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22/12/2012

L'AFRIQUE JEUNESSE DU MONDE LAISSEZ-MOI PLUTÔT EN RIRE TROISIEME PARTIE

Je présente ici les résultats de mes réflexions sur l'inculture et l'inertie de l'homme noir. Je soutiens comment grâce à sa capacité créatrice, productrice, et inventrice de l'histoire, la supériorité ontologique de l'homme blanc est-elle indiscutable sur l'homme noir. De telle sorte qu'il ne suffira pas seulement de crier au loup pour parvenir soit à égaliser les rapports de force soit à le dépasser. L'exemple chinois montre que l'homme blanc n'est ni Dieu, ni indétronable. Mais, il faut travailler avec tact, réfléchir toujours et toujours pour y arriver.

Antoine-Dover OSONGO-LUKADI

Directeur-Administrateur kilimandjero/blogs.dhnet.be

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3. La « désafricanisation » ontologique comme rempart contre le sous-sous-développement ?

Telle est, et sans aucune forme de procès, la thèse du philosophe camerounais M. Towa. En elle, il conseille aux Africains noirs de « se ressaisir et de partir à la conquête du monde en devenant plus Occidentaux que les Occidentaux {eux-mêmes }{s’ils le peuvent} ». Pour M. Towa qui persiste et signe, étant donné que « Le secret de l’Europe réside dans ce qui la différencie de nous », {l’homme noir} doit « se nier, mettre en question l’être même du soi, et s’européaniser fondamentalement … nier notre être intime pour devenir l’Autre … viser expressément à devenir comme l’Autre, semblable à l’Autre, et par là, incolonisable par l’Autre »[1]. Dans mon livre « Heidegger et l’Afrique. Réception et paradoxe d’un « dialogue » monologique »[2], je ne prodigue pas le même type de conseil, mais je dis aux Africains comment il n’y avait aucune de se mettre, eux aussi, à la quête de la ratio, de la pensée, mais sans jamais vendre ni leur âme, ni leur être-là, et ni encore moins leur agir communicationnel (cfr. Jürgen Habermas). Copier, ce qui est bon chez autrui pour s’améliorer, n’est pas aliénant, que du contraire. Car, on se fait en se défaisant continuellement et perpétuellement être.

Le plus instructif dans les thèses que nous venons d’entendre, il y a un instant, semble être la réaction de l’Occidental pure souche Serge Latouche contre les conseils aliénants voir enfantins de M. Towa. De fait, S. Latouche, n’a-t-il pas raison de dire que « Le sous-développement est en son essence ce regard, cette parole d’Occident, ce jugement sur l’Autre, décrété misérable avant de l’être, et le devenant parce que jugé ainsi irrévocablement. Le sous-développement est une nomination occidentale. »[3] ? Car, comment se « désafricaniser », se serait demandé S. Latouche, sans courir le risque d’être mangé cru ou assaisonné par celui à qui on veut ressembler ? Pour S. Latouche (et je marche avec lui) cette hypothèse est inconséquente voire totalement ridicule. Car, que fait-on, s’interroge S. Latouche » « …si l’Autre ne survit que par le sang de ses victimes … »[4] ? En vérité, poursuit-il, « La tentation est grande de se donner bonne conscience et de sécher les sanglots de l’homme blanc, en constatant qu’en effet le sous-développement n’est pas le résultat d’une spoliation ou d’une problématique échange inégal. L’Occidentalisation ramenée à son noyau dur, l’économisation, est possible et engendrerait bien la richesse qu’elle promet. Les nouveaux pays industriels montrent la voie de cette nouvelle richesse des nations. Le sous-développement n’est plus que le résultat contingent de la malchance, de la maladresse et de la perversité. La machine occidentale innocente et efficace s’offre en modèle permanent pour en sortir. »[5].

Mais, une fois encore, l’imaginer, une « désafricanisation » de l’Afrique essentielle, sans penser à l’inégalité des rapports de force entre les « désafricanisés » et les occidentaux auxquels ceux-là ont le devoir, selon M. Towa, de s’occidentaliser ? Comment pareille « désafricanisation » de l’Afrique se ferait-elle sans courir le risque d’y être confronté à un occidentalisme plus puissant que jamais, et plus exploiteur de l’homme par l’homme d’un jusqu’auboutisme totalitaire contre les intérêts des plus faibles, les « désafricanisés » par exemple qui rêvent de s’assimiler à l’occidentalisation mondiale, c’est-à-dire à l’impérialisme et l’hégémonisme des grandes puissances occidentales, dont les USA, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne en tête, sans se donner soi-même au sacrifice du Samouraï ? Le constat de Samir Amin est sans appel : « Dès les années 1980, alors que s’annonce l’effondrement du système soviétique, se dessine une option hégémoniste qui gagne l’ensemble de la classe dirigeante des Etats-Unis (ses establishments démocrates et républicains). Emportés par le vertige de leur puissance armée, désormais sans concurrent capable d’en tempérer les fantasmes, les Etats-Unis choisissent d’affirmer leur domination d’abord par le déploiement d’une stratégie strictement militaire de « contrôle de la planète ». Une première série d’interventions – Golfe, Yougoslavie, Asie Centrale, Palestine, Irak – inaugure dès 1990 la mise en œuvre de ce plan de « guerres made in USA », sans fin, planifiées et décidées unilatéralement par Washington »[6].

C’est pourquoi, poursuit-il, « La stratégie politique d’accompagnement du projet en prépare les prétextes, qu’il s’agisse du terrorisme, de la lutte contre le trafic des narcotiques ou de l’accusation de production d’armes de destruction massive. Prétextes évidents quand on connaît les complicités qui ont permis à la CIA de fabriquer un adversaire « terroriste » sur mesure (les Talibans, Ben Laden – la lumière sur le 11 septembre n’ayant jamais été faite …) ou de développer le Plan Colombie dirigé contre le Brésil. Quant aux accusations de production d’armes dangereuses, portées contre l’Irak, la Corée du Nord et de demain n’importe quel Etat, elles font pâle figure face à l’usage effectif de ces armes par les Etats-Unis (les bombes de Hiroshima et Nagasaki, l’emploi d’armes chimiques au Viet Nam, la menace avouée de l’utilisation d’armes nucléaires dans les conflits à venir …). Il ne s’agit donc là que de moyens qui relèvent de la propagande au sens que Goebbels donnait au terme, efficaces peut-être pour convaincre l’opinion niaise aux Etats-Unis mais de moins en moins crédibles ailleurs »[7].

Conséquence, « La guerre préventive » formulée désormais comme un « droit » que Washington se réserve d’invoquer, abolit d’emblée tout droit international. La Charte des Nations Unies interdit le recours à la guerre, sauf dans le cas de légitime défense ; et soumet sa propre intervention militaire éventuelle à des conditions sévères, la riposte devant être mesurée et provisoire. Tous les juristes savent que les guerres entreprises depuis 1990 sont parfaitement illégitimes et qu’en principe ceux qui en prirent la responsabilité sont des criminels de guerre. Les Nations Unies sont déjà traitées par les Etats-Unis, mais avec la complicité des autres, comme le fut naguère la SDN par les Etats fascistes. L’abolition du droit des peuples, déjà consommée, substitue au principe de leur égalité celui de la distinction entre un « Herrenvolk » (le peuple des Etats-Unis, accessoirement celui d’Israël) qui a le droit de conquérir « l’espace vital » qu’il juge nécessaire et les autres, dont l’existence même n’est tolérable que si elle ne constitue pas une « menace » pour le déploiement des projets de ceux appelés à être les « maîtres du monde »[8].

Quand on observe ce qui se passe aujourd’hui en Irak, en Afghanistan, en Palestine, au Congo/Kinshasa, en Libye, en Syrie, et dans plusieurs régions du monde,- malgré l’opposition et les réserves émises par la soi-disant communauté internationale, on ne peut s’empêcher de qualifier cet impérialisme et hégémonisme des pays occidentaux, et les Etats-Unis d’Amérique en tête comme une barbarie et une sauvagerie. Serge Latouche a d’ailleurs longtemps avant même les attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers montré comment « En réduisant la finalité de la vie au bonheur terrestre, en réduisant le bonheur au bien-être matériel et en réduisant le bien-être au PNB, l’économie universelle transforme la richesse plurielle de la vie en une lutte pour l’accaparement des produits standard. La réalité du jeu économique qui devait assurer la prospérité pour tous n’est rien d’autre que la guerre économique généralisée. Comme toute guerre, elle a ses vainqueurs et ses vaincus ; les gagnants bruyants et fastueux apparaissent auréolés de gloire et de lumière ; dans l’ombre, la foule des vaincus, les exclus, les naufragés du développement, représentent des masses toujours plus nombreuses. Les impasses politiques, les échecs économiques et les limites techniques du projet de la modernité se renforcent mutuellement et font tourner le rêve occidental en cauchemar »[9]. A telle enseigne que pour s’en sortir, « Seul un réenchâssement de l’économique et du technique dans le social, reconnaît S. Latouche, pourrait nous permettre d’échapper à ces sombres perspectives. Il faut décoloniser notre imaginaire pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur. »[10].

L’Occidentalisation du monde, mettait en garde, comme il l’explique lui-même, la montée d’un terrorisme disposant des moyens technologiques toujours plus sophistiqués, appelé à un bel avenir du fait de la croissance des inégalités Nord-Sud et de la montée des frustrations et du ressentiment. Désormais, l’occidentalisation est devenue la mondialisation et ses prévisions les plus sinistres se sont malheureusement réalisées[11]. Toutefois, observe-t-il, il se gardera bien cependant de dire un peu hâtivement, comme certains, que l’on a assisté en direct à l’écroulement de l’empire américain, voire à la chute de l’Occident. Tout au plus, S. Latouche y voit dans l’événement un témoignage de la fragilité de notre mégamachine techno-économique planétaire et de la haine engendrée par l’arrogance de sa société (Occident) et son mode de vie[12].

En attendant, peut-être d’autres dégâts les plus meurtriers, S. Latouche estime qu’on ne désamorcera pas la bombe qui menace de les faire sauter et on n’apaisera pas la soif de revanche des laissés-pour-compte, en se mettant la tête dans le sable comme l’autruche et en se gargarisant de belles paroles sur l’avènement prétendu d’une société multiethnique et multiculturelle planétaire. Sans doute vaut-il mieux, conclut-il, prendre la mesure de l’« exception occidentale » et affronter avec lucidité le péril de la mondialisation qui pourrait bien signifier la faillite de leur universalisme « tribal » et envisager sérieusement son remplacement par un « pluriversalisme » authentique. »[13]

Dans le même sens Edgar Morin montre comment L’Europe a été le foyer d’une domination barbare sur le monde durant cinq siècles, comment elle a été en même temps le foyer des idées émancipatrices qui ont sapé cette domination, comment l faut comprendre la relation complexe, antagoniste et complémentaire, entre culture et barbarie, pour savoir mieux résister à la barbarie, comment les tragiques expériences du XXe siècle doivent aboutir à une nouvelle conscience humaniste. {Parce que}Ce qui est important, ce n’est pas la repentance, c’est la reconnaissance. Cette reconnaissance doit concerner toutes les victimes : Juifs, Noirs, Tziganes (…), Arméniens, colonisés d’Algérie ou de Madagascar. Elle est nécessaire si l’on veut surmonter la barbarie européenne. Il faut être capable de penser la barbarie européenne pour la dépasser, car le pire est toujours possible. Au milieu du désert menaçant de la barbarie, nous sommes pour le moment sous la protection relative d’une oasis. Mais nous savons aussi que nous sommes dans des conditions historico-politico-sociales qui rendent le pire envisageable, particulièrement lors des périodes paroxystiques. La barbarie nous menace, y compris derrière les stratégies qui sont censées s’y opposer. »[14].

Pour E. Morin, le meilleur exemple (pour pouvoir justifier encore cette barbarie européenne) c’est Hiroshima. Et, il est court voire insuffisant de ne se limiter qu’à Auschwitz et au Goulad. Cela si tant il est vrai que « L’idée qui conduit à cette nouvelle barbarie est l’apparente logique qui met sur la balance les deux cent mille morts dus à la bombe, et les deux millions, dont cinq cent milles GI, qu’aurait coûté la prolongation de la guerre par des moyens classiques – si l’on procède du moins à partir d’une extrapolation des pertes subies pour la seule prise d’Okinawa. Il faut dire d’abord que ces chiffres ont été volontairement grossis, mais surtout il ne faut pas craindre de mettre en avant un facteur décisif qui a joué dans décision de recourir à la bombe atomique. Dans la conscience du président Truman et de nombreux Américains, les Japonais n’étaient que des rats, des sous-hommes, des êtres inférieurs. Par ailleurs, nous avons là un fait de guerre qui contient un ingrédient de barbarie supplémentaire : les progrès extraordinaires de la science mis au service d’un projet d’élimination technoscientifique d’une partie de l’humanité. Je le répète, le pire est toujours possible »[15].

Voilà pourquoi, « en ce qui concerne l’Europe, poursuit-il, ce qu’il nous faut à tout prix éviter, c’est la bonne conscience, qui est toujours une fausse conscience. Le travail de mémoire doit laisser refluer vers nous la hantise des barbaries : asservissement, traite des Noirs, colonisations, racismes, totalitarismes nazi et soviétique. Cette hantise, en s’intégrant à l’idée de l’Europe, fait que nous intégrons la barbarie à la conscience européenne. C’est une condition indispensable si nous voulons surmonter les nouveaux dangers de barbarie. Mais comme la mauvaise conscience est aussi une fausse conscience, ce qu’il nous faut c’est une double conscience. A la conscience de la barbarie doit s’intégrer la conscience que l’Europe produit, par l’humanisme, l’universalisme, la montée progressive d’une conscience planétaire, les antidotes à sa propre barbarie. C’est l’autre condition pour surmonter les risques toujours présents de nouvelles, de pires barbaries »[16].

5. L’Occident un espace créateur-producteur-inventeur incontestable et incontesté malgré tout ?

Mais, malgré cette « barbarie » dont on peut lui reprocher, il me semble tout de même, et ce n’était pas que mon seul avis, que l’Occident reste aujourd’hui un modèle social d’intégration, de libération, d’humanisation. Même si on lui reproche très souvent cette tactique aussi vieille que l’avar de Molière, de reprendre ce qu’il donne de la main droite de la main gauche. Mais globalement, je dis, sa volonté d’humanisation et d’universalisation ne saurait jamais être remise en cause. Regarder dans quelle vitesse, grâce à la transnumérisation du monde, nous communiquons, nous faisons, nous voyons. Au point de me demander ce qu’il aurait été du monde, de l’humanité, de l’homme, sans ce GPS-humain qu’est l’Occident ? C’est pourquoi, on ne peut y percevoir que du négatif dans tout ce qu’il entreprend, parce qu’il y a aussi du positif. A telle enseigne que, selon ma petite expérience vécue, celui-ci a les qualités de ses défauts ?

C’est à cette aune-là que, selon mon humble opinion, les premiers responsables de la crise africaine, et congolaise en particulier sont les afro-noirs eux-mêmes. La lassitude afro-nègre est connue. L’homme noir n’a d’attrait que pour des choses distrayantes, et non vraiment de se mettre au travail. Mais attention ! car l’homme ne s’avoue jamais vaincu. En effet, à chaque fois qu’il était pris au dépourvu pour telle raison ou telle autre, il fait recours aux concepts métempiriques voire métaphysiques pour se dédouaner au détriment des ex-colonisateurs qui l’exploitent, lui volent sa richesse économique, minière, forestière. Mais, dans l’entre-temps il ne fait jamais rien pour y mettre un terme soit par la négociation (encore doit-il être crédible, car négocier, c’est toujours y avoir quelque chose à offrir en retour, si ce n’est pas le cas, l’adversaire avale tout, exactement comme l’automate bancaire le fait avec une carte dépourvue du numéraire), soit par la lutte armée, parce que c’est le seul langage qu’entend un occidental (mais encore faut-il que l’homme noir ait la capacité technologique, numérique, économique, militaire pour ?). De telle sorte, hélas, de tous les continents anciennement colonisés par l’Occident, dont plusieurs pays sont aujourd’hui sur la short liste des pays dits émergents, selon la rhétorique du moment, seul le continent afro-noir continue encore et toujours à se dissimuler derrière ces arguments faux-fuyants, et prétextes métaphysiques pour justifier, pour prétexter sa capacité à recoller à ces pays-là, dont le meilleur exemple est aujourd’hui la Chine, le Brésil, le Venezuela, l’Inde, le Pakistan, etc. Lesquels pays se font respectés en ce moment en Occident et/ou par les Occidentaux. Parce qu’ils ont réussi à remplacer les prétextes, les faux-fuyants coloniaux par le discours créateur, producteur et inventeur.

Pendant ce temps-là, et à défaut de figurer dans les peuples créateurs, producteurs, inventeurs, ingénieux, les afros-noirs, et les Congolais de Kinshasa et de Brazzaville se sont remarqués par la SAPE = Société des Ambianceurs pour les Personnes Elégante dont l’artiste-musicien congolais de Kinshasa Papa wemba en est le créateur et l’inspirateur. Ainsi, pendant que le « pauvre » français, belge, anglais, allemand crame au travail, les afro-noirs, eux, sont en train de se la couler douce, sans étudier ni travailler, dans le dos des contribuables occidentaux. Kantien, j’eus l’occasion d’identifier l’afro-noir à un être « phénoménal », et l’occidental à un être « nouménal ». Si, les Occidentaux sont des êtres « nouménaux », c’est parce qu’ils étaient susceptibles de survoler les épiphanies quotidiennes pour y aller cueillir des essences au-delà de des expériences ; cette capacité nouménale qu’ils ont leur donne incontestablement la supériorité qui est la leur au plan créateur, producteur et inventeur. Quant aux afro-noirs, s’ils sont des phénoménaux, parce qu’ils n’étaient capables que de manger, de boire, et puis chier et pisser. C’est tout.

En m’exprimant de la sorte, beaucoup me reprocheront d’oublier la présence d’une « métaculture » originaire dans l’Occidentalité occidentale. Qu’est-ce à dire ? « Qu’une réponse souvent donnée, indique S. Latouche, est qu’intéressée aux autres cultures et qui, se mettant elle-même en question, a de ce fait une vocation universelle. En d’autres termes, elle contiendrait une « métaculture » lui permettant de se représenter elle-même, de se mettre à distance, de s’autoréfléchir. De là viendrait sa supériorité. Si cette réponse séduit au premier abord, elle est problématique et incomplète. »[17]. Pourquoi ? Parce que, pour S. Latouche, « Si la distance critique était la source de la supériorité d’une culture, cela serait auto-contradictoire. L’Occident ne serait supérieur qu’en tant, et pour autant, qu’il douterait de sa supériorité … En outre, cette « qualité » ne suffit pas à définir complètement la spécificité occidentale, car, en y réfléchissant, on peut dire que toute culture contient une métaculture qui lui permet de se mettre en scène. Si les « petites cultures » locales semblent peu ouvertes et n’exercent pas d’effets de séduction sur les autres, il n’en est pas de même des « grandes civilisations » concurrentes de l’Occident : l’Inde, la Chine, l’Islam. Celles-ci participent d’ailleurs aussi de la civilisation définie antérieurement comme anti-culture. Elles ont aussi engendré des villes importantes, et cultivé des mœurs « policées. »[18]. D’accord S. Latouche, mais où sont-elles ces « mœurs policées » de souche africaine, et pourquoi traînent-elles encore et toujours à mettre en valeur les capacités créatrices, productrices, inventrices de l’homme noir ? En attendant une réponse crédible, pas en parole, mais en acte, car il y en a marre de parler des valeurs et des égalités culturelles, en lieu et place des concernés.

On remarquera, cependant, avec moi, que même S. Latouche ne mentionne nullement la Négritude parmi les cultures concurrentes à l’Occident ! Mais uniquement des cultures indienne, chinoise et islamique qui, elles, sont signalées. Personnellement, je n’y suis ni surpris, ni étonné, car dans sa conception post-identification, la négritude n’en a plus été qu’une idéologie du sous-développement, mieux, un souffre-douleur, un cache-misère. Parce qu’elle ne parvint jamais à comprendre, plutôt à faire comprendre par le monde et les afro-noirs, la tradition et la culture africaines d’une façon créatrice, productrice, et introductrice de l’invention dans l’Histoire[19]. Cependant, comme l’écrivait E. Morin, « Rien n’est irréversible, et les conditions démocratiques humanistes doivent se régénérer en permanence, sinon elles dégénèrent. La démocratie a besoin de se récréer en permanence. Penser la barbarie, c’est contribuer à régénérer l’humanisme. C’est donc lui résister. »[20].

III

Pour clôturer et non vraiment conclure

Nous vivons un monde des valeurs. Et, les valeurs ne sont pas toujours ni ce qu’elles sont, ni ce qu’elles auraient dû ou devraient être. Les valeurs sont des valeurs. La puissance en est une. La faiblesse non. Car, la loi du plus fort est toujours la meilleure. C’est ainsi que dans « Les sociétés traditionnelles, note S. Latouche, qui sont allergiques aux valeurs des Blancs sont purement et simplement éliminées par extermination ou dépérissement « naturel ». Le bon Indien a effectivement été un Indien mort, alors qu’un Noir mort perdait toute valeur »[21]. O. Spengler déclare que : « De par sa naissance, l’individu reçoit sa nature et un cercle de tâches possibles, à l’intérieur duquel le libre arbitre existe légitimement. Ce que peut ou veut sa nature, ce que lui permet ou lui interdit sa naissance, c’est cela qui trace, pour tout homme, un cercle de bonheur ou de détresse, de grandeur ou de lâcheté, de tragique ou de grotesque, qui seul donne un contenu à sa vie et, entre autres choses, tranche la question de savoir si elle a, en rapport avec l’ensemble de la vie, et par conséquent pour quelqu’aspect de l’histoire, une signification, ou si elle n’en a pas. »[22]

L’histoire donne-t-elle, cependant, de sagesse ? Pour Hegel, et il a raison, car ce qu’il dit dans la suite s’y applique parfaitement bien sur l’afro-congolais : « On ne peut tirer de l’histoire aucune raison » : « On recommande aux rois, écrivait-il, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, forme une situation si particulière, que c’est seulement en fonction de cette situation unique qu’il doit se décider : les grands caractères sont précisément ceux qui, chaque fois, ont trouvé la solution appropriée. Dans le tumulte des événements du monde, une maxime générale est d’aussi peu de secours que le souvenir des situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car un pâle souvenir est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent ; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité. (L’élément qui façonne l’histoire est d’une tout autre nature que les réflexions tirées de l’histoire). Nul cas ne ressemble exactement à un autre. Leur ressemblance fortuite n’autorise pas à croire que ce qui a été bien dans un cas pourrait l’être également dans un autre. Chaque peuple a sa propre situation, et pour savoir ce qui, à chaque fois, est juste, nul besoin de commencer par s’adresser à l’histoire. »[23].

Voilà, cela me laisse à penser au colonialisme du Congo-Léopoldville de l’époque. Il y avait, alors, un Etat colonial. Tout marchait alors très bien. Il y avait, certes, le fouet, mais l’ordre, la sécurité, la bonne gouvernance, la justice, la démocratie (coloniale) y régnaient de plus belle. Au point, donc, de penser que l’indépendance était une erreur, voire une faute absolue et insurmontable. Pourtant, « Le destin, renchérit O. Spengler, c’est déjà : où, quand, sous quelle forme on vient au monde, en quelle année, dans quel peuple, dans laquelle de ses couches ; mais aussi, avec quel corps et quelle âme : malade, traînant une lourde hérédité, infirme, avec quelles dispositions innées. Les tragédies des individus résultent de la contradiction entre ces destins internes et les destins extérieurs. C’est la manière dont chacun en vient à bout qui marque son rang : fièrement, lâchement, de manière vile, avec grandeur, à soi-même sa propre loi, ou sans loi. »[24]. De telle sorte que « C’est la souffrance seule qui révèle le rang d’un être humain : sous les coups du destin, dans la détresse, sur les ruines de ses plans et de ses espoirs ». Car, « Le caractère d’un peuple est la résultante de ses destins. Ce n’est ni le pays, ni le climat, ni le ciel et la mer, ni non plus la race et le sang qui, en dernière analyse, le font naître. Tout cela n’est que la matière que les coups de la réalité historique forgent en forme. Dans l’histoire, ce sont les souffrances, plus que les réussites, qui modèlent le caractère. »[25].

La vérité est qu’après quatre décennies du gâchis mobutiste, pour parler du Congo/Kinshasa, Joseph Kabila Kabange l’actuel locataire du Palais de la Nation fournit des efforts surhumains pour réconcilier son pays et son peuple avec la modernité et la civilisation. Il est vrai que dans un pays cinq fois la France, et quatre-vingt fois la Belgique (ancienne puissance colonisatrice), cinq ans du kabilisme c’est trop court pour convaincre tous le monde. Mais, au moins, la volonté de très bien faire qui a fait défaut au Maréchal Mobutu est là chez le jeune président congolais. Ainsi, au Zaïre de Mobutu le seul vrai destin qui en vaut valeur d’exemple pour ses habitants était la soumission monnayée[26], et l’exploitation de l’homme par l’homme. Parce que dans ce pays-là, « Il est des hommes indignes d’une grande souffrance »[27]. C’est-à-dire des hommes engagés au consumérisme, et n’ayant aucun destin de nul destin ! Et, pourtant, « On n’échappe pas au destin en fermant les yeux, en le niant, en luttant contre lui, en le fuyant. Ce ne sont là que d’autres manières de l’accomplir. Ducunt volentem fata, nolentem trahunt. »[28].

Après tout l’espoir, sans espoir, ne fait-il pas vivre ?

 

Fait à Louvain-La-Neuve, le 07/09/2009



[1]              TOWA M. cité par LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 93).

[2] Cf.OSONGO-LUKADI A-D, Paris, L’Harmattan, 2001.

[3]              LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p.92).

[4]              LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 93).

[5]              LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 93).

[6]              AMIN Samir, « L’ambition démesurée et criminelle des Etats-Unis. Le contrôle militaire de la planète, (publié le 17 février 2003), in Alternatives. Ca (06/05/2005), pp. 1.

[7]              AMIN Samir, « L’ambition démesurée et criminelle des Etas-Unis, pp. 1-2.

[8]              AMIN Samir, « L'ambition démesurée et criminelle des Etats-Unis, pp. 2-3.

[9]              LATOUCHE S., (cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 8)

[10]             LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 8)

[11]             LATOUCHE S. (Cf. Note infrapaginale, in L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989, 1992, 2005, p. 9).

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