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07/08/2012

CONGO/KINSHASA/FRANCE : LA DIPLOMATIE FRANCAISE INAUDIBLE SUR LA GUERRE DE L'EST!

Guerre dans l’Est du Congo : la France muette
(Le Potentiel 07/08/2012) 


Mercredi 1er août à Paris, Raymond Tshibanda, ministre congolais des Affaires étrangères, a été reçu au Quai d’Orsay par son homologue français, Laurent Fabius. Selon une source bien informée, leurs entretiens ont tourné autour des préparatifs du prochain sommet de la Francophonie prévu en octobre prochain à Kinshasa. Ils ont également évoqué la situation humanitaire et la sécurité des milliers d’habitants de la province du Nord-Kivu. 

Etrangement, aucun communiqué officiel du ministère français des Affaires étrangères n’a fait état de cette rencontre. Pis, aucun média français n’en a fait écho. La France reste donc muette sur la crise qui sévit dans la partie Est de la RDC.

La dernière visite du chef de la diplomatie congolaise à Paris, Raymond Tshibanda, auprès de son homologue français, le 1er août, est passée presque inaperçue. Ni le Quai d’Orsay, ni les médias n’ont eu grand-chose à communiquer.



On ne peut accuser la France de rester indifférente à la situation de guerre qui prévaut actuellement dans la partie orientale de la RD Congo où une population évaluée à 2 millions d’individus erre dans une sorte d’exil intérieur, mais il est au moins permis de s’interroger : pourquoi, à l’instar des Etats-Unis, des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne qui viennent de suspendre leur aide économique au Rwanda, la France ne réagit-elle pas avec force et vigueur ?



Certes, la France a salué la reprise du dialogue au plus haut niveau entre la RDC et le Rwanda à l’occasion du dernier sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba en juillet dernier ; elle a exprimé sa volonté de voir cesser tout soutien extérieur aux groupes armés, et son représentant à l’ONU a appelé le Conseil de sécurité à encourager la poursuite du dialogue entre la RDC et le Rwanda. Est-ce suffisant ? Concrètement, que compte-elle faire ?



Même si la RDC n’appartient pas à la sphère francophone historique -étant plus belge que française -, et que la France n’a pas beaucoup d’influence dans ce pays comme elle en aurait dans ses anciennes colonies d’Afrique, elle a des intérêts au Congo ! 



La situation au Congo-Kinshasa semble souffrir nettement des relations diplomatiques compliquées entre le Rwanda et la France. Les accrocs à répétition dans les relations entre Paris et Kigali ne se présentent-ils pas comme un ralentisseur, une épine au pied des autorités françaises ? La France Peut-elle décider de les passer par pertes et profits ? Rien n’est moins sûr. 



TROIS ANS DE BROUILLE



Le 24 novembre 2006, le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques avec la France aprèsl’émission, par le juge Jean-Louis Bruguière, de mandats d’arrêt international contre des proches de Paul Kagamé. Le juge Bruguière enquêtait sur les circonstances de la mort du président Juvénal Habyarimana lors d’un attentat contre son avion en 1994. Cet attentat était considéré comme déclencheur du génocide rwandais et de ses 800 000 victimes.



La tension entre les deux pays était forte depuis 1994. Les Tutsi du gouvernement issu du Front patriotique rwandais (FPR) accusent la France de complicité avec les Hutus alors au pouvoir lors du génocide.



La France avait multiplié les gestes diplomatiques de réconciliation. Notamment en refusant d’accorder l’asile à Agathe Habyarimana, la veuve du président assassiné. En mars 2009, Paris avait levé le mandat d’arrêt visant Rose Kabuye, chef du protocole de la présidence rwandaise, mise en examen pour son rôle présumé dans l’attentat contre Habyarimana. Une initiative qui lui avait valu la «satisfaction de Kigali».



Novembre 2009, la France et le Rwanda conviennent de rétablir leurs relations diplomatiques. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, en fut le maître orchestre.



Février 2012, nouvel accroc dans les relations diplomatiques entre Paris et Kigali. La France rappelle son ambassadeur à Kigali, Laurent Contini, pour consultation, suite au refus du Rwanda d’agrémenter son successeur, Hélène Gal, trop proche d’Alain Juppé- ministre des Affaires étrangères à l’époque-considéré comme hostile au pouvoir en place à Kigali et dont les relations avec le pouvoir de Paul Kagamé sont notoirement mauvaises.



Actuellement, la coopération franco-rwandaise demeure au point mort. L’Ambassade de France à Kigali est gérée par une chargée d’affaires par intérim, Chantal Bès.



SORTIR DU MUTISME



Depuis son élection en mai dernier, François Hollande, silencieux sur les dossiers africains, dont ceux relatifs aux pays des Grands Lacs, doit sortir de son mutisme et clarifier sa position. 



Gouverner, c’est décider, donc agir. Tergiverser en politique équivaut à un manque de vision : il n’est pas certain que la France gagne au change. 



Ainsi, François Hollande rassure en surface,mais inquiète en profondeur, car il a posé la statue de la sagesse sur le socle de l’attentisme. Le nouveau chef de l’Etat, tout à son désir d’être le président qu’il promit d’être, ne fait pas vraiment ce qu’il faudrait faire. L’absence d’une politique africaine, version Hollande -du moins jusqu’à présent- en est une éloquente illustration. 



Plutôt que de rechercher une bonne couverture, celle de l’Union africaine ou de l’ONU, pour condamner l’agression dont est victime le Congo à l’Est, François Hollande devrait faire entendre la voix de la France sans s’inquiéter des turpitudes du Rwanda ou des humeurs virevoltantes de Paul Kagamé qui entend régner en Seigneur dans les pays de la région des Grands Lacs.



Les Africains ne peuvent que s’enthousiasmer d’apprendre - par la voix du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian- que la France soutiendra une intervention armée des forces africaines au Mali, dont la partie nord est aux mains de groupes touaregs et islamistes proches d’Al-Qaeda.



Pourquoi la France ne serait-elle pas, par ricochet, le parrain d’une résolution qui autoriserait l’usage de la force par une coalition d’armées africaines pour libérer le Nord-Kivu occupé par les rebelles du M23 qui bénéficient clairement de l’appui du Rwanda et probablement d’autres pays voisins ?



La France, patrie des droits de l’Homme, a un grand rôle à jouer dans cette Afrique malade de ses guerres, notamment dans la crise qui sévit dans l’Est de la RDC. Elle doit parler et agir. François Hollande devra alors rompre avec l’immobilisme, la mollesse et le silence que lui reprochent ses détracteurs.



Robert Kongo, correspondant en France

 

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RD Congo : Goma sous la menace des forces rebelles
(Le Figaro 07/08/2012) 


Ces soldats mutins ne sont qu'à une trentaine de kilomètres de la ville défendue par des Casques bleus de l'ONU.

Dans Goma, la capitale du Nord-Kivu, les habitants ne se posent qu'une question: la ville tombera-t-elle aux mains des rebelles du M23? En quelques semaines, ces militaires mutinés ont enchaîné les victoires, prenant successivement les bourgades et les villages pour ne s'arrêter finalement qu'à Rugari, à moins de 30 kilomètres de Goma. Entre les portes de la cité et les rebelles s'érige maintenant un mur de troupes congolaises, de chars des Nations unies et de Casques bleus. 

Ce déploiement de forces se voulait rassurant. En fait, il a surtout souligné l'incapacité des FARDC, l'armée congolaise, à endiguer l'avancée des hommes du M23. «Les FARDC ont tout simplement abandonné notre village, raconte un habitant de Rutshuru. Il n'y a même pas eu de combat.»

Formé au début du mois de mai par le colonel séditieux Sultani Makenga, le M23 est officiellement un mouvement d'anciens soldats de l'armée congolaise qui se sont soulevés contre Kinshasa et son gouvernement pour obtenir un meilleur traitement. Nombre d'entre eux sont aussi des vétérans d'une autre rébellion à majorité tutsie qui, en 2007 et 2008, avait déjà menacé d'envahir Goma.

Fin juin, un rapport de l'ONU a très directement accusé le Rwanda de soutenir ce soulèvement, comme il le faisait dans le passé. Et, comme dans le passé, Kigali a nié. Les fortes pressions diplomatiques sur le Rwanda n'ont rien changé. Le soutien rwandais continue et expliquerait la supériorité militaire de rebelles beaucoup mieux équipés que l'armée congolaise. Les Casques bleus de la Monusco, le contingent de l'ONU en RDC, semblent donc le dernier et seul réel rempart en cas d'attaque de la ville.

Recrutements forcés
«Tout est fait pour que Goma ne soit pas prise. La brigade du Nord-Kivu a renforcé son dispositif militaire autour de Goma pour former une ceinture sécuritaire. Des chars ont été déployés, nos hélicoptères de combat patrouillent la nuit», explique Koumbo Singa Gali, porte-parole de l'ONU à Goma. Tout danger n'est pas pour autant écarté. Selon plusieurs sources, la ville est infiltrée par des agents du M23. Une présence confirmée par Koumba Singa Gali: «Beaucoup de civils disposent d'armes, il se pourrait qu'il y ait des gens proches du M23 qui attendent un élément déclencheur pour faire quelque chose. Nous avons reçu des informations selon lesquelles le M23 aurait pris contact avec des prisonniers militaires dans la prison de Goma.» De son côté, le M23 se garde bien de démentir l'existence de cette cinquième colonne. L'un de ses officiers, le colonel Vianney Kazarama, évoque même des commandos spécialisés dans la guérilla urbaine.

Pour l'heure, une prise de Goma, aux conséquences politiques et humani­taires dramatiques, demeure peu probable. Mais la peur est là. «J'essaie de ne pas y penser, assure Rehema Tambite, une étudiante. J'étais petite lors des dernières guerres, mais je me souviens de la panique et je sais les dangers auxquels ma famille devrait faire face.»

Ces dangers, les habitants du territoire de Rutshuru les vivent, au jour le jour, depuis que le territoire a été conquis par les rebelles. Les FARDC ont tenté de reprendre le terrain perdu. Des combats d'une extrême violence ont éclaté dans certains villages, faisant plusieurs morts parmi les civils et laissant des dizaines de blessés. Les habitants des villages conquis doivent aussi fuir les recrutements forcés dans les rangs rebelles et un avenir de chair à canon. «J'étais à la maison, j'ai vu des militaires du M23 qui descendaient la colline. Ils nous ont pris. Nous étions 22 entre 15 et 25 ans. Ils nous ont dit de porter leurs munitions et d'aller au front avec eux. On les a suppliés de nous laisser, mais ils nous ont menacés», raconte ainsi Eli, un enseignant de primaire.

Grièvement blessé à la jambe lors d'un combat, Eli a pu être rapatrié dans un hôpital de Goma dont plus de 80 % des patients sont des blessés de guerre. Depuis le début du conflit au mois de mai, le nombre de ces cas a augmenté selon un rythme exponentiel. Les femmes ne sont pas plus à l'abri. Comme toujours au Congo, les histoires de viol refont surface. Le plus souvent, par honte ou par peur des représailles, les victimes préfèrent garder le silence. «Quand vient le soir, certains soldats boivent et entrent dans les maisons pour piller et violer les mamans», raconte une habitante de Rutshuru entre deux regards fuyants.

Depuis le 30 juillet, une trêve dans les combats a permis à quelques ONG de se rendre dans les zones touchées. Le M23 les laisse passer, tant que dureront les négociations en cours. En cas d'échec, les rebelles affirment qu'ils reprendront leur marche en avant. Vers Goma.

Par Mélanie Gouby

 

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