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02/01/2013

LU POUR VOUS DANS LE CARNET DE COLETTE BRAECKMAN LE SOIR

Morceaux choisi :

"C’est un vieux diplomate, familier des débats au Conseil de Sécurité, qui l’affirme : « chaque fois qu’il s’agît de rédiger une résolution concernant la guerre à l’Est du Congo, dénonçant les appuis extérieurs apportés aux rebelles du M23, la même scène se reproduit : le représentant français au Conseil de Sécurité tient la plume et la représentante américaine, Susan Rice, intervient avec force pour adoucir le texte, évitant que le Rwanda soit explicitement nommé et mis en cause. »


Obama appelle Kagame pour le mettre en garde

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« Ca va aller…Même les plus pessimistes osent à nouveau respirer, Goma ne sera probablement pas attaquée… »
L’appel téléphonique du président Obama au chef de l’Etat rwandais Paul Kagame a rasséréné Goma, où la population redoutait un mouvement des forces rwandaises, sous prétexte d’une attaque imminente des miliciens hutus FDLR. De nouveaux combats auraient rendu difficile sinon impossible le déploiement de la « force neutre » composée de pays d’Afrique australe (Tanzanie, Zimbabwe, Afrique du Sud sinon Angola). Ce détachement de 800 hommes, sitôt qu’il sera à pied d’œuvre, aura pour mission de désarmer les « forces négatives » c’est à dire les miliciens hutus mais aussi les militaires mutins du M23 et il se chargera de surveiller la frontière entre le Congo et le Rwanda.
Sous l’influence de Susan Rice qui représentait son pays aux Nations unies et qui vient de renoncer à prendre la succession d’Hillary Clinton au département d’Etat, la diplomatie américaine s’était jusqu’à présent montrée très circonspecte, refusant d’évoquer explicitement la responsabilité rwandaise dans la déstabilisation de l’Est du Congo. L’appel du président Obama vient de briser cette omerta : selon un communiqué de la Maison Blanche, le chef de l’Etat a mis en garde son homologue rwandais contre « tout soutien au groupe rebelle M23, incompatible avec le désir de paix et de stabilité du Rwanda ». Les deux hommes ont aussi discuté des problèmes de gouvernance en République démocratique du Congo au Congo et le président Obama, prenant sans doute Paul Kagame au mot, a salué son engagement « à promouvoir la recherche d’une solution pacifique dans l’Est de la RDC. » et il a lancé un appel en faveur d’un accord politique, adressant le même message à Joseph Kabila.
Entre les lignes et au delà des formules de politesse, le message d’Obama représente un tournant dans la politique américaine, puisque Kigali se voit directement interpellé, sinon mis en garde, à quelques heures peut-être de nouveaux bouleversements dramatiques qui avaient déjà plongé Goma en état de psychose.
Didier Reynders, en voyage au Koweit, ne s’y est pas trompé : il a qualifié d’ « important » l’engagement du président Obama dans le dossier, rappelant que toute solution passe aussi par la restauration de l’Etat de droit en RDC et par la « transparence » de la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda.
A Kampala aussi, les négociateurs ont compris que la donne avait changé : alors que, les jours précédents, les porte parole du M23 avaient haussé leur niveau d’exigence, allant jusqu’à revendiquer l’administration de la ville de Goma et mettre en cause le président Kabila, ils ont choisi mercredi de suspendre les pourparlers avec la délégation gouvernementale. De leur côté, les représentants de Kinshasa s’étaient plaints du climat de peur et d’insécurité régnant à Goma, l’attribuant à des actions de propagande menées par les rebelles. Ils avaient aussi rappelé le dernier incident en date : après avoir volé un million de dollars dans un fourgon de la banque BIAC, des inconnus ont traversé avec leur butin la frontière rwandaise avec leur butin, laissant derrière eux un blessé et des armes.

Source : Colette Braeckman Le Soir 18/12/12

Psychose et compte à rebours à Goma

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Alors qu’à Kampala, les négociateurs (gouvernement congolais et représentants du M23) ont décidé de prolonger leurs discussions jusqu’au 31 décembre mais qu’en réalité ils n’ont guère avancé, la ville de Goma connaît une véritable psychose. Tous les civils qui le peuvent vont s’installer dans des hôtels ou des appartements de la ville rwandaise jumelle de Gisenyi, ou, en beaucoup plus grand nombre, prennent d’assaut les vedettes se dirigeant vers Bukavu ou même la grande île d’Idjwi qui est réputée plus calme malgré la situation de quasi famine qui y règne à cause de la perturbation des approvisionnements.
Ces départs sont provoqués par des faits objectifs, mais aussi par des rumeurs et des incertitudes. Les faits objectifs ne manquent pas : au lieu de se replier à 20 km de la ville, comme convenu à Kampala, les rebelles du M23 se trouvent dans les faubourgs même de Goma, à Kibati, Murambi, Ruwindi. La société civile du Nord Kivu rapporte que le colonel M23 Baudouin Ngaruye commande des troupes qui se trouvent à Mudja, que les colonels Douglas et Kamanzi se trouveraient sur l’axe Munigi-aéroport tandis que Murambi, Joli Bois et le quartier Bujovu seraient infiltrés également. Ce non respect des accords a suscité la réunion en urgence à Kampala des chefs d’état major de trois pays, Rwanda, Ouganda et Congo.
En outre, l’insécurité règne dans la ville où l’on relate plusieurs braquages, dont des banques, des attaques à main armée ainsi que des assassinats, visant des civils mais aussi des policiers : le major de police Bertin Chirumana qui avait accompagné le premier déploiement de policiers après le départ des rebelles a été retrouvé criblé de balles, sa jeep calcinée. Selon le gouverneur de la ville, Julien Paluku, le suspect serait un ex-militaire ayant des liens avec le M23. Plusieurs habitants de Goma nous ont déclaré avoir reçu des appels téléphoniques anonymes leur conseillant de quitter les lieux avant une nouvelle attaque, et selon eux, le M23 entend ainsi signifier qu’il garde la capacité de reprendre Goma à tout moment. Un véhicule de la banque BIAC a également été attaqué et les dirigeants de certains établissements bancaires envisagent de quitter provisoirement Goma pour Gisenyi.
Quant aux rumeurs, elles se croisent elles aussi et il est bien difficile de les recouper. Les plus insistantes font état d’une mobilisation de l’armée rwandaise qui aurait concentré d’importants équipements militaires (artillerie, chars de combat) à Gisenyi et Ruhengeri, le long de la frontière congolaise ainsi qu’en face de Bukavu.
Si les troupes rwandaises se trouvent en état d’alerte, c’est parce qu’elles redouteraient une attaque imminente, qui pourrait être menée en territoire rwandais par les miliciens hutus FDLR. Ces derniers, profitant des troubles récents, se seraient à nouveau concentrés au Nord Kivu. Kigali assure qu’ils combattent aux côtés des forces gouvernementales, ce que dément l’état major congolais. Si elle devait se produire, une attaque des miliciens hutus serait évidemment présentée comme une justification du retour des troupes rwandaises en territoire congolais.
Cette exacerbation des tensions militaires et de la guerre psychologique s’explique aussi par une échéance bien réelle : il se confirme que la « force neutre », composée de plusieurs centaines de militaires tanzaniens disposant d’une logistique fournie par l’Afrique du Sud pourrait se déployer assez rapidement à Goma. Sa mission, qui lui a été fixée par la conférence des chefs d’Etats de la région lors du sommet de Kampala, serait, au minimum, de surveiller la frontière entre le Rwanda et le Congo afin d’empêcher toute infiltration et elle pourrait aussi tenter de paralyser le M23 décrit par les Nations unies comme une « force négative » -mais avec lequel des représentants de Kinshasa acceptent cependant de négocier à Kampala. Lors de leur dernière rencontre en Ouganda, les dirigeants des pays d’Afrique australe, soutenant officiellement le principe de la souveraineté du Congo sur l’ensemble de son territoire et de l’intangibilité de ses frontières, ont réaffirmé leur appui à Kinshasa et accéléré les préparatifs militaires. Des appareils sud africains chargés de matériel logistique ont déjà atterri à Goma. Officiellement, les représentants du Rwanda ont accepté le principe du déploiement d’une force neutre, mais on peut imaginer que la possible neutralisation du M23 ne fasse pas l’unanimité…
La psychose militaire a encore été accentuée par le discours solennel prononcé samedi dernier par le président Kabila devant l’Assemblée nationale et le Sénat dans lequel il a affirmé que « priorité serait donnée à la défense de la nation » et à la création « d’une armée dissuasive, nationale, apolitique et professionnelle » Pour la première fois, sortant d’une réserve qui lui a souvent été reprochée dans le passé, le chef de l’Etat a clairement dénoncé la « guerre d’agression » menée par le Rwanda allié aux insurgés du M23.
A Goma, le compte à rebours a désormais commencé…

Source : Colette Braeckman le 13/12/12

Congo: Susan Rice dans le collimateur

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C’est un vieux diplomate, familier des débats au Conseil de Sécurité, qui l’affirme : « chaque fois qu’il s’agît de rédiger une résolution concernant la guerre à l’Est du Congo, dénonçant les appuis extérieurs apportés aux rebelles du M23, la même scène se reproduit : le représentant français au Conseil de Sécurité tient la plume et la représentante américaine, Susan Rice, intervient avec force pour adoucir le texte, évitant que le Rwanda soit explicitement nommé et mis en cause. »
Ce constat, partagé par des ONG influentes à Washington comme Human Rights Watch, risque de coûter cher à Susan Rice dont le nom est souvent cité pour succéder à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Mme Rice, une diplomate noire américaine, peut certes compter sur le soutien personnel du président Obama, un ami de longue date, et sur une solide expérience des relations internationales. En effet, alors que, de 1992 à 1997 elle travaillait au Conseil national de sécurité, elle fit ses classes sous la houlette de Madeleine Albright, chef de la diplomatie américaine sous la présidence de Bil Clinton. C’est de là, assurent ses détracteurs, que lui vient son « biais pro-rwandais » qui l’a amené, ses derniers temps à prendre des positions de plus en plus controversées : elle a tenté de bloquer et a réussi à retarder la publication du premier rapport des experts de l’ONU décrivant, avec force détails, le soutien apporté par le Rwanda au rebelles congolais, elle a jusqu’à présent réussi à éviter que Kigali soit explicitement cité et blâmé par le Conseil de Sécurité, le communiqué du 20 novembre dernier se contentant d’exprimer sans autre précision « le profond souci qu’inspirent les appuis extérieurs apporté au mouvement ». D’après ses détracteurs, Mme Rice tenterait aussi de protéger des critiques le président Kagame lui-même, préservant ainsi l’ image du chef de l’Etat aux Etats-Unis.
Un article publié le 10 décembre par le New York Times va plus loin encore : la journaliste Hélène Cooper assure que Mme Rice, alors qu’elle travaillait pour la firme d’intelligence stratégique « Intelligency » en compagnie d’autres ex-membres du cabinet Clinton dont Anthony Lake, membre du Conseil national de sécurité et un ancien directeur de la CIA, aurait eu le président rwandais comme « client ». D’où le soupçon de conflit d’intérêt…
Cette polémique doit évidemment être interprétée dans le contexte politique actuel à Washington, où le président Obama, entamant son deuxième mandat, se prépare à changer quelques pièces maîtresses de son administration et, en particulier, à remplacer Hillary Clinton et Johnny Carson, secrétaire d’Etat adjoint. Ce dernier, comme Susan Rice, a toujours affirmé qu’il soutenait le principe de la « diplomatie tranquille » et que le Rwanda, étant considéré comme une « partie de la solution » dans la région, ne devait pas être attaqué de front.
Aux critiques sur sa politique rwandaise s’ajoute le fait que le caractère abrupt de Susan Rice ne lui vaut pas que des amis. Ses collègues lui reprochent aussi sa mauvaise appréciation de l’attentat de Benghazi en Libye, le 11 septembre dernier, qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain Chistopher Stevens. Mme Rice, dans un premier temps, avait refusé d’y voir la main d’ Al Qaida.
Initialement considérée comme un atout, la longue implication de Susan Rice dans la politique africaine pourrait se retourner contre elle. En effet, en 1994, Madeleine Albright, à la tête du département d’Etat, ordonna aux diplomates américains de s’abstenir d’utiliser le terme « génocide » à propos du Rwanda, afin d’éviter aux Etats-Unis toute obligation d’intervenir pour stopper les massacres. Par la suite, Bill Clinton devait se rendre à Kigali et demander publiquement pardon pour cette abstention tandis que le Département d’Etat tout entier, y compris Mme Rice, développait à la fois un sentiment persistant de culpabilité et une grande estime personnelle à l’égard du président Kagame . Ce dernier, lors des deux guerres du Congo, fut même présenté comme le chef de file des « nouveaux leaders africains » et il fut assuré de l’appui du Département d’Etat et du Pentagone. Une perception qui est aujourd’hui sérieusement ébranlée.

Source : Colette Braeckman 11/12/12

Kampala: comment parler … du non dit?

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De quoi sera-t-il question à Kampala, lors des discussions entre les représentants congolais et ceux du M23 ? On peut déjà prévoir de beaux débats en perspective, car les revendications qui seront officiellement présentées soit ne valaient pas une guerre (plonge-t-on toute une région dans un coma de violence pour une obscure question de solde ou de grade ?) soit ne relèvent pas de la compétence d’un mouvement militaire rebelle, même s’il s’est doté d’une aile politique. Car si cela devait être le cas, le précédent serait dangereux pour plusieurs dirigeants de la région: si les représentants de Kinshasa doivent être amenés à discuter d’enjeux politiques avec les porte parole d’un groupe qui a été qualifié de « force négative » et compte dans ses rangs de nombreux criminels de guerre, pourquoi à l’avenir le Rwanda ne serait-t-il pas lui aussi contraint d’ouvrir un « dialogue interrwandais » avec ses propres « forces négatives », les porte parole politiques des FDLR, qui viennent encore de démontrer, lors de récentes attaques, leur capacité de nuisance ? Et le président Museveni ne pourrait-il pas être contraint de discuter gouvernance et lutte contre la corruption avec ses propres rebelles, les ADF Nalu ou même l’atroce Joseph Kony ?
En réalité, le dialogue de Kampala s’annonce difficile parce que ce qui pourra être négocié sera sans importance ou sans objet et que le « non dit », par définition, ne pourra être exprimé ouvertement. Comment discuter de l’indicible, comment débattre du dessous des cartes : l’amnistie des crimes de guerre, la mise à disposition des ressources économiques, le retour des réfugiés parmi lesquels nombre de personnes non identifiées, le maintien d’une sorte d’administration parallèle, d’une « armée dans l’armée », non sujette aux lois de la république, la création, au Nord Kivu et peut-être au Sud, d’une zone de souveraineté partagée, au mépris de toutes les règles internationales, les va et vient des FDLR dont le nombre gonfle ou diminue au fil des relations entre Kigali et Kinshasa ?

Par ailleurs, ce n’est pas parce que le M23 a quitté Goma que la situation s’est améliorée pour les habitants de la région. Selon des informations qui nous sont parvenues du terrain, les M23 sont toujours présents dans les environs de Goma, et jusque dans les banlieues de la ville, dotés de cartes d’électeurs qui leur tiennent lieu de cartes d’identité. En outre l’insécurité et la peur règnent sur toute la bande frontalière, depuis le Nord Kivu jusque Fizi, y compris Walungu, Kabare, Shabunda, Kalehe, Walikale, Masisi et dans la presqu’île de Bulenga, en face de Goma, la présence militaire effraie tout autant : chaque propriétaire de champ doit payer une chèvre et 12 bouteilles de bière Primus comme taxe de sécurité. Si les forces gouvernementales ne sont pas régulièrement payées, chacun redoute le retour des tracasseries…C’est ce qui s’appelle tomber de Charybde et Scylla…

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