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12/02/2012

CONGO/KINSHASA : QUI PRENDRA LE BRASSARD ET/OU FORMERA LE NOUVEAU GOUVERNEMENT DE COMBAT POUR LA FINALISATION DES CINQ CHANTIERS ?

DÉBAT DE LANCEMENT DE LA LÉGISLATURE.


Le Président Joseph Kabila Kabange. PHOTO DROITS RÉSERVÉS.

Quelles équipes

MISE EN LIGNE LE 4 FÉVRIER 2012 | LE SOFT INTERNATIONAL N° 1149 DATÉ 3 FÉVRIER 2012. 
A la veille du lancement du nouveau mandat présidentiel, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire pour ne pas mettre le pays en péril.

Dieu sait si le Président Joseph Kabila Kabange croit dur comme fer à ce projet qu’il désigne par cette expression qui fait rêver de «Révolution de la modernité» qui doit conduire notre pays au statut de pays émergent. 

Le chemin passe par la tenue dans notre Capitale en octobre 2012 du XIVe sommet de la francophonie, une manifestation emblématique depuis Mobutu tant de fois annoncée, tant de fois avortée que Kabila s’est juré d’abriter et que pousse l’ancien président sénégalais Abdou Diouf! Le chemin passe par une certaine image internationale reliftée, par une R-dC fréquentable, par des allées et venues de nos partenaires. Mais certainement pas par une mise en quarantaine! 

Comment aller vers cette modernité en traînant de casseroles purulentes et bruyantes que nous aurait léguées cette Céni? Comment faire du neuf avec du vieux?

.............. 

Tout avait été verrouillé hermétiquement au bénéfice de quelques partis qui se sont octroyés des quotas en dépeçant pour eux et pour eux seuls le fromage de l’hémicycle afin de continuer à occuper les avant-postes de l’État. 

L’un ou l’autre parti qui se retrouvent à l’arrivée, l’un ou l’autre chef de parti miraculeusement élu font partie de rescapés qui ont pu réunir un dream team grâce à des notables locaux implantés et disposant de leurs moyens financiers ou qui ont une assise populaire à ce point indiscutable que cela aurait donné lieu à un coup de tonnerre si la population n’avait retrouvé son élu.

Ceux qui lient le sort des Législatives à celui de la Présidentielle organisées le jour même et couplées ne sont autres que des personnes guère au-dessus de tout soupçon. 

Contrairement à la Présidentielle de 2006, je paie gros à quiconque me présenterait un originaire du Bandundu qui ne se reconnaîtrait point dans l’élection de Joseph Kabila Kabange en 2011. 

La légitimité d’un scrutin est décernée par la population qui se reconnaît ou ne se reconnaît pas en son élu. Or, aujourd’hui, il n’y a pas une seule province - hormis celles couvrant les pôles qui sont des bastions imprenables de l’opposition - à contester l’élection de Joseph Kabila Kabange à la magistrature suprême. C’est cela qui conforte les résultats de la Céni annoncés le 6 décembre 2011 proclamés par la Cour Suprême de Justice. 

Il n’y a pas aujourd’hui une seule mission d’observation nationale ou internationale qui conteste l’annonce de la Céni hormis les «erreurs», les «irrégularités» dont tout le monde a fait état à commencer par le Président de la République. 

A contrario, les montagnes de contestation qui se dressent aux Législatives face aux annonces de la Céni à chaque fois reportées, postposées (les dernières séries d’annonces ont été faites aux petites heures dans la nuit de mercredi à jeudi, lire pages 7, 8, 9, 10, 11 et 14, éd. papier), ne témoignent pas d’«erreurs» ou d’«irrégularités». Elles témoignent de tripatouillages des urnes, de fraudes dont certains se sont rendus coupables dans les bureaux et centres de vote, dans les CLCR et... même, au départ, dans des arrière-boutiques de services publics. 

Il n’est pas acceptable qu’à Idiofa, entre la Présidentielle et les Législatives, le volume des votants ait augmenté de 70.000 plis, que la Céni qui a dépêché son rapporteur adjoint Laurent Ndaye Nkondo Mulekey (opp. UMR) ait fermé l’œil et validé le scrutin sans autre forme de procès. 

«CIRCULEZ, IL N’Y A RIEN A VOIR»...
Il est impossible que le bureau du CLCR de Gungu, dans la même province de Bandundu, ait démissionné en bloc incapable de faire face aux pressions «inadmissibles», «systématiques» du Palu qui réclamait une attribution de quatre sièges à défaut de cinq que compte la circonscription et que - cerise sur le gâteau - la population ait mis le feu aux bulletins de vote pour faire montre de sa désapprobation aux annonces de victoire qu’elle venait d’entendre sur la radio du Premier ministre Rtvs-1-Gungu, que le même rapporteur adjoint ait validé le même résultat en attribuant au Palu le nombre de sièges que ce parti réclamait. «Circulez, il n’y a donc rien à voir»...! 

Il est inacceptable qu’à Masimanimba au moins trois «annoncés de la Céni» n’aient pas fait de voix, à croire la population elle-même, que les preuves matérielles s’amoncellent, qu’au moins deux candidats aient concédé leur défaite dès le jour suivant les scrutins sur base des PV des témoins, qu’ils aient lancé la police dans la récupération de leurs cadeaux remis à la population et qu’un mois plus tard, ils aient été proclamés élus! Information prise, des discordances dans les chiffres rapportés étaient telles - le fameux administrateur du CLCR ayant pris la clé des champs emportant dans sa cavale le secret du code informatique d’accès aux données - qu’il avait été décidé de proposer l’annulation des Législatives à Masimanimba! 

Scandale! Voilà que deux semaines plus tard, on reprend les mêmes et on proclame. Le bureau national de la Céni en aura décidé ainsi... 

Que dire de la situation ailleurs dans le pays et... dans la Capitale Kinshasa? 

Outré quand cela arrive à ce professeur de Droit - qui avoue avoir eu tort de se perdre dans cette marmaille politique plutôt que de rester collé à sa chaire sur le campus - le vice-président Jacques Djoli Eseng’Ekeli (opp. MLC) dénonce sur des radios à Kinshasa «la délinquance électorale de la classe politique congolaise»! Oui «la délinquance électorale»! Il parle des Législatives. Oui des Législatives... Et promet, le moment venu de s’évaluer! 

Que des ténors politiques, incapables d’envisager aucune hypothèse de déroute personnelle, se soient jetés non pas dans la bataille électorale mais dans une guerre totale, aient à corps perdus mis au point - planifié, aux dires de certains - une machine à gagner pour se maintenir aux avant-postes de l’État, cela dégouline à chaque annonce d’une Céni à qui, à en croire la population, il ne reste plus aucune autorité morale! 

Il serait impossible que les Services de l’État - les Renseignements généraux, la Sûreté nationale - qui, dans chaque Etat observent tout, voient tout, se mêlent de tout et dont c’est le métier, n’aient rien vu de ces tripatouillages! Il paraît impossible qu’ils n’en aient pas fait état au Président de la République! Ce qui serait dangereux pour le régime et pour le Président et que sous d’autres cieux on qualifierait de trahison sinon de haute trahison! Il faut appeler un chat un chat! 

Que le Président de la République ait pris de la hauteur, se soit isolé un mois durant loin de l’entourage, soit parti seul de la Capitale avec la Première Dame et les enfants, qu’il n’ait pas encore lancé son nouveau mandat, témoigne indubitablement du dépit sinon du dégoût voire du mépris qu’il nourrit de ces pratiques d’un autre âge! 

Du coup, il paraît impossible que le Président de la République à son titre de Magistrat suprême, qui «veille au respect de la Constitution» (art. 69, al. 1 de la Constitution), «assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des Institutions» (al. 2), reste sans réaction. 

La R-dC n’est pas une île loin de la terre ferme! Pas plus un pays quelconque. En dépit de ses contrastes, notre pays par son sol et son sous-sol, par son étendue, par sa situation géographique, par sa population, etc., se trouve au centre d’enjeux stratégiques planétaires de tout premier ordre. 

La R-dC ne saurait rester sourde à ce qui se dit et à ce qui bouge tout autour. 

Dans ce petit village de Mac Luhan, si la légitimité est interne, elle est d’abord externe. C’est celle-ci qui fait qu’un pays devienne membre de la communauté des nations. 

Si, à certains égards, certains actes à la limite de la loi peuvent être tolérés sous certaines conditions, il y en a qui ne sauraient l’être sans vous faire traiter de voyou et, s’agissant d’État, d’État voyou (Rogue State) ou d’«États préoccupants» (States of Concern), des termes nés en Amérique sous Ronald Reagan, systématisés par le conseiller à la sécurité nationale Anthony Lake sous Bill Clinton qui désignent les États qui font montre d’«incapacité chronique à traiter avec le monde extérieur» notamment par le mauvais traitement infligé à leurs populations. États «paria» ou «hors-la-loi»! La Libye du colonel Kadhafi fut l’un de ces États. Déjà! Avec la Corée du Nord selon le titre du livre de Pierre Rigoulot... 

Les relations internationales évoluent par paliers ou par priorité. S’ils en étaient tous frappés, ils n’en mourraient pas tous, comme dit la fable de la Fontaine dans les animaux malades de la peste. Si souffrir de la peste peut être permis à l’un, cela ne l’est pas à l’autre. On peut s’en mordre les doigts, c’est la dure réalité de la vie... 

Or, Dieu sait si le Président a misé sur la reconnaissance internationale, sur le décollage économique au point, en vue du Point d’achèvement de l’Initiative PPTE, d’avoir demandé des efforts à ses compatriotes qu’ils serrent la ceinture des années durant, là où tous les régimes précédents ont échoué et qui a été possible grâce au mot d’ordre personnel exécuté sous sa direction par la troïka financière nationale (Finances, Budget, BCC). On sait par où tout cela est passé: par le retrait parfois de certaines signatures!… 

Dieu sait si le Président croit dur comme fer à ce projet qu’il désigne par cette expression élégante de «Révolution de la modernité» qui doit conduire notre pays au statut de pays émergent. 

Le chemin passe par la tenue à Kinshasa en octobre du XIVe sommet de la francophonie, une manifestation emblématique depuis Mobutu tant de fois annoncée, tant de fois avortée (et pour cause!) et que Kabila s’est juré d’abriter mais comment croire qu’elle puisse se tenir dans un environnement délétère...! 

«Nous considérons que si la tendance est maintenue, nous allons vers un grand et beau sommet dans ce pays qui est le plus grand Etat francophone en Afrique et le deuxième plus grand pays francophone au monde», déclarait le 7 juillet 2011 le Secrétaire général de l’Oif, Abdou Diouf, soulignant «les efforts entrepris» par le pays et ses dirigeants en faveur des droits de l’homme, l’État de droit, de la démocratie et du respect des libertés».

Le chemin passe par des robinets ouverts de la haute finance internationale. 

Il passe par un Congo fréquentable qui ne serait frappé par aucun embargo. Le chemin passe par des allées et venues de nos partenaires, de toutes les missions d’observation du Continent comme d’ailleurs, et certainement pas par une mise en quarantaine! 

Comment aller vers cette modernité en traînant autant de casseroles purulentes et bruyantes? Comment faire du neuf avec du vieux croulant sans recyclage? Comment bâtir sur du sable mouvant? Comment reprendre les mêmes et recommencer comme si rien ne s’était jamais passé sous le soleil? Comment espérer arriver au bon port si tant est que vous parveniez à quitter le quai? 

Face aux dossiers sales que d’aucuns s’apprêtent à brandir, comment croire que le Président de la République puisse rester bras croisés sans appeler avec force la Cour Suprême de Justice à faire son métier, rien que son métier, avec sérieux, dans la transparence, sans interférence, ni complaisance dans le traitement des dossiers de contentieux électoral en ne se soumettant qu’«à l’autorité de la loi» (art. 150, al. 2)? 

Comment n’appellerait-il pas la future Assemblée nationale -, la vraie, l’élue, celle du Peuple - à tirer les leçons des dysfonctionnements de la Céni en réajustant cette Institution en vue des scrutins à venir, à commencer par les toutes prochaines élections provinciales? Comment ne pas appeler les membres du bureau de la Céni et de son administration suspectés de tout - pas toujours à tort - à se remettre en cause pour le plus grand bien du pays? 

Ce qu’il faut faire c’est tout sauf ce qui consisterait à nous enfermer sur nous-mêmes. A enfermer le pays dans un dangereux carcan... 

 

 

T. KIN-KIEY MULUMBA.
lesoftonline.net 03/02/2012

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