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06/02/2013

CONGO/KINSHASA : FOREST L'IMPERIALISTE BELGE PEUT-IL VRAIMENT SE COMPORTER AU CONGO COMME DANS UN PAYS CONQUIS ?

Colette Braeckman croit y répondre par l'affirmative, selon lui.

Morceau choisi :

"Le 24 novembre 2009, l’autorité provinciale décidait d’expulser de force des centaines de creuseurs qui exploitaient la mine de Lwiswishi au Katanga et réquisitionnait pour ce faire les engins de la Compagnie minière du Nord Katanga. A l’époque, l’entreprise générale Malta Forrest, filiale du groupe belge George Forrest International détenait 60% de la joint-venture CMSK, des parts qui, en septembre 2012 furent revendues à la Gecamines.
Au cours de cette opération de « nettoyage » les creuseurs, qui écrémaient les couches superficielles du gisement ne furent pas seulement chassés du site, mais dans le village de Kawama, plus de 500 maisons furent détruites par les bulldozers. Cette affaire, à l’époque, émut la Fédération internationale des droits de l’homme et l’organisation britannique Raid, (Rights and Accoutability in dévelopment) connue pour avoir souvent épinglé le groupe Forrest. Patricia Feeney, directrice de RAID, a cependant reconnu qu’après les destructions, GFI avait accordé 300 dollar à chaque creuseur évincé, mais avait par contre refusé d’indemniser les villageois qui ont perdu leur logement et tous leurs biens.
Dans les mois précédent les destructions, le climat social avait été assombri par le comportement des agents de sécurité de la mine et de la police, qui, s’en prenant aux creuseurs, avaient blessé et tué un certain nombre de personnes. Le 9 novembre un homme avait été grièvement blessé à son domicile, touché par une balle perdue."


4 février 2013

Maisons détruites au Katanga: les Belges donnent raison à Forrest, les ONG s’indignent s

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Le 24 novembre 2009, l’autorité provinciale décidait d’expulser de force des centaines de creuseurs qui exploitaient la mine de Lwiswishi au Katanga et réquisitionnait pour ce faire les engins de la Compagnie minière du Nord Katanga. A l’époque, l’entreprise générale Malta Forrest, filiale du groupe belge George Forrest International détenait 60% de la joint-venture CMSK, des parts qui, en septembre 2012 furent revendues à la Gecamines.
Au cours de cette opération de « nettoyage » les creuseurs, qui écrémaient les couches superficielles du gisement ne furent pas seulement chassés du site, mais dans le village de Kawama, plus de 500 maisons furent détruites par les bulldozers. Cette affaire, à l’époque, émut la Fédération internationale des droits de l’homme et l’organisation britannique Raid, (Rights and Accoutability in dévelopment) connue pour avoir souvent épinglé le groupe Forrest. Patricia Feeney, directrice de RAID, a cependant reconnu qu’après les destructions, GFI avait accordé 300 dollar à chaque creuseur évincé, mais avait par contre refusé d’indemniser les villageois qui ont perdu leur logement et tous leurs biens.
Dans les mois précédent les destructions, le climat social avait été assombri par le comportement des agents de sécurité de la mine et de la police, qui, s’en prenant aux creuseurs, avaient blessé et tué un certain nombre de personnes. Le 9 novembre un homme avait été grièvement blessé à son domicile, touché par une balle perdue.
Avec leur partenaire local, « Action contre l’impunité pour les droits humains », RAID et la FIDH se battent pour obtenir que l’entreprise Malta Forrest participe au dédommagement des blessés et finance les indemnités des villageois dont la maison a été détruite, à raison de 1500 dollars par famille, « de quoi reconstruire leur maison, remplacer matelas et batterie de cuisine » précise Benoît Van der Meerschen, au nom de la FIDH.
C’est là le fond du problème : estimant qu’elle n’est pas responsable de ces destructions, opérées avec ses engins mais sur ordre de l’autorité publique, l’entreprise minière refuse les compensations individuelles mais a entrepris des actions sociales au bénéfice du village de Kawama, réparation d’un puits, amélioration des services de maternité et construction d’un dispensaire.
Les ONG défendant les villageois de Kawama ont demandé au « point de contact » national belge (PCN), chargé de vérifier la mise en œuvre des principes directeurs de l’OCDE concernant la responsabilité des entreprises en matière de droits de l’homme, de se saisir de l’affaire. Plusieurs réunions ont eu lieu à Bruxelles en présence de représentants des diverses entités fédérales et des Ministères des Affaires étrangères, de l’emploi et du travail mais les ONG se disent aujourd’hui « déçues » car le PCN ne s’est pas prononcé en faveur d’indemnisations individuelles et le médiateur se serait montré « passif ». Les 500 villageois dont les maisons ont été détruites ne pourront compter que sur eux-mêmes…

2 février 2013

Le paradoxe congolais: même quand cela va mieux, on croit que cela va plus mal

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Kinshasa,
C’est le paradoxe congolais. Où que l’on aille à Kinshasa, le changement est manifeste : des artères larges comme des autoroutes trouent la ville, les caniveaux sont nettoyés, sur le boulevard, d’anciens sheges (enfants des rues) sont reconvertis en balayeurs employés par le gouvernorat. Partout, le regard se pose sur des immeubles neufs, des établissements rutilants de modernité comme l’Hôtel du Fleuve, mais aussi de plus modestes guest house, des lotissements, des immeubles à appartements…Ce que l’on appelle parfois, avec ironie, la « République de la Gombe » ce centre ville où bat le cœur de dix millions de Kinois, donne toutes les apparences d’une véritable amélioration et de quartier en quartier la campagne de propreté et d’assainissement devrait s’étendre.
Et cependant Philippe éructe, en nous emmenant vers des quartiers plus périphériques, comme Makala ou Barumu, éventrés par des caniveaux en construction : « pour nous, c’est toujours aussi dur. Le transport est cher, nous devons marcher des heures et pour tout, l’eau, l’électricité, il y a maintenant des factures, il faut payer… En outre, les délestages sont fréquents, plongeant des quartiers entiers dans l’obscurité» Ce père de trois enfants est cependant privilégié : au contraire de 80% de la population, il jouit d’un emploi stable, d’un salaire fixe de 225 dollars par mois. Mais son loyer s’élève à 130 dollars, les frais scolaires réclamés par l’école catholique atteignent les 90 dollars par mois, plus 30 pour le plus jeune. Son épouse, fonctionnaire, gagne 60 dollars par mois. Au regard de la plupart des Congolais, c’est beaucoup, et cependant il ne s’en sort pas. Et tout en râlant, il nous fait voir l’immeuble X édifié par tel général, l’hôtel Y qui appartient à tel ancien ministre, décrit les investissements immobiliers du chef de l’Etat et de sa famille, se gausse de l’hôpital du Cinquantenaire, flambant neuf mais toujours pas ouvert…
En termes choisis, un memo de la Fédération des entreprises congolaises confirme le jugement de la rue : des mesures comme l’introduction de la TVA ou le Code des accisses ont provoqué une hausse sensible des prix de certains produits, les tracasseries administratives, les contrôles fiscaux se multiplient, ainsi que les chantages et les extorsions. Un entrepreneur embraie : « la fiscalité frappe surtout le secteur formel, qui donne des emplois à 20% de la population et pourrait en créer beaucoup plus… N’oubliez pas que ce pays ne compte que 2500 entreprises ! ». Le propriétaire d’un petit hôtel confirme : « tous les jours l’administration vient nous réclamer de l’argent… »
Autrement dit, si les indicateurs macro économiques indiquent que cela va mieux (une croissance qui oscille entre 7 et 8%, une inflation de 2,72%, le prix du carburant stabilisé) le sentiment général est que cela va plus mal ! Comme si l’apparition d’une classe moyenne, aussi embryonnaire soit-elle et le développement de quelques grosses fortunes « post mobutistes », avaient aiguisé l’envie et la rancune de tous ceux qui se trouvent encore au bas de l’échelle sociale et se demandent comment atteindre le premier échelon…
Le plombier de la République
Augustin Matata Ponyo, Premier Ministre depuis mars dernier, pourrait être appelé le «plombier de la République ». Arrivé au bureau à 5 heures du matin, enchaînant les réunions avec une ponctualité implacable, ce technocrate à la cravate rouge, ancien Ministre des Finances, a entrepris de nettoyer les écuries d’Augias, de fermer tous les robinets, corruption, frais de mission excessifs, détournement des soldes, exemptions d’impôts. Résultat : tout le monde lui en veut et beaucoup parient sur son éviction! De grosses sociétés de télécommunication, qui déclaraient seulement 10% des appels téléphoniques, s’acquittent en maugréant d’un redressement de 10 millions de dollars, des sociétés minières qui exportaient des minerais qu’elles étaient censées prospecter seulement ont été sanctionnées, des automobilistes protestent contre les péages instaurés sur les nouvelles routes…
D’autres mécontentements ont des raisons moins avouables : toute la cité se gausse des malheurs des comptables, qui ont été obligés de réduire le nombre de leurs « bureaux » (deuxième épouse) et de diminuer leur train de vie. Autrefois chargés du paiement manuel des salaires des agents de l’Etat, ils prélevaient souvent à leur profit une bonne partie des montants. La bancarisation a mis fin à ces pratiques : depuis 2012, le Ministère des Finances nettoie progressivement les fichiers des enseignants, des fonctionnaires, élimine les morts, les « fantômes » (dont le supérieur hiérarchique touchait le salaire) et verse les sommes dues sur un compte bancaire. « Des fonctionnaires se sont étonnés du montant réel qui leur était versé » explique le Premier Ministre, « mais par contre tous les réseaux mafieux ont été asséchés, et c’est pour cela que l’on a dit que l’argent ne circulait plus dans la cité… »A terme, les économies réalisées devraient déboucher sur des hausses de salaires. La même bancarisation est à l’œuvre dans l’armée : avec l’aide de la société belge Zetes et la coordination d’Eusec, une initiative européenne, les fichiers ont été nettoyés, numérisés. Les officiers d’abord, les hommes de troupe ensuite touchent désormais leur solde sur présentation d’une carte magnétique dotée de leurs empreintes digitales.
Lucidement, le Premier ministre et ses collaborateurs sont conscients du malaise et analysent ses causes : « bien réelle, la croissance actuelle repose essentiellement sur deux secteurs, le télécommunications et les mines. Mais les telecoms –qui réalisent chaque année 700 millions de dollars de chiffre d’affaires- créent peu d’emplois tandis que le secteur minier, même si le prix du cuivre a triplé et que la production atteint les 480.000 tonnes par an, est largement mécanisé et a chassé des dizaines de milliers de creuseurs. » Conscient de cette croissance sans développement, qui aiguise le mécontentement général, le Premier Ministre ne veut donc plus se contenter d’élargir l’assiette fiscale et d’accroître les revenus de l’Etat, régulièrement asséchés par des dépenses imprévues (la guerre à l’Est a coûté plus que 150 millions de dollars, le sommet de la francophonie a été payé sur fonds propres…) : « pour Kinshasa nous avons commandé 300 bus, à l’intérieur du pays nous finançons la réunification routière qui permettra de relier entre elles toutes les provinces et surtout nous voulons relancer l’agriculture, qui occupe encore 66% de la population… » A l’annonce de la prochaine campagne agricole, de l’achat de semences, d’engrais, de petit matériel (3 millions de dollars) de la priorité enfin donnée aux routes de desserte agricole qui permettront d’écouler les productions villageoises sur les marchés, on a envie de dire « enfin ». Car le Congo, avec ses 80 millions d’hectares de sol arable, pourrait nourrir le continent, au lieu de quoi il consacre chaque année un milliard 300 millions de dollars aux importations de produits alimentaires… John Musuma, conseiller technique du Premier Ministre le reconnaît : « il faut ajouter de la valeur, stimuler les productions villageoises. Sinon, les nouvelles routes reliant les provinces serviront surtout à transporter les grumes, accélérant la déforestation ! »
Même s’ils râlent, les Congolais ont déjà réalisé des « sauts technologiques » dont ils ne mesurent pas encore la portée. Désormais, lorsqu’un versement est effectué sur le compte de certaines banques, un message signale aux détenteurs de la carte SIM qu’ils peuvent passer toucher tout ou partie de leur salaire. Partout, de nouvelles affiches ont fleuri, vantant le « m-pesa ». Odile, une employée de Kinshasa, nous explique qu’elle fait un large usage de ce mode de paiement par téléphone: « lorsque mon salaire est versé sur mon compte, je prélève chaque mois 20 dollars, que j’envoie par téléphone à ma mère, dans son village de l’Equateur. Prévenue par SMS, elle retire l’argent chez l’opérateur téléphonique. Il n’y a plus de frais prélevés par les intermédiaires… »
Progrès d’un côté, malaise de l’autre, dans ce pays en pleine mutation, où la guerre à l’Est, si médiatisée, ne touche que 5% du territoire, on songe au vieil adage : le vieux monde ne veut pas mourir, le nouveau tarde à naître…

2 février 2013

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