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25/08/2012

CONGO/KINSHASA : DEPECHES DE BRAZZAVILLE SUR LA GUERRE DE L'EST

RDCongo : le M23 accepterait une trêve
(OperationsPaix.net 25/08/2012) 


Le chef du commandement militaire de la rébellion du M23, le colonel Makenga Sultani, annonce aujourd’hui que son mouvement accepterait d’observer une trêve. 

Cette trêve aurait été obtenue par le président ougandais et président en fonction de la CIRGL, Yoweri Museveni, qui aurait demandé au groupe rebelle de cesser les affrontements avec les FARDC afin de faciliter le travail de la CIRGL sur la résolution de la situation dans l’est de la RDC.

« Le président ougandais, Yoweri Museveni, nous a demandé d’arrêter les hostilités pour que nous trouvions une issue politique négociée à la crise », explique le colonel Sultani. 

L’ONU a rendu public le 10 juillet un rapport accusant des pays tiers, dont le Rwanda et l’Ouganda, de soutenir le groupe rebelle du M23 au Nord-Kivu. (Source : Xinhua)


 

© Copyright OperationsPaix.net

RDC : l’armée accusée de recruter de force des mineurs
(Afrik.com 25/08/2012) 


L’armée a été accusée vendredi par le mouvement rebelle du M23 de forcer des mineurs à s’enrôler dans ses rangs.

De nos jours, les forces armées de RDC (FARDC) comptent environ 105 000 hommes. Une campagne de recrutement pour lutter contre la rébellion dans l’Est du pays a été lancée il y a deux semaines par l’armée régulière. L’objectif de cette campagne : accroître les effectifs de l’armée de 25 000 hommes supplémentaires, d’après des sources occidentales.

Accusant l’armée de ne pas tenir compte de l’âge des recrues, l’un des responsables du M23 dans la zone de Rutshuru au nord de Goma, le colonel Vianney Kazarama a déclaré à l’AFP qu’ « ils recrutent de force des jeunes pour l’armée, conscients que la loi interdit le recrutement de mineurs ». Des conditions qui pousseraient des milliers de personnes à fuir ce recrutement forcé, a-t-il précisé.

Des accusations communes

La Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monusco) avait exprimé sa "profonde inquiétude" face à la recrudescence du "recrutement forcé" dans l’Est du pays, de civils de tout type, mineurs, vieillards et même des enfants, par la rébellion du M23.

La Monusco avait affirmé dans un communiqué publié à Kinshasa que « plus de cent cas de recrutement forcé de civils par le M23, la plupart d’entre eux ayant 24 ans et moins, dont 26 enfants ont été documentés depuis le mois d’avril ». Une accusation démentie par le colonel Kazarama, mais précisant tout de même que « la porte est ouverte à tout le monde ».

Son mouvement, accusé d’être un mouvement tutsi, l’ethnie au pouvoir au Rwanda, « accueille tous ceux qui veulent y entrer », dit-il. L’ONU a accusé le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali a démenti. « Nous voulons un mouvement populaire, tout le monde est accueilli dans l’armée, la police ou la politique », a-t-il déclaré.

par Christie Juillet

 

© Copyright Afrik.com


Que se passe-t-il véritablement à l'est de la RDC ?
(Les depeches de Brazzaville 24/08/2012) 


Vus de Kinshasa et surtout de Brazzaville, il n'est pas certain que les enjeux des événements de l'est de la République démocratique du Congo apparaissent avec netteté. Le plus souvent, les observateurs intéressés se contentent de concepts devenus caractéristiques d'une région exsangue, souffrant aussi bien de sa pauvreté endémique que de sa richesse débordante en minerais, mais insuffisants à traduire la souffrance de millions de personnes lancées, haletantes, sur les routes. Au gré des lubies de rébellions dont on a du mal à saisir les véritables intentions, ce sont des foules en errance qui se lancent dans une course éperdue. Quel ressort particulier anime une rébellion comme le M23 aussi loin de Kinshasa et sans stratégie de pouvoir qui aille au-delà des collines des Kivu ? 

Ce journal a livré une première clé de lecture des événements avec la recension du livre de Nicaise Kibel'Bel Oka. Directeur éditeur du journal Les Coulisses qui paraît dans des conditions héroïques à Béni, il a commis un ouvrage, Les Marionnettes congolaises(Édition du Panthéon, dans lequel la thèse centrale est : les activistes et exaltés qui font le coup de feu à l'est de l'ex-Zaïre s'effondreraient si leurs mandants cessaient de les soutenir. Lorsque l'article parut dans Les Dépêches de Brazzaville du 9 juillet, il était plein de conditionnels et de circonlocutions incertaines, truffé de « serait », « pourrait », « semblerait ». C'est que la prudence était alors de mise et les accusations s'apparentaient à des soupçons balayés par des démentis aussi ponctuels que fermes. 

C'est que le rapport de l'ONU n'était pas encore paru. Jusque-là n'existait que celui de Human Rights Watch pourtant daté du 4 juillet, mais considéré par beaucoup de journalistes sans doute comme seulement un document de consultation. C'est le rapport de l'ONU qui est venu apporter en quelque sorte la caution de la chose vérifiée, et étayer la thèse défendue par Kibel'Bel Oka suivant laquelle les guerres de RDC sont des guerres par procuration. Les voisins du Congo sont, écrit-il aussi bien dans son journal que dans le livre, les véritables bénéficiaires de cette agitation sans fin. Le rapport de l'ONU, on le sait, accuse nommément le Rwanda et des personnalités rwandaises de premier plan d'être derrière les activités des milices anciennes et nouvelles qui éclosent et agissent à l'est du Congo. 


Sur le terrain, rien n'a bougé 

Y a-t-il quelque chose de changé depuis la parution du rapport ? Rien de substantiel. Certes les États-Unis, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont annoncé le gel de leur coopération avec Kigali sur la base de ce document accusateur. À supposer que des faits aient suivi l'annonce, cela n'est pas rien, bien entendu. Mais dans la réalité des faits, les milices continuent d'agir. La mission de l'ONU en RDC, la Monusco, a bien entrepris une opération « de stabilisation » à Goma, pour endiguer le basculement de tout le Nord-Kivu aux mains des rebelles, mais cette mesure apparaît plus comme un palliatif que comme le remède qui mettra un terme définitif au bourgeonnement continu des mouvements d'insurrection. 

Le journal de Kibel'Bel Oka est sans illusions sur la question. Tant que les commanditaires, le Rwanda, l'Ouganda et, dans une moindre mesure, le Burundi n'auront pas été désignés comme les commanditaires de cet activisme, les gestes de la communauté internationale s'apparenteront à de la gesticulation. Tant que les forces armées congolaises seront aussi fragiles devant la corruption et la sédition, rien n'y bâtira de mur protecteur. Dans la dernière édition de ce bimensuel imprimé - fait très piquant - en Ouganda, les confrères n'hésitent pas à soutenir que la paix ne viendra pas non plus de la signature d'accords avec les voisins. Car, à l'instar de l'incontournable Rwanda, ils sont « des partenaires-adversaires de la Rd Congo ». 

La thèse poursuivie par le journal pour expliquer « la problématique des populations flottantes rwandophones » aux frontières des quatre pays est nette : Rwandais nés en RDC ou venus là sous la poussée des affres du génocide de 1994 au Rwanda se rejoignent dans« une stratégie de l'éclatement » pour parvenir en RDC à la création d'un « État à eux, dans le Grand Nord, en pays nandé ». N'écrivirent-ils pas au secrétaire général des Nations unies, en juin 1981, pour réclamer un référendum d'autodétermination dans ce sens ? Et le président Bill Clinton ne s'avança-t-il pas avec légèreté dans cette voie pour plaider une partition de la RDC en faveur des populations, non pas rwandophones (nés au Congo, ils sont Congolais), mais rwandaises ? 

Certes, démonstration n'est pas raison, mais en attendant que la complexité de cette situation débouche sur le diagnostic correspondant à la vraie nature de la déstabilisation, puis à la recherche des solutions, les populations de l'est de la RDC continuent d'errer d'une partie à l'autre des frontières, manipulées par ceux des guérilleros ou de leurs commanditaires les plus habiles. C'est en tout cas ce que soutient Les Coulisses dans sa dernière édition du mois de juillet. Il y étale aussi le drame effroyablement insoluble des trop nombreuses « autres » victimes : ces dizaines de femmes violées et abandonnées par leurs maris et qui doivent vivre seules avec les enfants nés de ces violences. 

Lucien Mpama

Le journal Les Coulisses continue de paraître à Béni pour témoigner de l'indicible au milieu de drames sans fin.

 

 

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