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20/02/2013

DANS LE SALON D’ATTENTE D’UN RECTEUR D’UNE DES TRES NOMBREUSES UNIVERSITES DE KINSHASA DE LA RDC

Morceau choisi :

"Faut-il avoir peur qu’un jour dans ce pays-là, la haine accumulée, la frustration à l’encontre de celles et ceux qui ont des « formes », dégénère à quelque chose de plus obscur entre les citoyens de ce pays-là ? Personnellement, je le crains beaucoup. C’est pourquoi, il est temps qu’on ne juge pas les gens en fonction ni de leurs faciès, de leurs morphologies, ni encore moins de leurs tailles. Les apparences sont toujours trompeuses, et cela est encore plus dangereux dans un pays-là où manger le riz au poulet relève de l’exceptionnel."


DANS LE SALON D’ATTENTE D’UN RECTEUR D’UNE DES TRES NOMBREUSES UNIVERSITES DE KINSHASA DE LA RDC

CE PAYS-LA, le 20/02/2013

Je refuse de croire que c’est mon destin, que cela n’arrive jamais qu’à moi. C’est la même histoire : un passant ou une passante, une inconnue ou un inconnu qui se met à me raconter sa vie, ses déboires conjugaux, ses difficultés professionnelles, ses misères politiciennes. Quelle attitude affichée face aux récits ou « racontars » des tels inconnus ? Souvent, au lieu de m’y montrer indifférent ou impassible, j’y compatis. Car, ce n’est pas bon de marquer l’indifférence face aux souffrances des autres. Aime ton prochain comme toi-même, nous enseigna Jésus-Christ.

Hier donc quelque part dans ce monde trop petit et trop grand, une femme m’accrocha séante tenante, en me lançant « oyo ezali lisusu boka te ! » (traduction du lingala : « ça ce n’est plus un pays ! ». Alors, je me dis qu’il valait mieux faire semblant. Semblant de n’y avoir rien entendu. Mais, elle me fixa droit dans les yeux et me demanda si je ne faisais pas également partie des « bienheureux » de ce pays-là. Moi, lui dis ? Mais, je n’en sais rien du tout, je voulais seulement savoir, en tout cas même pour rigoler, répondit-elle. Elle se mit alors à me raconter les problèmes, les difficultés qu’ils avaient depuis que son mari colonel a demandé sa retraite anticipée de l’armée de ce pays-là, ses pensions qui n’étaient pas payées, des taudis qu’ils habitaient et partageaient avec des centaines d’autres occupants dans une promiscuité détestable, les difficultés de la vie, etc. Pour elle, il n’y avait pas une période plus belle qu’il y a une dizaine d’années ! En quoi, lui demandai-je ? Sa réponse fut aussi courte que laconique : on mangeait bien le riz au poulet, au pondu, au matembele, à la muambe ; on roulait carrosse ; et puis nos enfants pouvaient encore étudier convenablement …

Impossible de l’arrêter. Il en fut d’une diatribe sans concession contre ceux qu’elle appelait à tort ou à raison les bienheureux. Et moi craignant d’y être complice si je ne la raisonnais pas. Mais, la dame n’eût jamais ni l’intention ni la volonté de s’y laisser compter. Au contraire, elle y allât d’une nouvelle couche, sous l’attention ragaillardie des autres témoins qui s’y trouvaient, et qui furent acquis à sa cause. L’un d’eux se mit à m’interpeller avec le plus grand respect du monde de la laisser poursuivre. Oui, bien sûr, lui dis-je, mais pas avant de savoir pourquoi étais-ce à moi qu’elle tenait à dire sa colère, alors que je n’y étais pour rien ? L’interpellant me rassura que je n’y étais visé pour rien au monde, qu’il ne s’agissait que d’une causerie de salle d’attente entre nous, même si mes « formes » me jetaient automatiquement dans le camp de ceux qui les exploitent. Malheureusement, sans savoir que souvent les apparences ont toujours été trompeuses.

Quand on vint me chercher par le protocole pour aller rencontrer son patron, alors que ce ne fut pas encore mon tour, toute la salle en fût indignée, en disant « mboka oyo jamais ekobonga » (traduction « jamais ce pays ne se reconstruira »). Après l’entretien, je tins quand même à revoir l’inconnue de ma dame du jour pour lui remettre « quelque chose » pour lui permettre de se procurer un peu à manger pour ses enfants qu’elle disait affamés depuis plusieurs semaines, l’un des motifs de son audience d’ailleurs auprès du fameux recteur. Elle m’applaudit et voulut se prosterner sous mes pieds, mais je lui en interdis avec grande fermeté. Elle en fut davantage encore plus indignée pour elle-même (ses mauvaises intentions qu’elle avait ou aurait pu avoir à mon encontre) lorsqu’elle apprit mon véritable statut de simple enseignant. La salle m’applaudit, me félicita pour mon acte de simplicité et de générosité là, me dirent-ils, où plusieurs auraient brillé par leur indifférence, suffisance et arrogance. A son tour, elle (salle) s’excusa pour avoir protesté avec véhémence contre le protocole qui vint me rechercher, alors qu’il y en avait qui attendait là depuis deux, trois, quatre heures … Je leur dis ma consternation, et m’excusa à mon tour. D’ailleurs je leur dis que c’était l’inverse, par exemple le silence complice ou craintif de leur part, qui m’aurait indigné.

Faut-il avoir peur qu’un jour dans ce pays-là, la haine accumulée, la frustration à l’encontre de celles et ceux qui ont des « formes », dégénère à quelque chose de plus obscur entre les citoyens de ce pays-là ? Personnellement, je le crains beaucoup. C’est pourquoi, il est temps qu’on ne juge pas les gens en fonction ni de leurs faciès, de leurs morphologies, ni encore moins de leurs tailles. Les apparences sont toujours trompeuses, et cela est encore plus dangereux dans un pays-là où manger le riz au poulet relève de l’exceptionnel.

J’AI DIT !!!

 

Le Prince

Prof./Hdr./Dr.Antoine-Dover Richard Gary OSONGO-LUKADI

-Chercheur habilité de philosophie du CRHIA de l’Université de Poitiers (France)

-Docteur en philosophie et lettres de l’ISP de l’Université Catholique de Louvain (UCL) (Belgique)

-Membre de la SPEP/APA (Association des Philosophes Américains),

de l’Association Canadienne de Philosophie (ACP)

-Professeur de philosophie, d’éthique et de déontologie professionnelle, et de la

méthodologie de la recherche à l’ISP/Gombe de Kinshasa (RDC)

-Directeur-Administrateur/kilimandjero.blogs.dhnet.be (www.dh.be/rubriqueblogs)

-antoinedoverrichardol@hotmail.fr

-osongo_lukadi@yahoo.fr

« Ahora Siempre Adol’che »

 

Morceau choisi :

"Faut-il avoir peur qu’un jour dans ce pays-là, la haine accumulée, la frustration à l’encontre de celles et ceux qui ont des « formes », dégénère à quelque chose de plus obscur entre les citoyens de ce pays-là ? Personnellement, je le crains beaucoup. C’est pourquoi, il est temps qu’on ne juge pas les gens en fonction ni de leurs faciès, de leurs morphologies, ni encore moins de leurs tailles. Les apparences sont toujours trompeuses, et cela encore plus dangereux dans un pays-là où manger le riz a poulet relève de l’exceptionnel."

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