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29/02/2012

AFRIQUE NOIRE : QUAND LE PROPRIETAIRE QUEMANDE SA PART DU GÂTEAU ?

28/02/2012 à 18h:10 Par Christophe Le Bec, au Cap
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Une mine de Bauxite à Kamsar, au nord de Conakry.Une mine de Bauxite à Kamsar, au nord de Conakry. © AFP

Accroître les recettes publiques, créer des emplois nationaux y compris aux postes de direction, imposer les entreprises locales... Les États ont décidé de reprendre la maîtrise de leurs gisements pour en faire profiter les populations.

Un vent de patriotisme économique souffle sur les mines africaines. Dans les allées du salon Mining Indaba, qui a rassemblé 7 200 décideurs miniers du 6 au 9 février au Cap, en Afrique du Sud, les mots « révision contractuelle », « africanisation » et même « nationalisation » revenaient en boucle dans les conversations. En particulier à la sortie des conférences de ministres africains ayant un discours ferme (RDC, Afrique du Sud) à l'égard des investisseurs miniers, désignés comme les mauvais élèves du développement local.

Avec un boom des prix des minerais depuis 2009, le « scandale géologique » du continent n'est plus supportable pour les États richement dotés. Les autorités publiques, mais aussi les décideurs africains du secteur, s'indignent : « Notre continent détient plus du tiers des réserves mondiales de minerais. Une proportion qui monte à plus de 70 % pour certaines ressources comme le fer, le manganèse, le platine ou la bauxite. Malgré ce potentiel, l'Afrique représente moins de 10 % de la production mondiale minière », s'insurge le Sénégalais Mouhamadou Niang, chef de la division industrie et services à la Banque africaine de développement (BAD).

Evasion fiscale

Une colère partagée par le Ghanéen Sam Jonah, charismatique président d'AngloGold Ashanti jusqu'en 2006 : « Le Ghana produit de l'or depuis près d'un siècle... Et en dépit de cette longue expérience, les mines pèsent moins de 2 % dans l'économie nationale ! » regrette ce proche de l'ancien président John Kufuor, aujourd'hui conseiller économique des présidents sud-africain, Jacob Zuma, et nigérian, Goodluck Jonathan. Malgré l'intérêt des groupes internationaux pour les gisements africains, la production de minerais a reculé en 2011 dans neuf des treize pays miniers les plus importants du continent, d'après une étude d'Ernst & Young. En RDC, l'activité minière ne contribue qu'à 3,6 % du PIB et n'a injecté que 274 millions d'euros dans les caisses de l'État en 2007 (dernier chiffre connu). La production de la compagnie katangaise Gécamines est passée de plus de 450 000 tonnes de cuivre à la fin des années 1980... à 21 000 t en 2011. « Il faut se rendre à l'évidence : les 29 coentreprises signées avec des partenaires privés internationaux n'ont pas donné les résultats que nous escomptions », regrette Ahmed Kalej Nkand, administrateur directeur général du groupe.

Plusieurs pays ont annoncé une révision des codes miniers et des audits des contrats en cours d'éxecution

Le voisin zambien, avec sa « ceinture de cuivre », ne fait pas mieux : le secteur minier ne représente que 1,3 % de son économie, tandis que les recettes minières n'ont rapporté que 367 millions d'euros en 2008, avant l'instauration de nouvelles taxes. À Lusaka, les techniques d'évasion fiscale des groupes Glencore et First Quantum, dénoncées par un collectif d'ONG en juin dernier, ont défrayé la chronique. Quant à la Guinée, elle n'exporte aujourd'hui pratiquement que de la bauxite brute, avec seulement 117 millions d'euros de recettes pour l'État en 2005. Ses réserves de fer - les plus importantes du continent - attendent toujours d'être exploitées. L'australien Rio Tinto, détenteur de licences sur le mégagisement du Simandou depuis 1995, n'a pas démarré la production. Et les projets de raffineries d'aluminium sont toujours en stand-by.

Même l'Afrique du Sud, l'un des pays du globe les mieux dotés en minerais (avec des réserves valorisées à 1 900 milliards d'euros), voit ses revenus miniers diminuer chaque année. « Dans les années 1970, les mines contribuaient à 21 % du PIB et à plus de 600 000 emplois. Aujourd'hui, nous sommes tombés à 6 % du PIB [9,1 % selon Ernst & Young, NDLR] et 400 000 salariés. Ce n'est pas acceptable », lance Trevor Manuel, ministre chargé de la Planification auprès de la présidence.

Monter au capital

Guinée, Zambie, Afrique du Sud, MaliBurkina Faso et Ghana... Face à cette situation, tous ont annoncé des révisions de leurs codes miniers et des audits des contrats en cours d'exécution. Les États veulent augmenter les taxes et royalties, bénéfiques pour les caisses publiques, mais pas seulement. Sous la pression des populations, notamment en période électorale, leur objectif prioritaire est de favoriser l'emploi, la sous-traitance, les infrastructures et la transformation locale. Pour parvenir à leurs fins, en pesant sur la stratégie des miniers présents sur leur sol, les États montent dans le capital des sociétés minières. À Bamako les autorités entendent faire passer leur participation de 15 % à 25 %, tandis qu'à Conakry l'État s'adjuge 15 % d'actions gratuites.

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« Depuis 2003, nous avons accordé 420 permis miniers en RD Congo, mais les conditions de vie des populations n'ont pas changé. Il est temps de mettre en place de nouvelles dispositions », affirme le ministre Martin Kabwelulu Labilo à Mining Indaba. Parmi les mesures envisagées, des incitations fiscales pour encourager la transformation locale des minerais. Au Burkina Faso, des mesures similaires sont en préparation. « Nous comptons adopter un nouveau code minier en 2012. Il doit rester attractif pour les investisseurs mais permettre également que les populations des localités où les sites sont exploités bénéficient davantage des retombées », confie Lucien Marie Noël Bembamba, ministre de l'Économie et des Finances.

Sur le front de l'emploi, le nombre de salariés africains des compagnies minières est encore faible, particulièrement aux postes de management. « Quand j'étais président d'AngloGold Ashanti, nous avions réussi à faire émerger des cadres africains de haut niveau. Mais aujourd'hui, ils restent encore ultraminoritaires. Avec le boom minier, on observe un retour en force des expatriés, parce que les compétences locales ne sont pas assez nombreuses, regrette Sam Jonah. Les groupes africains qui pourraient doper les compétences locales se comptent encore sur les doigts d'une main. En dehors des sociétés sud-africaines, aucune compagnie ne compte vraiment au niveau international. » « Des écoles des mines existent sur le continent, mais elles ne sont pas suffisamment reconnues internationalement. Il vaudrait mieux qu'elles soient moins nombreuses mais d'un meilleur niveau, notamment en matière financière », estime pour sa part Boubacar Bocoum, responsable du secteur minier à la Banque mondiale.

Sous-traitance

Pour améliorer la contribution du secteur au développement local, États et institutions misent sur la sous-traitance de proximité : « Autour des mines, il est possible de développer un réseau de PME. Elles peuvent intervenir tant dans le domaine minier - les sociétés de forage - que dans des métiers annexes : les firmes de BTP pour la construction de routes, le terrassement et les bâtiments ; les sociétés de transport pour acheminer le personnel ou les minerais ; les sociétés de restauration ; l'artisanat local... Les possibilités sont très nombreuses », assure Mouhamadou Niang, de la BAD.

« Les groupes internationaux comprennent désormais qu'ils ont tout intérêt à développer une logistique locale, même si cela prend plus de temps. C'est bon pour leurs relations avec les autorités et les populations, mais aussi pour leur réputation sur les marchés internationaux, qui leur demandent des comptes sur ces questions. Et c'est aussi économique : acheter local coûte moins cher », indique Jenna Slotin, directrice de projet de Peace Dividend Trust, une organisation basée à Ottawa qui travaille à étoffer l'approvisionnement local des groupes miniers. « Quand on prend le temps de former les PME aux processus logistiques, le taux de sous-traitance locale peut grimper considérablement », indique la Canadienne, qui travaille sur ces questions avec BHP Billiton au Liberia.

La plupart des groupes miniers interrogés à Mining Indaba comprennent ces nouvelles exigences des États. « Ils sont prêts à payer plus de taxes, à avoir plus d'obligations sociales et environnementales, du moment que les règles du jeu ne changent pas tout le temps. Ce qui n'est pas apprécié, ce sont les tergiversations de certains gouvernements, le manque de clarté dans les négociations », juge l'avocat britannique John Ffooks, spécialiste des contrats miniers. Les déclarations abruptes et l'instabilité des réglementations minières font fuir les investisseurs. « On ne peut pas attendre qu'un groupe minier dépense des milliards de dollars sur une longue période s'il est dans l'incertitude », prévient Sam Jonah.

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Christophe Le Bec, envoyé spécial au Cap



Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Mines : l'Afrique veut sa part du gâteau | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique 

AFRIQUE NOIRE : MINES ET TOUJOURS MINES MAIS JAMAIS DE L'HOMME NOIR LUI-MÊME !!!

28/02/2012 à 18h:14 Par Christophe Le Bec
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Mine de phosphate d' Ahotoé (Togo) près de Lomé.Mine de phosphate d' Ahotoé (Togo) près de Lomé. © Vincent Fournier pour J.A.

Selon une étude du cabinet Ernst & Young, les pays aux législations fluctuantes font fuir les investisseurs... et sont moins productifs.

Les groupes miniers investissant en Afrique sont d'abord sensibles à deux risques : l'instabilité politique et le nationalisme. L'étude du cabinet Ernst & Young sur l'attractivité de treize États africains montre que ceux qui ont rassuré sur ces deux points ont augmenté leur production de minerais. Leurs projets durant parfois des dizaines d'années, les groupes veulent une réglementation stable, même si elle implique un niveau de taxes élevé.

Exemple d'une politique minière jugée équilibrée par Ernst & Young : le Botswana, qui a opté pour une montée progressive de la participation de l'État dans les projets miniers (jusqu'à 40 %), sans pour autant faire fuir les investisseurs. Entre 2007 et 2010, ils ont déboursé environ 377 millions d'euros chaque année dans ce petit pays d'Afrique australe. La Zambie, en dépit de taxes minières élevées (notamment 10,4 % d'impôts sur la masse salariale), attire aussi les investisseurs : la production minière du pays a progressé de 15,7 % en 2011, un record sur le continent.

A contrario, les États où les changements de réglementation sont abrupts ou peu clairs rebutent. La Namibie, qui est en train de revoir sa politique minière, avec des taxes en forte hausse, accuse ainsi une production en baisse de 45 % en 2011. Le Zimbabwe, cauchemar des groupes internationaux avec ses nationalisations, a extrait 29 % de minerais de moins en 2010 qu'en 2009.

A la loupe

Quant aux deux pays francophones disposant des ressources les plus intéressantes selon les géologues, la Guinée et la RD Congo, ils n'ont pas encore réussi à percer. « Ils sont observés à la loupe par les groupes internationaux, mais sont considérés comme des zones d'exploration plus que d'exploitation », indique l'avocat sud-africain Otsile Matlou, du cabinet Edward Nathan Sonnenbergs. La RDC a attiré 5,4 milliards d'euros d'investissements directs étrangers (IDE) entre 2007 et 2010, mais cela n'a toujours pas entraîné un boom de la production minière (en baisse de 0,2 % en 2010). Malgré ses ressources, la Guinée n'a bénéficié que de 900 millions d'euros d'IDE entre 2007 et 2010.



Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Secteur minier : ces pays minés par la réglementation | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique 

CONGO/KINSHASA : JE VOUS RECOMMANDE CET ARTICLE A LA FOIS ATTRISTANT ETONNANT ET HALLUCINANT !!!

27/02/2012 à 13h:07 Par Philippe Perdrix
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Le président Joseph Kabila rend dernier hommage à Augustin Katumba, Kinshasa, 13 février.Le président Joseph Kabila rend dernier hommage à Augustin Katumba, Kinshasa, 13 février. © B.B.

Il était aussi puissant que discret. Augustin Katumba Mwanke est mort le 12 février. Le chef de l'État congolais, Joseph Kabila, a ainsi perdu son plus proche conseiller, celui qui l'avait pris sous sa protection lorsqu'il n'était pas encore au pouvoir.

Sous une pluie battante, ce 13 février, Joseph Kabila, le président congolais, est visiblement affecté. À ses côtés, au domicile kinois d'Augustin Katumba Mwankele frère du chef de l'État, Zoé, et sa soeur jumelle, Jaynet. Il y a là aussi le discret mais puissant homme d'affaires israélien Dan Gertler. Tous sont venus s'incliner devant la dépouille de celui qui aura été beaucoup plus qu'un conseiller officieux ou qu'une éminence grise. Une piste d'atterrissage trop courte, une erreur de pilotage... Katumba Mwanke (en photo ci-dessous, © AFP)) est décédé la veille, à l'âge de 48 ans. La famille Kabila est endeuillée. Avec le crash de cet avion de la compagnie Katanga Express, à Bukavu, dans le nord-est du pays, c'est le pouvoir congolais qui est frappé au coeur.

La victime de ce énième accident aérien en RDC est dans le sillage de Kabila fils depuis novembre 2000, lorsque le jeune général de l'armée congolaise est pris en tenailles dans la forêt de Pweto, encerclée par les troupes rwandaises. Katumba, repéré en avril 1997 par le Mzee Laurent-Désiré Kabila lors de la prise de Lubumbashi, est alors gouverneur du Katanga. Il envoie sur place un hélicoptère pour exfiltrer Joseph Kabila et le met à l'abri chez lui. À l'abri des Rwandais, mais aussi de la colère du père, particulièrement fâché par la tournure des événements et cette cuisante défaite.

"Augustin Katumba Mwanke était plus un Mazarin qu'un Richelieu"

« Depuis, le destin des deux hommes était lié. On peut même dire que Kabila avait une dette de sang vis-à-vis de Katumba, résume un ancien haut diplomate en poste à Kinshasa. Cet ingénieur de formation, très intelligent, discret et réservé, était le seul à avoir un accès direct au chef de l'État. C'est lui qui l'a accompagné, voire initié, depuis sa prise de pouvoir en 2001. De ce point de vue, c'était plus un Mazarin qu'un Richelieu. » De quoi avoir un certain ascendant sur un président mystérieux et timide ? Sans doute. De quoi faire le vide autour d'un trône occupé par un homme insaisissable et quasi silencieux ? C'est une certitude. Évidemment, une telle proximité avec le boss et sa famille offre quelques privilèges et de nombreuses facilités. Cet as de l'influence a su tisser sa toile depuis les bureaux du palais. Mines, énergie, pétrole, gestion des entreprises publiques... « Tout passait par lui », assurent la plupart des observateurs avertis de la scène congolaise.

Après une première apparition publique à Kinshasa lors des funérailles du Mzee, en janvier 2001, Katumba est cité dans un rapport des Nations unies sur le pillage des ressources du pays, un an plus tard. Les auteurs du texte le placent sur la liste des personnes contre lesquelles était recommandée une « interdiction de déplacement, le gel des avoirs personnels et une interdiction d'accéder au système bancaire ». Cette menace de sanctions restera sans suite. Ministre délégué à la Présidence, chargé du portefeuille de l'État, puis ambassadeur itinérant, Katumba a échappé à la disgrâce. Il perdra seulement l'intitulé d'une fonction à la présidence sur sa carte de visite, mais pas son rôle. 

"Clique au pouvoir"

 

Série noire

Il y eut déjà la mort brutale, en août 2007, du Katangais Samba Kaputo, conseiller spécial du chef de l'État pour les questions de sécurité. En 2010, c'est un sécurocrate de la même région qui doit se faire plus discret : le général John Numbi, le patron de la police, est démis de ses fonctions après l'assassinat de Floribert Chebeya, le président de l'ONG La Voix des sans-voix. Le 13 février, c'est la tour de contrôle - toujours katangaise - à la présidence qui tombe. Joseph Kabila va devoir, en outre, se passer durablement de trois fidèles lieutenants, blessés dans le crash : le rigoureux ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, commençait à remettre en ordre l'administration des impôts. Il avait également la confiance des bailleurs de fonds. L'ambassadeur Antoine Ghonda est un maillon essentiel de la diplomatie souterraine, notamment avec les voisins. Quant à Marcellin Cishambo, il est le relais du Palais dans le Sud-Kivu, sa province d'origine, dont il est le gouverneur, après avoir été un très influent conseiller du chef de l'État.

Un épisode en janvier 2003 traduit cette emprise progressive sur les affaires de l'État. L'homme qui murmure à l'oreille du président demande au ministre de l'Économie et des Finances, Freddy Matungulu Mbuyamu, un versement de 50 millions de dollars sur le compte de la présidence. Ancien du Fonds monétaire international (FMI), réputé honnête et rigoureux, artisan du retour en grâce auprès des bailleurs de fonds, l'argentier s'exécute, mais renâcle. Une dizaine de jours plus tard, Katumba réclame un deuxième virement. Cette fois, le ministre refuse et rédige sa lettre de démission. Le lendemain, la garde républicaine débarque à son domicile de fonction et l'expulse. L'avertissement vaut pour les autres. On ne résiste pas au binôme du Palais de la nation. Katumba prend son envol. Mais la trajectoire du jeune Kabila, qui suscitait admiration et encouragements durant les années de transition (2001-2006), s'infléchit.

Quand l'ambassadeur américain à Kinshasa décrit « la clique au pouvoir » dans un câble envoyé à Washington en mai 2009 et révélé par WikiLeaks, il parle de lui. Quand le groupe minier canadien First Quantum perd en août de la même année l'exploitation d'un gisement de cuivre et de cobalt à Kolwezi (Sud-Est) sur décision du gouvernement, son nom est également mentionné. Tout comme celui d'un autre poids lourd du paysage minier congolais : Dan Gertler, alors soupçonné d'être derrière la mystérieuse société basée aux îles Vierges britanniques, Highwind Properties, qui a récupéré le permis avant de le céder à des Kazakhs, en septembre 2010. Et quand l'entrepreneur belgo-congolais George Forrest demande dans les colonnes de Jeune Afrique, en décembre 2010, « que les détenteurs des sociétés offshore présentes dans les pays à faible gouvernance soient connus pour lutter contre d'éventuels conflits d'intérêts », c'est encore à Katumba Mwanke qu'il pense.

« Rumeurs persistantes, puisqu'on ne prête qu'aux riches, et accusations sans preuve, tant les montages financiers sont opaques », admet notre diplomate... Il n'empêche. Katumba s'est taillé une sacrée réputation dans les chancelleries occidentales, qui l'ont vu également derrière le deal géant « mines contre infrastructures », signé avec les Chinois en 2007 et portant initialement sur 9 milliards de dollars, avant d'être ramené à 6 milliards. L'homme ne répondra jamais aux accusations. Il préfère rester silencieux et fuir les journalistes. Privilèges, sans doute, de ceux qui se sentent intouchables et invulnérables.

 

Les jeux sont ouverts, et le chef de l'État pourrait profiter de cette situation imprévisible pour rebattre les cartes.

UN DIPLOMATE

Car cet homme de l'ombre était également un orfèvre des combinaisons politiques. Député du Katanga, siégeant souvent mais sans jamais prendre la parole, c'est lui qui assurait la liaison permanente entre la présidence et la turbulente Assemblée nationale. C'est lui qui supervisait le vote des lois. Et c'est toujours lui qui pouvait lancer la chasse contre un élu récalcitrant. « Il était craint, car il tirait toutes les ficelles », explique un expert international, rappelant notamment l'épisode, en mars 2009, de la démission contrainte et forcée du président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, entré depuis en dissidence.

« Pour toutes ces raisons, Katumba laisse un immense vide qui pourrait bien entraîner une redoutable lutte de pouvoir. Le système de la présidence a été frappé à la tête », analyse le même expert, qui n'exclut pas une rude bataille dans l'entourage du patron pour récupérer la place et tous les attributs qui allaient avec. Ce que l'on appelle le « clan des Katangais » est aujourd'hui sonné. D'autres pourraient en profiter.

L'autre scénario envisageable est moins déstabilisant pour le régime. « Kabila saura rebondir. Comme à son habitude, il va scruter le marécage et retiendra les crocodiles les plus forts », estime notre diplomate, qui parie sur une reconfiguration des alliances politiques et des allégeances. « Les jeux sont ouverts, et le chef de l'État pourrait profiter de cette situation imprévisible pour rebattre les cartes. »

De fait, après les catastrophiques élections présidentielle et législatives de novembre 2011, Kabila doit absolument retrouver une légitimité. Les jours du gouvernement et du Premier ministre, Adolphe Muzito, sont comptés. Et les contours de la nouvelle majorité pourraient bien être redessinés, avec des figures venues, semble-t-il, de la diaspora, des milieux d'affaires et même de certains partis d'opposition victimes d'actes de braconnage... En mourant tragiquement, Augustin Katumba Mwanke est passé de l'ombre à la lumière. Mais il va sans doute porter sur les fonts baptismaux le deuxième mandat de celui qu'il aura toujours secondé et appuyé, Joseph Kabila. 



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