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18/07/2012

CONGO/KINSHASA : ON EVOQUE LA FAILLITE DU PASSAGE AU SEIN DE L'ARMEE CONGOLAISE

 
Kris Berwouts: les évènements actuels marquent la faillite du brassage au sein de l’armée congolaise, tous ceux qui ont appuyé la réforme partagent la responsabilité de cet échec


Interview de Kris Berwouts, ancien directeur d’Eurac, (réseau européen pour l’Afrique centrale) et consultant.
L'Eurac regroupe 46 organisations non-gouvernementales actives en Afrique centrale dans le domaine de la coopération au développement ou de l'aide humanitaire. Ces ONG sont issues de 12 pays européens différents.

A l’issue d’une réunion des chefs d’Etats de la Conférence internationale sur l’Afrique des Grands Lacs, le président congolais Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame ont conclu un « accord de principe » prévoyant le déploiement d’une « force internationale neutre » sur la frontière entre les deux pays, afin de lutter contre des groupes armés tels que les rebelles hutus et les soldats mutins congolais du M23 qui, d’après un rapport de l’ONU, seraient soutenus par le Rwanda.

Au retour d’une mission de plusieurs semaines dans la région, Kris Berwouts assure que « sur le terrain, je constate un certain scepticisme. Dans la région, il y a déjà eu tellement d’accords, jamais mis en œuvre…Cette force neutre suscite beaucoup de questions : qui, quoi, sous le commandement de qui ? Et les Casques bleus, déjà présents, ne sont- ils pas neutres ? Ce qui est positif, c’est que l’on discute dans un cadre multilatéral…La question qui demeure posée est celle de l’appui du Rwanda au mouvement rebelle M23. A part Kigali, tout le monde est convaincu de la réalité des faits, il me semble que le Rwanda devrait cesser de nier la réalité, et ne plus soutenir les mutins.

Ce qui m’effraie, c’est qu’au Congo, la situation est en train de pourrir : entre les communautés et les groupes ethniques ainsi qu’au sein de l’armée, où tout le monde commence à se méfier de tout le monde, de ses supérieurs, de ses subordonnés, où tout le monde redoute la trahison. Même au sein du camp présidentiel, certains pourraient être tentés de profiter de la situation actuelle pour se repositionner.
Voici sept mois, au lendemain des élections, le Congo se trouvait dans une situation précaire. Kabila a tenté de s’en sortir, nommé un Premier Ministre apprécié comme Matata Mponyo, mais la crédibilité qu’il regagnait progressivement est en train de disparaître.

Ne s’agît il pas d’empêcher Kabila de rétablir l’autorité de l’Etat ?

Cela n’est pas exclu. Le fait de désavouer le général Bosco Ntaganda a représenté un moment important : Kabila avait besoin de ce sacrifice. Par la suite est apparu le M23, comme s’il fallait à nouveau forcer une nouvelle négociation.
Je crois qu’autour de Joseph Kabila, alors que l’arrestation de Bosco était imminente, son entourage a songé que le moment était venu de démanteler la chaîne de commandement parallèle, incarnée par le CNDP (Congrès national pour la défense de la démocratie, l’ex-mouvement rebelle intégré dans l’armée depuis 2009) et qui était demeurée intacte. De plus, en avril, on avait commencé à muter vers d’autres provinces, dont le Katanga, des militaires tutsis qui, jusque là, n’avaient pas voulu quitter le Kivu. Autrement dit, le problème n’était pas de neutraliser Bosco, mais en voulant réduire « l’armée dans l’armée » Kinshasa a franchi une ligne rouge.

L’exigence occidentale d’arrêter Bosco, coûte que coûte, dans une région aussi fragile, ne fut-elle pas imprudente ?

Il a peut y avoir une tension entre la lecture des faits donnée par un défenseur des droits de l’homme et le point de vue d’un politique qui travaille à long terme, à la construction de la paix… Les logiques ne sont pas toujours les mêmes.
Il est vrai qu’après les élections, on exigeait que Kabila donne des gages de bonne volonté, soit en nommant un opposant au poste de Premier Ministre, soit en arrêtant Bosco Ntaganda. En outre, depuis 2009, Bosco avait pris beaucoup de place dans le commerce des minerais, ce qui pouvait avoir indisposé la haute hiérarchie militaire, congolaise et rwandaise. Lorsque le ministre Reynders a exigé son arrestation en janvier, cela ne dérangeait plus personne à l’époque…Le déclencheur de la guerre, c’est la volonté de démanteler les structures parallèles au sein de l’armée congolaise.

Quelle est la logique de cette affaire ?

La logique ne doit pas seulement être recherchée du côté congolais, au Rwanda aussi il y a des évolutions : la défection, voici deux ans, de généraux de haut rang comme le général Kayumba Nyamwasa, a entraîné des mutations dans le premier cercle autour du président Kagame, où des anglophones ont reculé au profit de personnalités plus jeunes, plus intellectuelles et plus francophones, donc plus proches du Congo. Il y a un repositionnement autour du chef, alors qu’il se trouve à la moitié de son deuxième et dernier mandat.

Peut-on imaginer que des recrutements et des infiltrations puissent avoir lieu au départ du Rwanda sans qu’ à Kigali, les services de sécurité soient au courant ?

Difficile. Comment croire que l’on puisse préparer quelque chose au Nord Kivu à l’insu de Kagame ? Peut-être y a-t-il du flou au sein de l’armée rwandaise: elle fut longtemps le pilier du régime, elle est peut-être devenue son talon d’Achille, sa loyauté absolue n’existe plus…Si c’était vrai, cela aurait des conséquences bien au delà des frontières du Rwanda…
Du côté congolais les évènements actuels marquent aussi la faillite du brassage, de l’intégration au sein de l’armée, et la Belgique, comme tous ceux qui ont appuyé la réforme de l’armée congolaise, partage la responsabilité de cet échec.



C. Braeckman
Bruxelles, 18/07/2012 (Carnet de C. Braeckman, via mediacongo.net)

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