Le groupe de presse le Potentiel, Radio-Télé 7 et le Centre de recherche en épistémologie des sciences sociales et humaines, Cressh en sigle, ont organisé à l’Université de Kinshasa, deux journées de réflexion portant sur «Le processus de Balkanisation Politique et Administrative de la RDC ». Commencée le vendredi 25 mai 2012, la conférence s’est clôturée le samedi 26 mai, sous le ton de l’hymne national interprété à l’unisson par les participants, comme pour dire que le Congo ne sera jamais balkanisé.

« Seules des études prospectives peuvent efficacement contrer la politique de faiblesse de notre Patrie, qui expose la Nation à la balkanisation. Dès maintenant toute notre puissance intellectuelle doit vivre contre cet avènement ». Telle est la motivation des organisateurs de la conférence. Les deux journées de réflexion organisées sous forme de panel ont connu deux moments forts, le tout sous la modération de Dr E. Kabongo qui n’a pas cessé de plaider pour la reconquête de l’identité collective, laquelle identité est importante dans la lutte contre la balkanisation.

Première Journée

Comme on pouvait s’y attendre, la première journée a commencé par l’intervention de M. Freddy Mulumba Kabuayi wa Bondo, qui d’entrée de jeu, a voulu faire taire certains détracteurs qui pensent que la balkanisation de la RDC, n’est qu’un vain concept créé de toutes pièces avec l’idée de monter les enchères. Pendant son exposé, M. Mulumba Freddy n’est pas allé par le dos de la cuillère. Il a démontré noir sur blanc, en s’appuyant sur les écrits et propos de certains politiques haut placés du monde occidental, que la balkanisation pour laquelle il lutte, n’est pas une banalité comme d’aucuns l’imaginent.

Le deuxième intervenant, le professeur Mukoka Nsenda, a, quant à lui, planché sur, « La décentralisation et les aspects de l’atomisation du Pays ». Dans son analyse, le professeur Mukoka a expliqué comment, par le fait de reniement des intérêts nationaux, un Etat peut basculer facilement dans l’atomisation.

Il a mis en exergue le concept impolitique qui, selon lui, fait référence au reniement des intérêts nationaux. Poursuivant son exposé, le professeur Mukoka a indiqué que les gouvernants recourent parfois à de discours incohérents, pour occulter la réalité, en faisant passer leur impolitique comme une vérité. Il a, pour étayer son argumentaire, donné l’exemple de la décentralisation et de la rétrocession de 40% des recettes au niveau des provinces, qui pourtant constitutionnels, mais jamais appliqués.

« Là où gît la crise, gît aussi ce qui sauve. Pourquoi ne penserai-je pas également que là où gît la menace de la balkanisation, gît aussi la conscience d’y mettre fin et vite ». C’est en ces termes que le professeur Mukoka a terminé son exposé Prenant la parole en troisième lieu, le professeur Mungenda s’est appesanti sur une étude comparative des médias congolais qui abordent le problème de la balkanisation. Il ressort de son étude que seuls deux journaux sur une cinquantaine que compte le Pays, parlent de la question de la balkanisation. Il a cité, à cet effet, le Potentiel et le Phare.

Le quatrième intervenant, le professeur, F. Mfuamba, juriste de formation, a tablé sur la balkanisation Administrative. Pour lui, l’absence d’une prise en charge du coût de la vie des citoyens par l’Etat constitue des brèches à la balkanisation. Il préconise la prise en charge de l’Etat dans tous les domaines d’intervention de la vie de ses administrés.

Le professeur Lemba Tiebwa a exposé sur les aspects électoraux de la fragilisation de la patrie. Il a souligné que, le pays étant déjà sur une mauvaise trajectoire, les élections auraient été une bonne occasion pour corriger cette trajectoire. Malheureusement les élections n’ont fait qu’enfoncer le clou, parce que entachées de beaucoup d’irrégularités.

Un déficit ethnique était senti dans la population lors des élections. Une situation qui selon lui peut aussi favoriser la balkanisation de la République. Le professeur Milala Lungala s’est penché sur «La prospective et la géopolitique de puissance comme antidotes à la balkanisation». Il est parti d’une analyse forte selon laquelle le Congo est né de la science, et c’est de la science qu’il faut trouver les solutions du Congo. Il propose comme thérapie, le recours à des sciences comme l’astrophysique, la chimie et la physique cantique, pour permettre la fabrication des armes capables de faire face aux attaques ennemies.

La deuxième, et dernière journée, avait connu l’intervention des professeurs Kamate Mbuyiro et Mutamba, ainsi les réactions de certains étudiants. Le professeur Kamate, qui a parlé sur la pratique du journaliste politique au siècle de génocide et balkanisation, a fait comprendre à l’assistance que l’univers du journalisme international est fonction des rapports de forces, économiques et politiques. Les nouvelles donnes pour les Etats faibles sont souvent orientées par rapport aux intérêts de grandes puissances. Il suggère, entre autres, l’avènement d’une nouvelle loi de proximité visant à traiter l’information internationale en amont et en aval, en associant la presse locale et les sages et chefs locaux.

Le professeur Mutamba a tablé sur les aspects de la balkanisation politique. Il a insisté sur la volonté de population de vivre ensemble, l’instauration de la démocratie dans les différentes provinces du pays…, comme conditions nécessaires à l’intégration du pays. Quelques étudiants interrogés sur place ont réagi positivement à cette conférence, jurant que de leur vivant ils ne permettront pas que le Congo soit dépiécé.

Cyprien Kapuku/Le Potentiel


(DN/TH/GW/Yes)