.

Soutenu et alimenté par l'Iran et la Syrie, le Djihad islamique est devenu un acteur important sur la scène politique palestinienne. Ses dirigeants sont reçus et consultés dans les capitales arabes.

Pour obtenir un arrêt des tirs sur Israël, l'Égypte négocie directement avec le Djihad, sans passer par le Hamas.



A Gaza, des centaines de sunnites, dont des membres du Djihad islamique se sont récemment convertis au chiisme. Selon le site internet du quotidien Haaretz, le Hamas mène une politique de répression violente contre les musulmans chiites, par peur d’une influence croissante de l’Iran.

Il y a quelques jours, des hommes armés du Hamas ont attaqué et arrêté une quinzaine de pèlerins lors d’une fête religieuse chiite. Toujours d’après Haaretz, des membres du Djihad islamique ont alerté Téhéran, lui demandant d’arrêter de financer le Hamas, en raison des persécutions exercées contres les chiites de Gaza.

Une force militaire

D’après plusieurs analystes militaires israéliens, le Djihad islamique aurait récemment accumulé grâce à Téhéran une puissance militaire égale voire même supérieure  au Hamas. Le groupe possèderait des roquettes de plus longue portée que le Hamas, 8000 combattants, et quelque 10.000 partisans et collaborateurs. Ses membres sont constamment menacés par les raids de l’armée israélienne. Régulièrement, ils coupent leur téléphone portable, évitent de se déplacer en voiture ou en moto et se cachent loin de leur domicile familial, pour échapper à tout attentat ciblé.

Mais le Hamas, fort de ses 25.000 policiers et 10.000 membres des brigades Ezzedine al Qassam (la branche armée), reste « plus puissant, affirme Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza.. Le Djihad islamique peut déstabiliser Gaza, gêner le Hamas, mais à l’heure actuelle, il n’est pas une menace existentielle pour le mouvement islamiste.  Il n’y a jamais eu de confrontation directe entre les deux groupes. En cas de conflit, ils règlent leurs problèmes à Damas.» Toutefois, le Hamas n’hésite pas à arrêter certains membres du Djihad. Le mouvement islamiste veut faire preuve de tolérance zéro face à ceux qui défient ses règles.  

Certains observateurs espèrent qu’en cas de chute du régime du Hamas, Gaza serait alors gouverné par un groupe plus modéré. Mais de nombreux analystes estiment que ce n’est qu’une illusion. Ils craignent que le Djihad islamique s’empare du pouvoir à Gaza. «Sauf en cas de fusion, les deux groupes finiront tôt ou tard par s’affronter,avertit Mkhaimur Abusada, car le Djihad islamique ne cessera jamais d’imposer au Hamas sa puissance et son indépendance.»

Kristell Bernaud

Publié le 24/01/2012
Mis à jour le 24/01/2012 à 3h17


 

Gaza: le poids grandissant du Djihad islamique

Satellite de l'Iran, le Djihad islamique ne cesse de se renforcer, au point que le Hamas envisage aujourd'hui une fusion des deux principaux mouvements islamistes palestiniens.

Militants du Djihad islamique lors de funérails à GazaIbraheem Abu Mustafa / Reuters

- Militants du Djihad islamique lors de funérails à GazaIbraheem Abu Mustafa / Reuters -

Les deux principaux mouvements islamistes palestiniens, le Hamas, au pouvoir à Gaza, et le Djihad islamique, viennent de commencer un dialogue pour discuter de leur fusion. Le Djihad islamique est devenu le deuxième groupe armé de l’enclave palestinienne.

Il défie régulièrement l’autorité du Hamas, mettant en péril la trêve instaurée entre le mouvement islamiste et Israël. Soutenu par la Syrie et l’Iran, le Djihad islamique est devenu un acteur important de la scène palestinienne.

Trois ans après la fin de l’opération israélienne Plomb durci dans la bande de Gaza, les tirs de roquettes sur le sol israélien n’ont pas cessé et l’Etat hébreu procède toujours à des tirs de représailles vers le territoire palestinien.

Grâce à la médiation égyptienne, une trêve a été instaurée entre le Hamas qui gouverne la bande de Gaza et Israël. Mais ce fragile statut-quo n’empêche pas des groupes plus radicaux de tirer ponctuellement des roquettes. Parmi eux, le Djihad islamique qui prône la résistance armée contre Israël.

L’influence grandissante du Djihad islamique pose problème à Israël et au Hamas qui voit son autorité à Gaza remise en cause à chaque nouveau tir de roquettes contre Israël. Depuis qu’il a pris le pouvoir du territoire côtier en juin 2007 et surtout depuis la fin de Plomb durci, la branche armée du Hamas (les Brigades Ezzedine al-Qassam) a restreint ses attaques contre Israël et les dirigeants du mouvement tentent d’empêcher les groupes armés de lancer des roquettes.

Toute nouvelle provocation depuis Gaza risquerait d’entraîner une nouvelle offensive israélienne. Alors que Gaza est en pleine reconstruction, l’organisation islamiste a conscience qu’un autre conflit sur son territoire pourrait précipiter la chute de son régime.

Le Hamas a tout intérêt à maintenir le calme avec Israël, lui permettant ainsi d’asseoir son pouvoir. Mais le débat fait rage au sein même de l’organisation. Le chef du bureau politique, Khaled Mechaal, a déclaré que son parti allait se concentrer sur la «résistance populaire», sous entendu qu’il pourrait faire taire les armes.

D’autres prônent toujours la lutte armée contre Israël. L’un des leaders du parti islamiste à Gaza, Mahmoud Zahar, s’est récemment fait remarquer avec des déclarations plus radicales que celles de Khaled Mechaal.

Défier le Hamas

C’est dans ce contexte que l’influence du Djihad islamique devient grandissante. Le Hamas n’est plus le groupe armé dédié à la résistance comme il le fut depuis sa création. Désormais, c’est le Djihad islamique qui endosse le rôle de défenseur de la cause palestinienne. Et il se présente comme une force d’opposition.

«Nous sommes opposés à toute négociation pacifique, à tout cessez-le-feu et à tous ceux qui cèdent aux principes de la cause palestinienne», affirme Ahmad Mdalal, un des leaders de l’organisation. Des centaines de militants mécontents ont quitté le Hamas pour rejoindre les rangs du Djihad, tout comme d'anciens combattants du Fatah. « Le Djihad islamique est le seul groupe qui prône la lutte armée contre l’occupant sioniste», insiste Rami, un sympathisant du Djihad.

Le Djihad islamique essaie de déstabiliser la trêve instaurée avec Israël, en lançant ponctuellement des roquettes sur l’Etat hébreu. Il refuse de se voir dicter sa conduite par le Hamas. «Ce n’est pas seulement au Hamas de décider quand les groupes armés peuvent reprendre la résistance contre Israël, ou bien quand il y a instauration d’un cessez-le-feu, analyse Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Avec la division palestinienne, le Djihad islamique veut montrer qu’il est la troisième force palestinienne, derrière le Fatah et le Hamas.»

Et il devient ainsi le successeur du Hamas. Au temps de l’Autorité palestinienne à Gaza, le mouvement islamiste essayait de déstabiliser son rival le Fatah, en envoyant des bombes humaines en Israël ou bien en lançant des roquettes.

Désormais, c’est le Hamas qui se fait déborder par un groupe considéré comme plus radical. Après le succès du Hamas obtenu lors de la libération de 477 détenus palestiniens en échange du soldat israélien Gilad Shalit, le 18 octobre dernier, le Djihad islamique a voulu reprendre le dessus et rappeler son influence en lançant des roquettes sur Israël.

Apôtre de la révolution islamique

Le Djihad islamique palestinien a été formé en Égypte puis dans la bande de Gaza à la fin des années 1970. Il a été créé par des membres des Frères musulmans dissidents, estimant que l'organisation était devenue trop modérée et qu’elle ne s’engageait pas assez au profit de la lutte palestinienne.

Il se veut un mouvement islamo-nationaliste et révolutionnaire. Influencé par la révolution islamique iranienne, le Djihad islamique ne tire pas uniquement ses références idéologiques des Frères Musulmans comme le Hamas, mais aussi des penseurs chiites etiraniens (même s’il n’est pas une organisation chiite). Il est idéologiquement plus proche de l’Iran que le Hamas car le djihad est une notion centrale du chiisme.

L’organisation est dédiée à la lutte armée, la destruction d’Israël et l’établissement d’un Etat palestinien islamique sur toute la Palestine mandataire (contrairement au Hamas qui aurait accepté un Etat palestinien dans les frontières de 1967). «Pour nous, la résistance, c’est la lutte armée, soutient Ahmad Mdalal, leader de l’organisation.Israël ne comprend que le langage de la force et de la résistance.»

Groupe plus petit que le Hamas, le Djihad islamique n'a pas le large réseau social que celui-ci a construit et est dépourvu de toute ambition politique. Il a refusé de participer aux élections législatives de janvier 2006, remportées par le mouvement islamiste. «Le Djihad islamique ne croit pas en un processus électoral, observe Mkhaimur Abusada, car la Palestine est sous occupation israélienne et il considère qu’il ne peut y avoir d’élections démocratiques sous occupation. Ce serait comme une sorte de deal avec l’ennemi, ce à quoi il se refuse catégoriquement.»

Soutien iranien et syrien

Dans la bande de Gaza, le Djihad islamique est en train de devenir lenouveau satellite iranien et l’allié stratégique de la Syrie, damant le pion au Hamas. Damas et Téhéran font payer au mouvement islamiste son manque officiel de soutien au régime de Bachar Al Assad, en proie depuis presque un an à un soulèvement populaire.

Mais le Hamas se trouve dans une position inconfortable car ses frères musulmans syriens figurent parmi les opposants aux forces syriennes. La formation palestinienne a réduit sa présence à Damas. Khaled Mechaal, le chef du bureau politique, est toujours officiellement installé dans la capitale syrienne. Mais la plupart des cadres du mouvement ainsi que leurs familles ont quitté la ville. C

ertains se seraient même installés dans la bande de Gaza. «Le Hamas essaie de prendre ses distances vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran, car il ne veut plus être un pion du régime iranien, assure Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Il préfère se rapprocher de l’islam modéré d’Egypte ou de Tunisie.» Selon certaines rumeurs, l’Iran ferait pression sur le mouvement islamiste pour que son bureau politique reste à Damas, sous menace de lui couper tout aide financière.

Le refus du Hamas de soutenir sans condition le régime de Bachar el-Assad a poussé l’Iran et la Syrie à se tourner vers le Djihad islamique, lui aussi basé à Damas. «Nous sommes fiers et honorés de dire que la République islamique d'Iran nous fournit aide et soutien», a récemment déclaré Abou Ahmed, porte-parole des Brigades de Jérusalem, aile militaire du Djihad islamique, lors d'une interview à Reuters.

Soutenu et alimenté par l'Iran et la Syrie, le Djihad islamique est devenu un acteur important sur la scène politique palestinienne. Ses dirigeants sont reçus et consultés dans les capitales arabes.

Pour obtenir un arrêt des tirs sur Israël, l'Égypte négocie directement avec le Djihad, sans passer par le Hamas.



A Gaza, des centaines de sunnites, dont des membres du Djihad islamique se sont récemment convertis au chiisme. Selon le site internet du quotidien Haaretz, le Hamas mène une politique de répression violente contre les musulmans chiites, par peur d’une influence croissante de l’Iran.

Il y a quelques jours, des hommes armés du Hamas ont attaqué et arrêté une quinzaine de pèlerins lors d’une fête religieuse chiite. Toujours d’après Haaretz, des membres du Djihad islamique ont alerté Téhéran, lui demandant d’arrêter de financer le Hamas, en raison des persécutions exercées contres les chiites de Gaza.

Une force militaire

D’après plusieurs analystes militaires israéliens, le Djihad islamique aurait récemment accumulé grâce à Téhéran une puissance militaire égale voire même supérieure  au Hamas. Le groupe possèderait des roquettes de plus longue portée que le Hamas, 8000 combattants, et quelque 10.000 partisans et collaborateurs. Ses membres sont constamment menacés par les raids de l’armée israélienne. Régulièrement, ils coupent leur téléphone portable, évitent de se déplacer en voiture ou en moto et se cachent loin de leur domicile familial, pour échapper à tout attentat ciblé.

Mais le Hamas, fort de ses 25.000 policiers et 10.000 membres des brigades Ezzedine al Qassam (la branche armée), reste « plus puissant, affirme Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza.. Le Djihad islamique peut déstabiliser Gaza, gêner le Hamas, mais à l’heure actuelle, il n’est pas une menace existentielle pour le mouvement islamiste.  Il n’y a jamais eu de confrontation directe entre les deux groupes. En cas de conflit, ils règlent leurs problèmes à Damas.» Toutefois, le Hamas n’hésite pas à arrêter certains membres du Djihad. Le mouvement islamiste veut faire preuve de tolérance zéro face à ceux qui défient ses règles.  

Certains observateurs espèrent qu’en cas de chute du régime du Hamas, Gaza serait alors gouverné par un groupe plus modéré. Mais de nombreux analystes estiment que ce n’est qu’une illusion. Ils craignent que le Djihad islamique s’empare du pouvoir à Gaza. «Sauf en cas de fusion, les deux groupes finiront tôt ou tard par s’affronter,avertit Mkhaimur Abusada, car le Djihad islamique ne cessera jamais d’imposer au Hamas sa puissance et son indépendance.»

Kristell Bernaud

Publié le 24/01/2012
Mis à jour le 24/01/2012 à 3h17

La liberté très surveillée des anciens prisonniers palestiniens

Les détenus palestiniens libérés par Israël dans le cadre de «l’échange Shalit» font face à de multiples contrôles.

18 décembre 2011 à Ramallah, le retour d'un prisonnier. Darren Whiteside / Reuters

- 18 décembre 2011 à Ramallah, le retour d'un prisonnier. Darren Whiteside / Reuters -

Hasan Slameh venait d’être libéré «sans condition», dans le cadre de l’accord conclu entre Israël et le Hamas pour la libération du soldat Gilad Shalit. Petit homme mince au grand veston, qui a passé 29 années dans les prisons israéliennes, il savoure une liberté à l’arrière-goût de sursis:

 «Ils sont venus à une heure du matin. C’était début novembre. Ils ont tambouriné à la porte et m’ont emmené à la prison d’Ofer (ndr: près de Ramallah). J’ai attendu trois heures mais l’interrogatoire n’a duré que dix minutes: ils m’ont montré des photos satellitaires de mon quartier et m’ont demandé de désigner ma maison. Ils m’ont aussi demandé le nom de mes voisins et où vivait chaque membre de ma famille. Mais ils ont déjà toutes ces informations.»

Ancien activiste du Fatah emprisonné en août 1982, à l’âge de 24 ans, alors qu’il était encore étudiant en physique à l’université de Bir Zeit, Hasan Slameh est l’un des plus vieux prisonniers politiques palestiniens - un de ceux que l’on surnomme ici «les généraux de la patience».

Selon Ziad Abu Ein, vice-ministre palestinien en charge des Affaires des Prisonniers, le cas de Slameh n’est pas un cas isolé:

«La grande majorité des anciens détenus reçoivent des “visites” de l’armée à leur domicile, la maison est fouillée de fond en comble, ils sont interrogés. C’est une façon de leur dire: “Nous savons où vous êtes. Restez tranquilles.”»

Le 16 octobre, Emi Talmor, directeur du département des Pardons au ministère de la Justice israélien déclarait pourtant au site Al Jazeeraque les prisonniers libérés «sans condition» dans le cadre de l’échange Shalit «devront signer une déclaration dans laquelle ils s’engagent à ne prendre part à aucune activité terroriste. Après cela, il n’y aura aucune surveillance».

Entraves à la liberté de circulation

Sur l’ensemble 1.027 prisonniers palestiniens libérés en deux phases contre le retour du soldat Shalit, le 18 octobre et le 18 décembre 2011, 767 sont rentrés chez eux «sans condition». 55 sont rentrés chez eux «sous conditions de sécurité», 164 ont été transférés à Gaza et 41 ont été exilés à l’étranger (vers la Turquie, le Qatar, la Syrie ou la Jordanie).

Pour la plupart d’entre eux, c’est le bannissement sans limitation de durée. Ils ne pourront très probablement pas retourner à leur domicile avant l’avènement d’un Etat palestinien souverain jouissant du contrôle de ses frontières. Quant aux prisonniers rentrés chez eux «sous conditions de sécurité», ils ont obligation de se présenter tous les deux ou trois mois au poste militaire le plus proche, et ne sont pas autorisés à s’éloigner de leur domicile de plus de quelques dizaines de kilomètres.

Enfin, de nombreux prisonniers officiellement libérés «sans condition» sont de facto interdits de sortie du territoire: le 4 novembre, un bus transportant 86 anciens prisonniers partis faire le pèlerinage à La Mecque à l’invitation du roi d’Arabie Saoudite n’a pas pu franchir la frontière séparant la Cisjordanie de la Jordanie. Il a été contraint de faire demi-tour à la demande de l’armée israélienne, au motif que les voyageurs ne disposaient pas de papiers en règle.

Parmi eux se trouvait Daoud Al-Shaouish, résident de Jérusalem-Est condamné à 24 ans de prison en décembre 2000, et libéré «sans conditions» le 18 octobre dernier. D’après Ziad Abu Ein, «les autorités israéliennes, qui considèrent ces hommes comme des terroristes, craignent qu’ils ne profitent du pèlerinage pour nouer des contacts». A Gaza, par contre, d’ex-prisonniers ont pu faire le pèlerinage en quittant le territoire via la frontière avec l’Egypte.

Dans certains cas, les restrictions mises à la liberté de circulation des anciens prisonniers s’appliquent également à leur famille: le réseau européen pour la défense des droits des prisonniers palestiniens Ufreea ainsi publié une information selon laquelle, en novembre dernier, alors que les proches d’une vingtaine de prisonniers exilés s’apprêtaient à quitter la Cisjordanie pour aller leur rendre visite, ils ont été refoulés pour «raisons de sécurité».

L’ONG palestinienne Addameer, qui se consacre à la défense des droits des prisonniers, confirme l’information dans un échange de mails: «A de nombreuses reprises, les familles de prisonniers libérés ont été empêchées de voyager, même si nous ne sommes pas en mesure de fournir une liste précise de leurs noms».

Mise à prix 100.000 dollars

A Jérusalem, une milice composée de citoyens israéliens a été créée à l’initiative d’Aryeh King, directeur de l’Israel Land Fund, organisation visant à faciliter l’achat de terres ou de biens immobiliers en Israël et en Cisjordanie. Composée d’une quinzaine de volontaires, la «Capital guard» a vocation à suivre les mouvements des ex-prisonniers résidant à Jérusalem-Est, et à avertir les citoyens israéliens de leur présence éventuelle dans un lieu public.

«Israël a relâché des terroristes qui ont tué des civils, explique Aryeh King. Ils sont libres de bouger, marcher, conduire, entrer dans un café. Et certains ont même déclaré qu’ils comptaient reprendre du service ! Il est normal que nous souhaitions protéger les gens. Les arabes doivent savoir que nous gardons un œil sur eux».

Pour ce faire, Aryeh King a notamment diffusé un poster comportant la photo de 15 ex-prisonniers:

capitalguard

Il insiste sur le fait que les membres de la Capital Guard ne font « rien d’illégal ».

A Hébron, pourtant, les évènements ont pris un tour plus violent le 19 novembre dernier, lorsque des colons ont pris d’assaut la boutique de la famille d'Hani Jaber, un Palestinien de 36 ans - dont 18 passés en prison pour le meurtre d’un colon.

Précédemment, sa tête avait été mise à prix pour 100.000 dollars. Un reportage diffusé sur la deuxième chaîne israélienne montrait des habitants de la colonie de Kiryat Arba accrocher des posters à son effigie dans les rues d’Hébron.

Quant aux cousins Ramadan, Nizar et Khwailid, condamnés en 1998 pour le meurtre de deux jeunes colons israéliens, leur tête a également été mise à prix pour 100.000 dollars via des posters rédigés en hébreu, turc, anglais et arabe et diffusés sur Facebook. L’administration du site a finalement fait fermer la page.

Si seule une minorité de colons en vient à ces extrémités, les menaces, arrestations, fouilles au domicile ou interdictions de voyager ne sauraient, de fait, être exceptionnelles dans une société où 20% de la population a été emprisonnée au moins une fois depuis 1967. Dans un communiqué publié le 15 décembre sur son site internet, l’ONG Addameer soulignait également que depuis la libération de Gilad Shalit et des 477 premiers prisonniers palestiniens, 470 nouvelles arrestations avaient déjà eu lieu.

Emmanuelle Talon


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