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29/05/2012

CONGO/KINSHASA : A QUOI JOUE LE BOUCHER DE TSHIGALI

A quoi joue Paul Kagamé

Les bénéfices escomptés de la visite en France du président rwandais, Paul Kagamé, peuvent-ils faire taire les désordres et les passions qu’elle suscite?

Paul Kagamé, novembre 2008. © REUTERS/Kai Pfaffenbach

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Mise à jour du 11 janvier: L'avion du chef de l'Etat, abattu en 1994, a été visé par des missiles tirés d'un camp loyaliste hutu, affirme un rapport français. Ces nouvelles conclusions disculpent le clan Kagame. Pour le juge Jean-Louis Bruguière, qui a le premier instruit l'affaire, la roquette avait été tirée par des rebelles du Front populaire rwandais, le FPR de Paul Kagamé. Cet attentat est considéré comme un signal déclencheur du génocide.

***

Accueilli modestement dimanche à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle par l’ex-champion du monde de judo David Douillet, ministre des Français de l’étranger, le président rwandais est l’invité du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, avec qui il doit déjeuner ce lundi. Il n’est par contre pas le bienvenu pour le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, qui s’est arrangé pour effectuer une tournée diplomatique en Océanie. Il n’est pas non plus le bienvenu pour le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre du protocole, le président du Sénat, Gérard Larcher, qui a prétexté un «manque de temps». Et il est franchement le malvenu pour un certain nombre de parlementaires et de haut gradés, qui demandent à Paul Kagamé de retirer ses accusations de «complicité de génocide», portées avec insistance depuis plusieurs années contre l’armée et l’État français.

«Du côté français, on peut se demander ce qui peut justifier ce que beaucoup appellent une politique d’auto-flagellation de la part de la présidence française. On n’en voit pas les dividendes immédiats, vu les querelles et les passions déclenchées», s’interroge l’universitaire André Guichaoua, ancien témoin expert auprès du Tribunal international pour le Rwanda et spécialiste du génocide de 1994.

Contentieux non soldé

Dix-sept ans après, le contentieux reste pour l’essentiel non soldé entre les deux pays. Il a connu son asymptote après la sortie en 2006 du rapport du juge Bruguière, accusant Kagamé et ses lieutenants du Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir fomenté l’attentat déclencheur du génocide. Rapport immédiatement suivi d’une rupture des relations diplomatiques puis, en 2008, de la publication par Kigali du rapport Mucyo, qui met à son tour en cause de hauts responsables militaires et politiques français, dont Alain Juppé. L’actuel réchauffement est amorcé avec l’arrivée de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, qui négocie en 2009 avec Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence, une première visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda, le 25 février 2010 —que lui rend aujourd’hui Kagamé.

Se refusant à présenter des excuses, le président français avait évoqué à Kigali «des erreurs, des erreurs d’appréciation, des erreurs politiques [qui] ont été commises ici […] Grave erreur d’appréciation. Forme d’aveuglement quand nous n’avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du président qui a été assassiné», sans préciser ni de quelles erreurs il parlait, ni s’il parlait alors d’erreurs commises par la communauté internationale ou par la France.

Depuis cette demi-contrition, assez peu d’événements significatifs ont marqué la «réconciliation» entre Paris et Kigali, à l’exception notable de nombreux échanges judiciaires, le premier donnant avec la création d’un pôle spécialisé sur les crimes contre l’humanité des gages au second d’enfin juger ses résidents rwandais suspectés d’avoir participé au génocide. Depuis surtout, Bernard Kouchner a été remplacé par Alain Juppé, qui dirigeait déjà le Quai d’Orsay en 1994; et Paul Kagamé a perdu de nombreux soutiens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Rwanda. Au point qu’aujourd’hui, le mobile de son voyage à Paris, plusieurs fois reporté, apparaît motivé par des intérêts étrangers à l’histoire même des relations franco-rwandaises:

«Kagame n’est plus en position de force. Son soutien britannique est très discuté depuis qu’il a eu le mauvais goût d’envoyer des tueurs en Grande-Bretagne au moment du mariage princier. C’est très mal passé. Et les conditions de sa réélection à 93% des suffrages en août 2010 ont également été très discutées à Washington. L’intérêt aujourd’hui de la visite en France de Kagame consiste donc surtout à diversifier ses possibilités d’appui», décrit un conseiller politique qui souhaite garder l’anonymat.

À ce discrédit, de plus en plus patent aux yeux de ses traditionnels alliés anglo-saxons, du «modèle rwandais» qu’ils avaient salué depuis plus d’une décennie pour sa stabilité et ses bons résultats économiques, sont venus s’ajouter en 2010 et 2011 pour Paul Kagame le lâchage d’anciens compagnons de route, et de graves accusations portées par l’ONU sur les crimes commis par les forces rwandaises à l’est du Congo. Non seulement son régime n’est plus en odeur de sainteté, mais il pourrait être menacé par sa propre incapacité à «ouvrir l’arène politique, le rétrécissement de sa base et sa volonté continue, 17 ans après le génocide, de recourir à des moyens souvent brutaux pour faire taire les dissensions», selon un rapport du commandant militaire américain pour l’Afrique (Africom), publié en juin à Washington par le Centre d’études stratégiques et internationales.

Une nouvelle politique africaine?

Autant de raisons pour Kigali de renouer avec Paris, malgré sa compromission avec le régime génocidaire de l’ancien président Juvénal Habyarimana. L’intérêt d’un tel rapprochement pour la présidence française? Il semble tout aussi peu lié au génocide de 1994. Il s’agit de tenter de récupérer l’influence perdue de la France depuis 1994 dans la région des Grands Lacs. Mais pour de nombreux observateurs, l’investissement réel de la diplomatie française sur le terrain dans cette région ne laisse que peu d’illusion sur sa capacité à obtenir des résultats probants. Il s’agit plus sûrement pour Nicolas Sarkozy de continuer de marquer, comme il l’a annoncé depuis son élection en 2007, sa rupture avec les anciens réseaux gaullistes, chiraquiens ou villepinistes, afin d’indiquer aux Français et au monde qu’il mène une «nouvelle» politique africaine.

«Ce que l’on constate, c’est qu’il y a eu au cours de la dernière année des actes qui montrent une volonté de se réengager sur des axes forts. Ça a été la Côte d’Ivoire, la Libye, et l’on peut imaginer qu’affronter la question rwandaise est une autre manière de vouloir bouger les lignes. Le président Sarkozy peut penser qu’en prenant de la hauteur, quitte à mécontenter bien des corps constitués tels que l’armée ou le Quai d’Orsay, il s’en démarque, il pousse à la retraite des gens qui faisaient une autre politique et montre qu’il n’est pas lié par les fautes de ses prédécesseurs. C’est certainement un élément majeur de sa stratégie, même si l’on ne voit pas très bien quels en sont les dividendes immédiats ni les nouvelles lignes directrices de ce que serait une politique africaine ambitieuse. On a plus l’impression d’une nouvelle politique avec des coups forts pilotés par des noyaux directement liés à la présidence», commente le professeur Guichaoua.

Cette «réconciliation» tintée de realpolitik, tissée en toile de fond d’un des drames humains les plus culpabilisants de la fin du XXe siècle, sert assurément les intérêts bien compris des deux présidents qui devaient déjeuner ensemble le 12 septembre 2011. Reste en suspens la question de savoir quels moyens ils se donneront pour faire avancer une histoire qui, entre Kigali et Paris, continue d’entrechoquer passions et vérités contradictoires.

Franck Petit

 

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Kagamé fait monter la tension à Paris

La France et le Rwanda se réconcilient (ou pas)

Rwanda: la paix des juges entre Paris et Kigali

La France au Rwanda, une seconde guerre d'Algérie?

 
 
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A quoi joue Franck Petit?
Soumis par free, le 29/01/2012 à 18h28

Le président Rwandais s’est rendu en France pour une visite de travaille qui été programmée lors de la visite de Sarkozy a Kigali. Qu’une certaine classe de politiciens n’ait pas encore digéré le rapprochement France – Rwanda cela va presque de soit vu le passé connu de tous. Mais sur les raisons de ce rapprochement permettez-moi de rectifier certains angles qui sont à mes yeux une légèreté d’analyse.
Le fait d’utiliser Guichaoua come commentateur devient de plus en plus gênant surtout depuis que l’on sait qu’il a participé à la manipulation de Bruguière. Il a cautionné les histoires les plus invraisemblables de toutes sortes de soi disant témoins, a conditions qu’ils soient à charge contre le régime de Kigali. Alors que vaut aujourd’hui ou hier son point de vue.
Oui, il est apparu dans la presse de sa Majesté que le Rwanda avait commis une tentative d’assassinat d’opposants (totalement inconnus au bataillon par ailleurs). Et oui certains parlementaires britanniques ont demandé des explications et menacé le Rwanda. Et puis ? Pour la petite histoire, les services du Scotland Yard aurait refoulé un ressortissant rwandais venu exécuter des opposants, inconnus des milieux politiques, vers la Belgique. Mais pourquoi le refouler et non pas l’arrêter ? Et pourquoi les Belges ne l’ont il pas arrêté jusqu'à maintenant ? Mystère et boule de gomme. Ceci dit, depuis l’aide de la GB n’a cessée d’augmenter en volume vers Kigali. C’était déjà dans la presse anglaise au moment de la visite du Président Kagame à Paris, ce l’était encore dernièrement en Décembre 2011 ou le High Commissioner et le représentant national du DFID, Ben Llewellyn-Jones OBE et Elizabeth Carriere, ont déclaré dans une interview paru dans The Chronicles (Rwanda) :
« Haut-commissaire: Je pense que l'efficacité de l'utilisation de l'aide au Rwanda est assez impressionnante! Mais cela apporte aussi l'obligation que nous avons d'un dialogue franc sur des questions comme une plus grande ouverture en matière de gouvernance ... Ce n'est pas une aide distincte de gouvernance, ils sont absolument liés ... nous trouvons par exemple dans le programme que nous fournissons avec l'ASDI (Agence Suédoise de Développement International) et Norwegian Peoples Aid, une lame de fond réel; les citoyens face aux services qu'ils reçoivent et leur appréciation de la chose... Le dialogue national est un autre forum pour un contact direct entre les citoyens et le gouvernement ... Seul le président lui-même ne se plaignent qu'il n'y avait pas vues opposées au dialogue ... Envoyé du DFID: Dans les dernières années, nous consacrions 60 à 65 millions de livres par an, et nous allons au cours des trois prochaines années de 75, 80, 85 à 90 millions de livres. Nous sommes actuellement à 75 millions de livres cette année. »
Pour Africom : Apres la crise des printemps arabes, l’AFRICOM fit une demande auprès d’un think tank américain, le CSIS pour une étude d’évaluation sur dix pays subsahariens dont le Rwanda. Encore une fois, les usual suspects … le style d’analyse, les paramètres, les degrés et les échelles de vérifications sont les normes typiques d’ONG en quête de justification de leurs raisons d’être. Et les pires ennemis du régime Kagame sont les ONG, le Rwanda n’est pas Haïti. Mais est ce que ce rapport est la conclusion de l’AFRICOM ? Et pourtant …Le général Carter F. Ham, Commandant en Chef de l'AFRICOM a été reçu par le Président Kagame dernièrement (Janvier 2012 pour se situer) afin de raffermir les liens de partenariat établies depuis 2009 entre les RDF et l’AFRICOM.
Alors il est ou le largage du Rwanda de la part des pays Anglos Saxons ? Qu’est ce qui pousse Kagame dans les bras de Paris ? Est-ce que vraiment Kigali est acculé au point d’insister auprès d’un nouvel allie ? Mais qui menacerait franchement le Rwanda et son régime dans cette région ?
Tout va bien avec Kinshasa, du moins on arrete pas le progres dans la relation et les projets à venir. On ne pourrait faire mieux avec l’Uganda ou les familles dirigeantes des deux capitales Kigali et Kampala se sont rapprochees au point de se decorer mutuellement et passer du temps ensemble en toute intimité. La East African Community, surtout sous l’impulsion du Rwanda, avance a pas surs. Rwandair (la compagnie aérienne du Rwanda) connecte depuis peu Brazzaville, Abidjan et Lagos. Avec l’appui de leurs dirigeants respectifs venus serrer la main de Kagame. Toutes les prévisions de la Banque Mondiale et Nations Unies révélant que le Rwanda atteindra certainement ces ODM (Objectifs de Développement du Millénaire), confirmant que son modèle de développement est un exemple. J’en passe avec les rapports des « doing business ». Son armée s’exporte bien du Soudan à Haïti. Le TPIR en fermant boutique espère léguer les cas restants a la Justice Rwandaise. La Justice Néerlandaise estimant que les éléments avancés par le procureur Rwandais dans le cas Victoire Ingabire étaient assez lourds afin d’ordonner une perquisition a son domicile en Hollande et d’ensuite transmettre les résultats au Rwanda. Trévidic a l’opposé de Bruguière a provoqué un tsunami médiatique favorable a Kagame et nuisible au négationnistes et réformistes, que même le rapport Bruguière lui-même n’avait pas suscité en son temps. Comme si la presse respirait enfin un air qui ne serait plus nauséabond depuis l’arrêt des négationnistes …
Alors qu’est ce qui met Kigali à genoux au point de devoir chercher et quémander l’ouverture de Paris ? Rien. Ce n'est pas le style de la maison, pour ceux qui savent observer.
La Realpolitik, certainement. Mais avec beaucoup plus de maturité et de clair voyance que la plupart des analystes ou politiciens de l’hexagone. Une brouille diplomatique avec n’importe quel pays est un problème dans lequel il ne faut pas s’éterniser. Et cela vaut autant pour Paris que pour Kigali. De la sagesse des deux Présidents, personne n’y gagnait, est né le rapprochement. Mais si quelqu’un croit que Kagame se couche devant ses maitres et les problèmes, cette personne n’aura rien compris de ce qui distingue Kagame à la plupart des dirigeants du continent Africains et au dela. Certainement un manque de vision, de profondeur et de perspective lié peut-être aux habitudes de la France Afrique.

 
 
mise à jour 12/09/2011, 1 réaction (réagir)
 
 
 
carte afrique
algerie Tunisie Maroc libye egypte sahara occidental soudan mauritanie mali senegal gambie guinee-bissau guinee sierra leone liberia c�te d'ivoire burkina faso ghana togo benin niger tchad nigeria cameroun republique centrafricaine guinee equatoriale gabon rep du congo angola rep democratique du congo erythree djibouti ethiopie somalie kenya ouganda rwanda burundi tanzanie malawi zambie angola mozambique zimbabwe botswana namibie swaziland lesotho afrique du sud afrique du sud madagascar sao tome et principe guinee equatoriale sud-soudan cap-vert maurice comores seychelles
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Paul Kagamé, novembre 2008. © REUTERS/Kai Pfaffenbach

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***

Accueilli modestement dimanche à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle par l’ex-champion du monde de judo David Douillet, ministre des Français de l’étranger, le président rwandais est l’invité du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, avec qui il doit déjeuner ce lundi. Il n’est par contre pas le bienvenu pour le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, qui s’est arrangé pour effectuer une tournée diplomatique en Océanie. Il n’est pas non plus le bienvenu pour le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre du protocole, le président du Sénat, Gérard Larcher, qui a prétexté un «manque de temps». Et il est franchement le malvenu pour un certain nombre de parlementaires et de haut gradés, qui demandent à Paul Kagamé de retirer ses accusations de «complicité de génocide», portées avec insistance depuis plusieurs années contre l’armée et l’État français.

«Du côté français, on peut se demander ce qui peut justifier ce que beaucoup appellent une politique d’auto-flagellation de la part de la présidence française. On n’en voit pas les dividendes immédiats, vu les querelles et les passions déclenchées», s’interroge l’universitaire André Guichaoua, ancien témoin expert auprès du Tribunal international pour le Rwanda et spécialiste du génocide de 1994.

Contentieux non soldé

Dix-sept ans après, le contentieux reste pour l’essentiel non soldé entre les deux pays. Il a connu son asymptote après la sortie en 2006 du rapport du juge Bruguière, accusant Kagamé et ses lieutenants du Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir fomenté l’attentat déclencheur du génocide. Rapport immédiatement suivi d’une rupture des relations diplomatiques puis, en 2008, de la publication par Kigali du rapport Mucyo, qui met à son tour en cause de hauts responsables militaires et politiques français, dont Alain Juppé. L’actuel réchauffement est amorcé avec l’arrivée de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, qui négocie en 2009 avec Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence, une première visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda, le 25 février 2010 —que lui rend aujourd’hui Kagamé.

Se refusant à présenter des excuses, le président français avait évoqué à Kigali «des erreurs, des erreurs d’appréciation, des erreurs politiques [qui] ont été commises ici […] Grave erreur d’appréciation. Forme d’aveuglement quand nous n’avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du président qui a été assassiné», sans préciser ni de quelles erreurs il parlait, ni s’il parlait alors d’erreurs commises par la communauté internationale ou par la France.

Depuis cette demi-contrition, assez peu d’événements significatifs ont marqué la «réconciliation» entre Paris et Kigali, à l’exception notable de nombreux échanges judiciaires, le premier donnant avec la création d’un pôle spécialisé sur les crimes contre l’humanité des gages au second d’enfin juger ses résidents rwandais suspectés d’avoir participé au génocide. Depuis surtout, Bernard Kouchner a été remplacé par Alain Juppé, qui dirigeait déjà le Quai d’Orsay en 1994; et Paul Kagamé a perdu de nombreux soutiens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Rwanda. Au point qu’aujourd’hui, le mobile de son voyage à Paris, plusieurs fois reporté, apparaît motivé par des intérêts étrangers à l’histoire même des relations franco-rwandaises:

«Kagame n’est plus en position de force. Son soutien britannique est très discuté depuis qu’il a eu le mauvais goût d’envoyer des tueurs en Grande-Bretagne au moment du mariage princier. C’est très mal passé. Et les conditions de sa réélection à 93% des suffrages en août 2010 ont également été très discutées à Washington. L’intérêt aujourd’hui de la visite en France de Kagame consiste donc surtout à diversifier ses possibilités d’appui», décrit un conseiller politique qui souhaite garder l’anonymat.

À ce discrédit, de plus en plus patent aux yeux de ses traditionnels alliés anglo-saxons, du «modèle rwandais» qu’ils avaient salué depuis plus d’une décennie pour sa stabilité et ses bons résultats économiques, sont venus s’ajouter en 2010 et 2011 pour Paul Kagame le lâchage d’anciens compagnons de route, et de graves accusations portées par l’ONU sur les crimes commis par les forces rwandaises à l’est du Congo. Non seulement son régime n’est plus en odeur de sainteté, mais il pourrait être menacé par sa propre incapacité à «ouvrir l’arène politique, le rétrécissement de sa base et sa volonté continue, 17 ans après le génocide, de recourir à des moyens souvent brutaux pour faire taire les dissensions», selon un rapport du commandant militaire américain pour l’Afrique (Africom), publié en juin à Washington par le Centre d’études stratégiques et internationales.

Une nouvelle politique africaine?

Autant de raisons pour Kigali de renouer avec Paris, malgré sa compromission avec le régime génocidaire de l’ancien président Juvénal Habyarimana. L’intérêt d’un tel rapprochement pour la présidence française? Il semble tout aussi peu lié au génocide de 1994. Il s’agit de tenter de récupérer l’influence perdue de la France depuis 1994 dans la région des Grands Lacs. Mais pour de nombreux observateurs, l’investissement réel de la diplomatie française sur le terrain dans cette région ne laisse que peu d’illusion sur sa capacité à obtenir des résultats probants. Il s’agit plus sûrement pour Nicolas Sarkozy de continuer de marquer, comme il l’a annoncé depuis son élection en 2007, sa rupture avec les anciens réseaux gaullistes, chiraquiens ou villepinistes, afin d’indiquer aux Français et au monde qu’il mène une «nouvelle» politique africaine.

«Ce que l’on constate, c’est qu’il y a eu au cours de la dernière année des actes qui montrent une volonté de se réengager sur des axes forts. Ça a été la Côte d’Ivoire, la Libye, et l’on peut imaginer qu’affronter la question rwandaise est une autre manière de vouloir bouger les lignes. Le président Sarkozy peut penser qu’en prenant de la hauteur, quitte à mécontenter bien des corps constitués tels que l’armée ou le Quai d’Orsay, il s’en démarque, il pousse à la retraite des gens qui faisaient une autre politique et montre qu’il n’est pas lié par les fautes de ses prédécesseurs. C’est certainement un élément majeur de sa stratégie, même si l’on ne voit pas très bien quels en sont les dividendes immédiats ni les nouvelles lignes directrices de ce que serait une politique africaine ambitieuse. On a plus l’impression d’une nouvelle politique avec des coups forts pilotés par des noyaux directement liés à la présidence», commente le professeur Guichaoua.

Cette «réconciliation» tintée de realpolitik, tissée en toile de fond d’un des drames humains les plus culpabilisants de la fin du XXe siècle, sert assurément les intérêts bien compris des deux présidents qui devaient déjeuner ensemble le 12 septembre 2011. Reste en suspens la question de savoir quels moyens ils se donneront pour faire avancer une histoire qui, entre Kigali et Paris, continue d’entrechoquer passions et vérités contradictoires.

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Le président Rwandais s’est rendu en France pour une visite de travaille qui été programmée lors de la visite de Sarkozy a Kigali. Qu’une certaine classe de politiciens n’ait pas encore digéré le rapprochement France – Rwanda cela va presque de soit vu le passé connu de tous. Mais sur les raisons de ce rapprochement permettez-moi de rectifier certains angles qui sont à mes yeux une légèreté d’analyse.
Le fait d’utiliser Guichaoua come commentateur devient de plus en plus gênant surtout depuis que l’on sait qu’il a participé à la manipulation de Bruguière. Il a cautionné les histoires les plus invraisemblables de toutes sortes de soi disant témoins, a conditions qu’ils soient à charge contre le régime de Kigali. Alors que vaut aujourd’hui ou hier son point de vue.
Oui, il est apparu dans la presse de sa Majesté que le Rwanda avait commis une tentative d’assassinat d’opposants (totalement inconnus au bataillon par ailleurs). Et oui certains parlementaires britanniques ont demandé des explications et menacé le Rwanda. Et puis ? Pour la petite histoire, les services du Scotland Yard aurait refoulé un ressortissant rwandais venu exécuter des opposants, inconnus des milieux politiques, vers la Belgique. Mais pourquoi le refouler et non pas l’arrêter ? Et pourquoi les Belges ne l’ont il pas arrêté jusqu'à maintenant ? Mystère et boule de gomme. Ceci dit, depuis l’aide de la GB n’a cessée d’augmenter en volume vers Kigali. C’était déjà dans la presse anglaise au moment de la visite du Président Kagame à Paris, ce l’était encore dernièrement en Décembre 2011 ou le High Commissioner et le représentant national du DFID, Ben Llewellyn-Jones OBE et Elizabeth Carriere, ont déclaré dans une interview paru dans The Chronicles (Rwanda) :
« Haut-commissaire: Je pense que l'efficacité de l'utilisation de l'aide au Rwanda est assez impressionnante! Mais cela apporte aussi l'obligation que nous avons d'un dialogue franc sur des questions comme une plus grande ouverture en matière de gouvernance ... Ce n'est pas une aide distincte de gouvernance, ils sont absolument liés ... nous trouvons par exemple dans le programme que nous fournissons avec l'ASDI (Agence Suédoise de Développement International) et Norwegian Peoples Aid, une lame de fond réel; les citoyens face aux services qu'ils reçoivent et leur appréciation de la chose... Le dialogue national est un autre forum pour un contact direct entre les citoyens et le gouvernement ... Seul le président lui-même ne se plaignent qu'il n'y avait pas vues opposées au dialogue ... Envoyé du DFID: Dans les dernières années, nous consacrions 60 à 65 millions de livres par an, et nous allons au cours des trois prochaines années de 75, 80, 85 à 90 millions de livres. Nous sommes actuellement à 75 millions de livres cette année. »
Pour Africom : Apres la crise des printemps arabes, l’AFRICOM fit une demande auprès d’un think tank américain, le CSIS pour une étude d’évaluation sur dix pays subsahariens dont le Rwanda. Encore une fois, les usual suspects … le style d’analyse, les paramètres, les degrés et les échelles de vérifications sont les normes typiques d’ONG en quête de justification de leurs raisons d’être. Et les pires ennemis du régime Kagame sont les ONG, le Rwanda n’est pas Haïti. Mais est ce que ce rapport est la conclusion de l’AFRICOM ? Et pourtant …Le général Carter F. Ham, Commandant en Chef de l'AFRICOM a été reçu par le Président Kagame dernièrement (Janvier 2012 pour se situer) afin de raffermir les liens de partenariat établies depuis 2009 entre les RDF et l’AFRICOM.
Alors il est ou le largage du Rwanda de la part des pays Anglos Saxons ? Qu’est ce qui pousse Kagame dans les bras de Paris ? Est-ce que vraiment Kigali est acculé au point d’insister auprès d’un nouvel allie ? Mais qui menacerait franchement le Rwanda et son régime dans cette région ?
Tout va bien avec Kinshasa, du moins on arrete pas le progres dans la relation et les projets à venir. On ne pourrait faire mieux avec l’Uganda ou les familles dirigeantes des deux capitales Kigali et Kampala se sont rapprochees au point de se decorer mutuellement et passer du temps ensemble en toute intimité. La East African Community, surtout sous l’impulsion du Rwanda, avance a pas surs. Rwandair (la compagnie aérienne du Rwanda) connecte depuis peu Brazzaville, Abidjan et Lagos. Avec l’appui de leurs dirigeants respectifs venus serrer la main de Kagame. Toutes les prévisions de la Banque Mondiale et Nations Unies révélant que le Rwanda atteindra certainement ces ODM (Objectifs de Développement du Millénaire), confirmant que son modèle de développement est un exemple. J’en passe avec les rapports des « doing business ». Son armée s’exporte bien du Soudan à Haïti. Le TPIR en fermant boutique espère léguer les cas restants a la Justice Rwandaise. La Justice Néerlandaise estimant que les éléments avancés par le procureur Rwandais dans le cas Victoire Ingabire étaient assez lourds afin d’ordonner une perquisition a son domicile en Hollande et d’ensuite transmettre les résultats au Rwanda. Trévidic a l’opposé de Bruguière a provoqué un tsunami médiatique favorable a Kagame et nuisible au négationnistes et réformistes, que même le rapport Bruguière lui-même n’avait pas suscité en son temps. Comme si la presse respirait enfin un air qui ne serait plus nauséabond depuis l’arrêt des négationnistes …
Alors qu’est ce qui met Kigali à genoux au point de devoir chercher et quémander l’ouverture de Paris ? Rien. Ce n'est pas le style de la maison, pour ceux qui savent observer.
La Realpolitik, certainement. Mais avec beaucoup plus de maturité et de clair voyance que la plupart des analystes ou politiciens de l’hexagone. Une brouille diplomatique avec n’importe quel pays est un problème dans lequel il ne faut pas s’éterniser. Et cela vaut autant pour Paris que pour Kigali. De la sagesse des deux Présidents, personne n’y gagnait, est né le rapprochement. Mais si quelqu’un croit que Kagame se couche devant ses maitres et les problèmes, cette personne n’aura rien compris de ce qui distingue Kagame à la plupart des dirigeants du continent Africains et au dela. Certainement un manque de vision, de profondeur et de perspective lié peut-être aux habitudes de la France Afrique.

 
 
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