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26/07/2012

CONGO/KINSHASA : NTANGANDA ET SES PARRAINS FINIRONT COMME LES AUTRES TÔT OU TARD

Troubles au Kivu : les enjeux de l’heure et la souffrance du peuple congolais. Kigali et Kinshasa complices ?

bosco-ntaganda2.jpgC’est depuis bien longtemps que les troupes rwandaises ont pris l’habitude de s’infiltrer en RDC. Hélas, le pouvoir de Kinshasa et même la communauté internationale semblaient ne pas se préoccuper de cet état de chose. Le recrutement des rwandais et leurs envoies pour appuyer des insurrections à l’Est du Congo ne date pas d’hier. Qui ignore par exemple que Mutebusi, Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda ont, chacun à son tour, bénéficié d’une « attention » particulière du Rwanda ?
Dieu seul sait si tous les militaires rwandais entrés au Congo en 2009, sur invitation de Kinshasa, avaient, tous, rebrousser chemin. Les rebellions successives de l’AFDL et du RCD étaient soutenues par des contingents rwandais.
Les vrais observateurs de la situation prévalant au Kivu savent pertinemment bien que les rwandais s’infiltrent toujours en RDC. Ce n’est donc pas du neuf.
Que, de manière subite, le gouvernement congolais et la communauté internationale condamnent avec acharnement l’appui rwandais aux « mutins » de M23 suscite des interrogations dans certains cercles de réflexions.
Qu’est ce qui a changé dans les sphères politiques internationales pour expliquer ce que l’on peut qualifier, à juste titre, de « volte-face » ?
Des divergences entre Kinshasa et Kigali s’agissant da la gestion de la situation de l’Est
Dès le début de la mutinerie M23 en Avril 2012, Kinshasa et Kigali agissaient dans le sens de retirer Bosco Ntaganda du circuit actif dans les Kivu suite à la pression de la communauté internationale. Ce possible retrait de Bosco va susciter une certaine émulation dans son entourage où certains commandants voulaient bien le remplacer dans son rôle de l’homme à tout faire (économiquement et militairement) pour les deux régimes.
C’est ainsi que la première vague des mutins conduite par les colonels Zimurinda et Innocent Kayna va se retirer de camps militaires de Rutshuru espérant que la mise à l’écart de Bosco leur permettrait de se faire remarquer par les deux pays afin de continuer l’œuvre de Bosco : constituer un rempart contre les activités déstabilisatrices des FARDC et leurs « alliés » FDLR. Malheureusement pour eux, cette insurrection n’était pas cautionnée par les services rwandais qui n’avaient donc pas une réelle mainmise sur elle.
Devant ce fait accompli, Kigali va convaincre Makenga Sultani de récupérer le mouvement insurrectionnel en lieu et place de Bosco (disqualifié par la communauté internationale). Au fait le Rwanda soupçonnait la RDC de vouloir profiter de ce désordre pour frapper un coup dur au noyau des ex-CNDP qui constituait une armée au sein des Fardc dans les Kivu. Et c’est bien là où les divergences entre Kinshasa et Kigali ont commencé à apparaitre.
Pour Kigali, les ex-CNDP ont toujours joué un double rôle stratégique :
- un bouclier contre l’avancée des Fdlr vers les frontières poreuses entre la RDC et le Rwanda
- une facilitation dans les transactions commerciales dont les retombées permettent au régime Kagame de supporter certaines dépenses extra budgétaires pour le maintien et le fonctionnement des services rwandais de sécurité très dépensiers.
Face à la monté d’une haine des autochtones que Kigali a suscitée sciemment contre les populations Tutsi congolais, les dirigeants rwandais ont su se présenter comme les protecteurs d’une minorité menacée et en même temps comme les seuls capables d’aider Kinshasa au rétablissement de la paix dans la région. A ce titre, ils ont attiré les responsables congolais dans un accord de partenariat de paix où ils avaient la possibilité de manipuler les leviers à leurs guises.
Les fameuses révélations de l’implication de soldats rwandais dans la récente mutinerie du Nord Kivu mettent mal à l’aise le régime Kabila plus que celui de Kagame. Kinshasa doit expliquer à sa population les raisons de son attachement à un pays qui joue au pyromane-pompier. Pris dans le piège rwandais, Kabila laisse faire son premier ministre; lequel est décidé à revoir les accords signés avec Kigali considéré désormais comme le fauteur de troubles à l’Est de la RDC.
La situation est assez délicate pour le gouvernement congolais qui n’a pas les moyens de sa politique sécuritaire malgré certaines assurances données par les partenaires occidentaux. Il va de soit que le régime de Kigali ne se laissera pas faire, la sécurité du Rwanda étant sa priorité absolue.
Les Fardc, qui ont de la peine à récupérer les quelques collines tenues par les M23, semblent ne plus se préoccuper du danger que représentent les Fdlr et alliés qui ont repris les positions avancées des gouvernementaux.
La configuration actuelle des évènements pourrait entrainer l’embrasement de la région si les deux pays ne dépassent pas le simple cadre des rapports des commissions mises en place pour vérifier si réellement Kigali a aidé les mutins (secret de polichinelle).

La récupération de la situation par Kinshasa
Les réactions actuelles du régime Kabila que certaines langues qualifient d’irréfléchies font partie, en fait, d'une stratégie globale de récupération de la situation sociopolitique actuellement en sa défaveur depuis les élections truquées de novembre 2011.
Comme les populations congolaises ne veulent plus de lui et que la pression internationale le pousse à plus d'ouverture démocratique, Kabila doit se féliciter de l'apparition des M23 et autres Mayi-mayi proKigali afin de se présenter à la face du monde comme une victime et ainsi attirer la compassion de tout le monde y compris de son peuple.
Depuis l'apparition des M23, c'est tous les congolais qui veulent parler d'une même voix et Kabila essaye de récupérer la grogne populaire afin de se positionner comme le seul capable de solutionner le dossier.
Il ne manque pas, pour cela, certains occidentaux (France, Belgique) derrière lui et qui cherchent la moindre faille, erreur de Kigali et Kampala, pour faire pression sur le grand Tonton Obama.
Dans l’entretemps, cette situation inquiète au plus haut point les autorités ougandaises qui voient grandir l’espace d’influence rwandaise dans le Nord-Est de la RD Congo. Les services ougandais seraient, selon certaines sources, à la recherche d’un leader responsable qui pourrait prendre en charge une milice congolaise capable de défendre les intérêts ougandais à l’Est de la RD Congo où les gisements de pétrole situés à la frontière commune seront prochainement mis en exploitation par l’Ouganda. Des contacts sérieux seraient déjà en cours entre des responsables UPDF (dont CMI) et certains milieux congolais.

Les intérêts géostratégiques de la région
Dans la région, les intérêts géostratégiques font bouger tous les partenaires occidentaux potentiellement capables de financer les Fdlr, Mayi-mayi, Nalu/ADF, Kony, Al Shabab, Kayumba, etc...
C'est en essayant de mettre tous ces groupes et leurs parrains dans un sac et en le bougeant dans tous les sens que l'on peut arriver à déceler les intérêts convergents des uns et des autres ainsi que les alliances possibles. Et, il y en a en perspective compte tenue de la région, ses richesses et sa position géostratégique entre l'Afrique centrale, Orientale et de l'Est.
Celui qui aura saisi la hauteur de ses enjeux, comprendra facilement que toutes les réactions dites "favorables" que le régime Kabila est en train d’engranger présentement ne sont que du vernis sur ongles.
La dernière en date est la suspension de l’aide militaire destinée à financer une académie militaire. Pour peu qu’on ne puisse réfléchir, les aides bilatérales passent par plusieurs canaux et dans le cadre des relations privilégiées que les USA entretiennent avec des partenaires comme l’Israël et le Rwanda, les interventions sensibles passent souvent par un circuit fermé et sont géré par les services secrets ou par des fondations.

Face aux enjeux géostratégiques de la région des Grands Lacs, le régime Kagame reste un appui certain de la politique américaine malgré les erreurs d’appréciation (la forme et le temps choisi pour le lancement des M23) commises par les services rwandais qui viennent d’être restructurés. Les informations en notre possession confirment que, pour Washington, le régime Kabila reste un danger pour l’équilibre de la paix dans la région et la seule façon de contenir ce danger, c’est de le gérer à l’Ouest par Luanda et à l’Est par Kigali. Ne pas comprendre cette réalité, c’est se voiler la face en se comportant comme ses intellectuels congolais qui rivalisent dans des propositions risibles du genre : construire un mur entre la RDC et le Rwanda, déposer une plainte au Conseil de sécurité, etc…
Rappelons-nous de la réponse d’un diplomate occidental acculé par les questions des journalistes sur l’indifférence des son pays face à la tragédie des congolais de l’Est : « N’attendez pas que des contingents des soldats occidentaux viennent faire votre travail. Si vous étiez des ARABES, la RD Congo aurait déjà été libérée de ses leaders corrompus ».
Le Congo doit arrêter de pleurnicher et s’engager dans une lutte pour la pacification réelle de sa partie orientale. Il appartient a son peuple de prendre de se prendre en charge pour sa véritable libération.

L’anéantissement des FDLR encore présent en RDC : une piste de solution.
Il n’y a pas de magie à faire pour restaurer la paix à l’Est du Congo, estiment certains observateurs de la situation prévalant à l’Est de la RDC. Les politiques congolais le savent pertinemment bien. Mais pour des raisons qu’ils sont seuls à connaitre ils font perdurer l’insécurité dans cette partie de la RDC. Il est connu de tous que c’est l’entrée des rwandais du FDLR sur le sol congolais à la suite du génocide rwandais de 1994 qui a plongé cette région dans des conflits devenus presqu’interminables. Il va de soi que pour restaurer la paix dans cette région, ces FDLR soient neutralisés. Hélas Kigali et Kinshasa donnent l’impression de se soucier très peu de l’anéantissement de ces rebelles rwandais présents sur le sol congolais. C’est à croire que les deux régimes ont un agenda caché sur l’avenir de la région orientale de la RDC. Sinon, comment comprendre que pendant 18 ans (de 1994 à ces jours) la capacité de nuisance de FDLR au Congo soit restée presque intacte ? Les contingents rwandais ont accompagnés successivement les rebellions de l’AFDL et du RCD sans jamais se soucier de l’anéantissement des FDLR. Un sujet rwandais, James Kabarebe, a été même propulsé chef d’Etat Major de l’armée congolaise sans que la situation des FDLR ne change sur terrain au Congo. En 2009 des troupes rwandaises ont été invitées par Kinshasa pour des opérations de traque contre les FDLR dont les résultats ont été très maigres. Les insurrections de Mutesbusi, Laurent Nkunda, CNDP et autres ne sont jamais venus à bout des FDLR que Kigali ne cesse d’utiliser comme prétexte pour justifier l’entrée de ses troupes en RDC.
Les défenseurs de la thèse d’anéantissement des FDLR estiment qu’il revient au gouvernement congolais de mettre tout en œuvre pour réduire au silence ces rebelles rwandais présents en RDC. Pour eux, il ya deux manières de venir a bout de ces fauteurs de trouble : les désarmer ou les affronter militairement jusqu'à leur anéantissement à défaut de leur retour au Rwanda. Une fois anéantis ou boutés hors de la RDC, les populations congolaises seront mises à l’abri de leurs exactions. Du Rwanda, ils pourront faire fléchir le régime de Kigali et, pourquoi pas, obtenir de lui des négociations politiques.
Pour que la paix soit solide à l’Est du Congo, il faut diminuer la capacité de nuisance des FDLR tant pour les populations congolaises que pour le régime de Kigali.
Joska Kaninda NKole

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