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12/08/2012

USA : LE COMMUN DES MORTELS SOI-DISANT RESPECTUEUX DES DROITS DE L'HOMME A PEUR DE MITT ROMNEY MAIS NE FAUT-IL UN CLONE DE BUSH QUI DIT TOUT QUE L'AGNEAU OBAMA ?

Mitt Romney et Dick Cheney: un duo catastrophique pour la politique étrangère américaine

Mitt Romney est fan de l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney. Il pourrait le choisir comme colistier. Or ce duo serait de mauvais augure pour la politique étrangère de l’Amérique.

Mitt Romney/Gage Skidmore Via FlickrCC Licence by

- Mitt Romney/Gage Skidmore Via FlickrCC Licence by -

Une large majorité d’Américains s’accorde à dire que le président Barack Obama a fait ses preuves concernant la sécurité de la nation et qu’il a une bonne conception du leadership des Etats-Unis dans le monde. Ce n’est pas ce que pense Mitt Romney, qui affrontera Obama au scrutin de novembre. Ce dernier propose de revenir aux doctrines pourtant discréditées et aux politiques irresponsables de l’administration Bush. On connaît la musique. On a déjà vu ce film, et il se termine mal.

Le 12 juillet, le gouverneur Romney a assisté à une collecte de fonds du Parti républicain organisée au domicile de l’ex-vice-président Dick Cheney (dans le Wyoming). Il n’y a là rien d’étonnant, puisque l’adversaire d’Obama a dit de Dick Cheney que c’était «quelqu’un de raisonnable et de sensé». Voilà qui est particulièrement inquiétant.

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Alors que Mitt Romney est à la recherche d’un colistier, il convient de rappeler qu’il avait déclaré que Dick Cheney était le «genre de personne qu’[il] aimerai[t] avoir à ses côtés». Les politiques que préconise Romney – par exemple le fait de laisser indéfiniment les G.I. en Irak et en Afghanistan – ne sont que la continuité de la doctrine Bush-Cheney, en version 2.0.

Des conseillers de l'administration Bush

Ce n’est un secret pour personne que Cheney était le moteur des politiques étrangères de Bush fils qui se sont avérées un grave échec: lancer une guerre en Irak sans avoir planifié la fin du conflit, malmener les alliés de l’Amérique dans le monde et rester passifs pendant que l’Iran et la Corée du Nord poursuivaient leur programme nucléaire – puisque la Maison Blanche sous Bush a été incapable de rassembler la communauté internationale pour affronter ces menaces.

Sur les vingt-quatre conseillers en politique étrangère de Romney, dix-sept ont fait partie de l’administration Bush-Cheney. Aussi, si Romney devait remporter la présidentielle en novembre, beaucoup de ces gens seraient vraisemblablement nommés à un poste quelconque au sein de son administration. Une perspective angoissante au vu de leur action désastreuse lorsqu’ils étaient aux responsabilités.

L’un des principaux porte-parole de campagne de Romney, John Bolton, a officié comme ambassadeur américain à l’ONU sous George W. Bush. Cet homme incarne l’idéologie néoconservatrice insouciante qui est en grande partie à l’origine de la guerre d’Irak, justifiée par des preuves fabriquées de toutes pièces. Aujourd’hui, il n’attend qu’une chose: que les initiatives diplomatiques avec l’Iran échouent afin d’envoyer les hommes et femmes en uniforme au combat.

«Une catastrophe diplomatique»

A propos du conflit syrien, il a déclaré l’an dernier: «Ce serait dans notre intérêt de renverser ce régime». Tous les Américains doivent se rendre compte qu’un gouvernement dirigé par Romney, qui réunirait Bolton et d’autres politiques proches de Bush et Cheney, serait une catastrophe diplomatique.

On pourrait me rétorquer que le fait de nommer des responsables politiques de l’ère Bush n’implique pas nécessairement de suivre tous leurs conseils. Seulement les électeurs ne peuvent juger les candidats que sur leur programme, or l’imprudence de Dick Cheney transparaît clairement dans les politiques étrangères que prêche Romney depuis le début de la campagne.

Mitt Romney était en faveur de l’invasion de l’Irak   et s’est opposé à la fin de la guerre l’an dernier. En décembre, lorsqu’Obama a accueilli les soldats américains de retour au bercail après pratiquement neuf ans de guerre, Romney a déclaré:

«Je trouve le retrait d’Irak de l’ensemble de nos hommes regrettable. Plus que   regrettable, en fait, je trouve que c’est tragique.»

Romney s’est fait l’écho de ce point de vue, déjà exprimé par Dick Cheney quelques mois avant qu’Obama ne mette fin au conflit: «Ce serait une véritable tragédie si nous rentrions [d’Irak] trop tôt, avant que [les Irakiens] ne soient prêts à se débrouiller tout seuls».

Ni stratégie ni plan de sortie pour l'Afghanistan

S’agissant de l’Afghanistan, bien qu’Obama et l’ensemble de la coalition internationale se soient mis d’accord sur un calendrier de transfert de toutes les responsabilités de sécurité à Kaboul d’ici la fin 2014, Romney estime de son côté que les Etats-Unis devraient rester indéfiniment dans le pays. Il n’a pourtant aucune stratégie qui étaie sa position et aucun plan pour le rapatriement des troupes. Là encore, concernant l’Afghanistan, Cheney est d’avis qu’«il ne faut pas se précipiter vers la sortie».

Romney tout comme Cheney ont gardé une mentalité de guerre froide. Le premier a traité la Russie d’«ennemi géopolitique numéro un» [de l’Amérique]. Une remarque on ne peut plus saugrenue, qui a laissé perplexes les spécialistes de la diplomatie de tous bords. Interrogé sur cette déclaration du candidat à la présidence, Collin Powell (qui fut le secrétaire d’Etat de George W. Bush) a répondu: «Voyons, Mitt, réfléchissez une seconde. Ce n’est pas vrai».

Le discours de Romney vis-à-vis de Moscou est de la même veine que les commentaires à répétition de Cheney datant de 2008: la Russie représentait selon lui une «menace de tyrannie, de chantage économique et d’invasion militaire» pour l’Ukraine voisine.

La politique de Romney ruinerait les efforts d'Obama

Obama s’est imposé en leader solide et cohérent sur les questions de politique étrangère. Il a tenu sa promesse de mettre un terme à la guerre d’Irak de façon responsable. Il a recentré les efforts de l’Amérique sur le combat contre al-Qaida, ce qui a abouti au raid audacieux au cours duquel Oussama Ben Laden a été éliminé. Il a rétabli les alliances des Etats-Unis avec l’étranger et poussé la communauté internationale à prendre des sanctions sans précédent contre l’Iran. Depuis qu’il est président, il a également octroyé plus d’aides de sécurité à Israël que tous ses prédécesseurs et a toujours soutenu ce pays ami sur la scène internationale.

Une présidence à la Romney signifierait un retour à une situation que les Américains connaissent trop bien. Une doctrine Bush-Cheney – au double caractère naïf et cavalier – qui embrasse volontiers la force militaire sans en envisager mûrement les conséquences. Cette façon de penser qui consiste à dire «attaquons maintenant, nous aviserons plus tard» a eu des conséquences catastrophiques pour les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de revenir à des politiques qui ont échoué. Pas après avoir parcouru un si long chemin et récolté tant de succès. Pour la sécurité de l’Amérique, il faut aller de l’avant et faire face aux menaces du futur. Tels sont les enjeux de l’élection présidentielle.

Adam Smith

Traduit par Micha Cziffra


Mitt Romney, le mormon qui ne veut pas parler religion

Comment l'actuel favori de la course à l'investiture républicaine élude le débat en assurant que toute critique du mormonisme s'apparente à de l'intolérance religieuse.

Le candidat à la primaire républicaine Mitt Romney. REUTERS/Chris Keane

- Le candidat à la primaire républicaine Mitt Romney. REUTERS/Chris Keane -

Je ne peux pas dire si le pasteur Robert Jeffress a raison de parler de «secte» quand il mentionne l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours (SDJ), surnommée plus couramment «les mormons». En effet, il y a apparemment un ou deux points communs. Les mormons ont un guide suprême, appelé le prophète ou le président, dont les dires sont prétendument suprêmes. Ils peuvent être enjoints à repousser ou à bannir tout membre dont la foi montre des signes de faiblesse. Ils ont quelques petites manies, comme leurs célèbres sous-vêtements, pour se distinguer des autres mortels, et ils sont réputés faire preuve d'une extrême discipline et de continence quand on en vient au sexe, à la bibine, à la nicotine et au café. Il semblerait aussi que l’Église soit plus difficile à quitter qu'à rejoindre. Par ailleurs, personne ne crache sur les généreuses donations et les tributs des fidèles. 

Que cela en fasse une secte, ou juste une énième mouvance cultuelle chrétienne «made in America», je ne sais pas trop. Dans tous les cas, ce qui m'intéresse davantage, c'est le système de croyance étrange et sinistre des SDJ, une problématique qu'on espère aujourd'hui soigneusement éviter en geignant que toute critique du mormonisme s'apparente à de l'intolérance religieuse.

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Une religion politisée

Passons aux exemples. Le fondateur de cette église, un certain Joseph Smith, était un escroc et un charlatan bien connu des services de police du nord de l’État de New York. Il affirmait qu'on lui avait montré quelques plaques d'or sur lesquelles était inscrite une nouvelle révélation divine dans une langue inconnue, dont il devint ensuite le seul traducteur attitré. (Toute l'histoire est racontée dans la biographie écrite par Fawn Brodie, No Man Knows My History [Nul homme ne connaît mon histoire]. Visiblement, à l'instar des saucisses et des lois, les églises ne sont pas des phénomènes dont l'élaboration est agréable à regarder. L'écrivain et journaliste américain Edmund Wilson a d'ailleurs été prodigieusement choqué de voir Brodie lever le masque sur une religion fabriquée de toutes pièces).

Lors des étapes ultérieures de son périple en terre aride et ingrate, guidant comme Moïse ses fidèles (qui étaient autorisés et même encouragés à former des mariages pluriels, pour aller de l'avant et produire en masse plein de petits mormons), Smith exprima aussi son désir d'être reconnu comme le prophète Mahomet d'Amérique du Nord, avec son redoutable slogan: «Soit le Coran, soit l'épée». Il partit en guerre contre ses compatriotes et le gouvernement fédéral. A priori, cela aurait pu suffire à faire se hausser quelques sourcils dans l'église Baptiste la plus proche ...

Déjà encombrée de positions favorables à l'esclavage durant la Guerre de Sécession, et de sa propre «bible» désignant les individus noirs comme des créatures inférieures, quoique spéciales, l’Église mormone n'a autorisé l'ordination de prêtres afro-américains qu'en 1978, ce qui est suffisamment tardif – compte-tenu de la profondeur de sa «révélation» – pour remettre très sérieusement en doute l'honnêteté d'un tel revirement.

Plus récemment, et beaucoup plus bizarrement, on a vu les mormons amasser des tonnes d'archives sur les morts, les «intégrer par la prière» aux adhérents des SDJ et «baptiser» rétrospectivement tout ce beau monde comme convertis. (Le livre pertinent sur ce sujet est celui d'Alex Shoumatoff, The Mountain of Names [La montagne de noms]). Dans un repaire creusé dans une montagne, au beau milieu du fief des mormons, l'Utah, se trouve une colossale base de données rassemblée dans ce but précis. Maintenant, je n'ai rien à redire si les mormons désirent consigner leurs propres ancêtres pour un salut posthume. Mais ils ont aussi mis la main sur une liste d'individus mis à mort lors de la Solution Finale des nazis et ont commencé, depuis relativement peu de temps, à faire de ces juifs massacrés des membres honoraires des SDJ. Et de fait, lorsque la pratique fut découverte, le premier réflexe de l'église fut de résister aux efforts déployés pour la faire cesser. Que ce soit sectaire ou cultuel, c'était dans tous les cas extrêmement cavalier: une abjecte tentative  de voler en masse l'identité de défunts.

Lors de ma première visite à Salt Lake City, en 1970, la librairie de la John Birch Society faisait déjà quasiment partie du Tabernacle. Ezra Taft Benson, qui fut plus tard président de la congrégation, siégeait au conseil des 12 Apôtres – et en cherchait constamment l'approbation – lorsqu'il servit au Cabinet d'Eisenhower pendant 8 ans. S'il n'était pas membre de la Birch Society, il en était un soutien zélé. On se souvient encore de son pamphlet, Droits civiques: un outil de la supercherie communiste. Tel fut le terreau qui nourrit Cleon Skousen et les autres éléments paranoïaques qui, au final incubèrent Glenn Beck. Tout ce que je remarque, c'est que l’Église mormone possède une histoire nettement politisée et qu'elle est bien mal placée pour se plaindre quand ses dirigeants se voient poser des questions politiques directement liées à leur appartenance religieuse.

Le mormonisme de Mitt Romney doit-il faire peur?

Jusqu'ici, Mitt Romney, qui fit l'éloge de Skousen pas plus tard qu'en 2007, a réussi à en éluder la plupart en jouant celui qui doit visiblement se soumettre à une sorte de test religieux pour pouvoir accéder à des fonctions officielles. Et une bande de mollassons l'a soutenu en voyant dans toute aversion de n'importe quel «groupe religieux» la preuve ipso facto de partis pris quelconques. Désolé, mais c'est un peu trop facile. Je ne pense pas voter un jour pour un scientologue ou un mooniste s'il se présentait à la présidentielle, ou d'ailleurs à n'importe quelle autre élection, et à mon sens, tenter de réduire au silence toute critique de ces margoulins, voici une preuve réelle de partis pris. Évidemment, cela n'a pas arrangé les choses que la première offensive contre Romney soit venue d'un homme qui est lui-même une grande gueule cléricale, exploitant la religion à des fins politiques et distribuant des bons points à Rick Perry. Le genre de baptiste du sud pour qui, selon les paroles de cette ancienne comptine:

Qui sont les purs et les âmes élues? C'est nous!

Tous les autres seront damnés.

En enfer, il y a toute la place pour vous,

Laissons les cieux respirer!

Comme je l'ai fait remarquer il y a quelques semaines, Perry ne s'est pas contenté de mettre son salut personnel entre les mains de Jésus Christ, il a fait savoir que tous ceux qui ne le rejoignaient pas couraient droit vers la damnation éternelle. Il a cherché à amender et développer la seconde partie de sa pensée, mais pas tant que ça. Et il croit à des naissances miraculeuses issues de vierges, à des serpents qui parlent, à des cadavres qui marchent, et à d'autres trucs qui, personnellement, me semblent vraiment étranges et sectaires. Ici, en réalité, nous avons affaire à un conflit opposant deux versions incompatibles du christianisme, où le bon pasteur Jeffress n'est pas tellement en position de force et où les Saints des Derniers Jours, sauf s'ils mentent, sont aujourd'hui l'une des religions américaines les plus prospères.

Les mormons croient visiblement davantage au retour de Jésus dans le Missouri qu'à Armageddon: je ne prendrais pas la peine de parier sur l'un ou sur l'autre. En attendant, nous sommes tout à fait en droit de demander à Mitt Romney quelles forces ont influencé sa formation politique et – vu qu'il descend d'une lignée de mormons et qu'il a été pendant une grosse partie de son adolescence et de sa vie d'adulte missionnaire, puis cadre laïc au sein de cette église –  vraisemblablement penser qu'une telle influence n'a pas été dérisoire. Sauf s'il arrive à mettre son sinistre plan à exécution et s'inspirer de son emmerdeur de prédécesseur, Michael Dukakis, pour faire de cette élection une question de «compétence et non d'idéologie», on devrait pouvoir lui demander de se justifier et de s'expliquer, en particulier sur son adhésion volontaire à l'une des communautés les plus prosélytes aujourd'hui à l'œuvre sur le sol américain.

Christopher Hitchens

Traduit par Peggy SastrePublié le 02/11/2011

Mis à jour le 02/11/2011 à 17h23
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