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28/02/2013

CONGO/KINSHASA : ACCORD CADRE EST-CE UN NOUVEAU PRELUDE A UNE NOUVELLE GUERRE ?

MORCEAU CHOISI :

"D’autres sources à Kampala ont affirmé que des soldats proches de Ngaruye auraient commencé à rejoindre le commandement de Makenga. Tout comme, des hommes de Makenga auraient décidé de traquer Ntaganda jusqu’à son arrestation afin de mettre définitivement un terme à la crise."

© Copyright L'Avenir Quotidien


 


  FOCUS SUR L'ACTUALITÉ
L'est du Congo se prépare de nouveau à la guerre
(Le Figaro 28/02/2013)


REPORTAGE - Malgré un accord régional pour mettre fin aux hostilités en RDC, l'armée congolaise équipe des milices locales, en prévision d'une reprise des combats.

Allongé à l'ombre d'un arbre au bord de la route qui relie Goma à Ishasha, Shetani finit sa tasse de vin de palme matinale. «Je suis le premier ange de Dieu», clame le commandant du Front populaire pour la démocratie (FPD), ivre. Il est 11 heures et Muhami «Shetani» Gola, barbiche en pointe et accoutrement rasta, fait honneur à son nom de guerre qui signifie Satan en swahili.

Un peu plus loin, ses hommes extorquent argent et bières aux conducteurs de camion de passage sur le tronçon de route que la milice contrôle. Les armes qu'ils leur agitent sous le nez, des AK 47 et des lance-roquettes flambant neufs, sont fournies par l'armée nationale congolaise (FARDC).

La veille, ces armes avaient servi à reprendre Nyamilima - au profit des FARDC qui occupent maintenant ce village au nord de Rutshuru - mais aussi à torturer une douzaine d'hommes accusés de «sympathiser avec l'ennemi rwandais».

Conscients de ne pas faire le poids face aux rebelles du M23, qui bénéficieraient du soutien du Rwanda et de l'Ouganda, selon un rapport de l'ONU, les FARDC arment ainsi des milices locales depuis plusieurs semaines, au lieu de les combattre.

«Nous n'avons pas le choix. Nous ne pouvons pas nous battre sur plusieurs fronts», se justifie un colonel de l'armée congolaise sous couvert d'anonymat.

Un combat inégal

Le conflit avec le M23 a en effet permis aux divers groupes armés de la province -pas moins de 25, selon l'ONG Oxfam- de se renforcer en obligeant l'armée congolaise à abandonner de larges zones du Nord-Kivu pour concentrer ses forces contre les rebelles de l'ex-CNDP (Congrès national pour la défense du peuple).

Malgré cela, en novembre, le M23 avait réussi à prendre Goma, la capitale du Nord-Kivu. Selon des experts de l'ONU, des troupes de l'armée nationale rwandaise auraient traversé la frontière pour apporter leur soutien aux rebelles. Un combat inégal pour les FARDC.

Si le M23 s'est, depuis, retiré de Goma, l'armée congolaise ne s'est pas encore totalement remise de sa défaite. Regroupées à Minova, sur la route qui longe le lac Kivu vers Bukavu, les troupes gouvernementales sont démoralisées et attendent «comme le Messie» la venue d'une brigade d'intervention que les Nations unies négocient avec les leaders de la région depuis près de six mois.

Mais l'accord-cadre signé dimanche par les chefs d'État de 11 nations africaines avec l'ONU n'a toujours pas clarifié les termes sous lesquels cette brigade opérerait. Rien ne sera fait avant plusieurs mois et le conflit, lui, menace de reprendre. Les négociations bilatérales entre le M23 et le gouvernement congolais stagnent, alors que la rébellion renforce ses positions aux portes de Goma et se prépare à reprendre la capitale du Nord-Kivu, selon des sources rebelles.

«Les milices sont bien plus violentes que l'armée lors de combats. Ces mercenaires sont un outil grossier mais efficace pour les FARDC», explique Jason Stearns, spécialiste du Congo au Rift Valley Institute.

Après avoir sécurisé Nyamilima il y a quelques jours, le FPD a ainsi cédé la place à l'armée et se dirige maintenant vers le sud, où se trouve le fief des M23.

«Nous sommes devenus des ponts pour l'armée congolaise. Nous nous battons contre les forces étrangères, nous récupérons le territoire et l'armée vient s'installer après», résume Moïse Visika, le second du FPD, non sans une certaine amertume.

Des enfants soldats

À Masisi, à l'ouest de Goma, même scénario. Dans les chemins boueux qui enlacent les collines verdoyantes du territoire, un patchwork de milices terrorisent la population en toute impunité depuis la création du M23, au mois de mai 2012. Ils reçoivent aujourd'hui le soutien de l'armée congolaise.

Des officiers supérieurs ont forgé des alliances avec des groupes armés tels que l'APCLS du colonel Janvier ou les Nyatura, un groupe Hutu, en jouant sur les sentiments anti-rwandais de ces milices aux tendances tribalistes.

Incontrôlables, elles comptent parmi leurs rangs des enfants soldats ainsi que des criminels. La moyenne d'âge des hommes de Shetani ne dépasse pas les 18 ans et les plus jeunes paraissent bien frêles sous le poids de leur mitraillette.

Merveille, petit ange de 8 ans en haillons, la tête couverte de teigne, raconte que certains des camarades d'école de son frère aîné ne viennent plus en cours depuis quelques mois. S'arrêtant un instant pour regarder les hommes du FPD repartir sur la route en poussant des cris de guerre, la fillette prophétise: «Congo, Congo, tout ce monde… tu vas les avaler.»

De notre envoyée spéciale à Goma
Par Mélanie Gouby











 

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Nouveau feuilleton dans la guerre de l’Est. Makenga à Bunagana, Ngaruye à Rutshuru et Runiga à Kibumba
(L'Avenir Quotidien 28/02/2013)



*Des sources administratives locales indiquent que la situation est demeurée tendue hier mercredi à Bunagana. Le colonel Sultani Makenga aurait renforcé ses positions sur les collines de Runyonyi, le colonel Baudouin Ngaruye, fidèle à Bosco Ntaganda s’est dirigé vers Rutshuru pendant que Jean-Marie Runiga, chef politique du M23 aurait choisi de s’installer à Kibumba, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Goma, en raison de sa position stratégique par rapport au Rwanda.

*D’après certaines indiscrétions, l’Ouganda aurait envoyé à Bunagana, un colonel de l’armée (UPDF) pour tenter de réconcilier les deux tendances opposées. Mais aucun résultat palpable n’a été enregistré jusqu’ici. La même démarche aurait été tentée par l’armée ougandaise auprès des hommes de Ntaganda à Rutshuru mais sans résultat visible

*Par contre, les délégués du M23 qui sont à Kampala sont plutôt attachés à Makenga. D’autres sources à Kampala ont affirmé que des soldats proches de Ngaruye auraient commencé à rejoindre le commandement de Makenga. Tout comme des hommes de Makenga auraient décidé de traquer Ntaganda jusqu’à son arrestation afin de mettre définitivement un terme à la crise.

Ce qui se passe à l’Est de la Rd Congo, singulièrement à Bunagana ressemble à un feuilleton à la congolaise. En effet, depuis les affrontements sanglants entre les factions opposées du M23 qui ont fait plus de 10 morts dimanche dernier, la situation est demeurée tendue mercredi à Bunagana, selon des sources administratives locales.

A l’heure qu’il est, le M23 ressemble vraiment à un serpent tricéphale (serpent à trois têtes) dirigé concomitamment par le colonel Sultani Makenga, qui aurait renforcé ses positions sur les collines de Runyonyi, le colonel Baudouin Ngaruye, fidèle à Bosco Ntaganda qui, lui, s’est dirigé vers Rutshuru, et Jean-Marie Runiga, chef politique du M23 qui aurait choisi de s’installer à Kibumba, à une vingtaine de kilomètres seulement de la ville de Goma, en raison de sa position stratégique par rapport au Rwanda. Ici, Runiga a voulu tout simplement s’approcher de son parrain, pour qu’en cas d’attaque de la faction à Makenga, qu’il puisse facilement se protéger à Kigali.

Cette stratégie, pour les uns, est un signe annonciateur de leur disparition entant que groupe armé en Rd Congo, conformément à la volonté des signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix et la sécurité à l’Est du pays. Ce serait aussi une stratégie, semble-t-il, souhaitée par le Gouvernement de la République puisqu’il aboutirait à l’affaiblissement du mouvement rebelle du M23.

Dans cette perspective, les fruits pourris se disqualifieraient d’eux-mêmes au profit de bons éléments qui seront, eux, récupérés par le Gouvernement de la République. Il sied de souligner que le colonel Sultani Makenga (proclamé général par la rébellion) aurait renforcé ses positions sur les collines de Runyoni surplombant la cité frontalière de Bunagana pour prévenir toute attaque de la part des éléments de la faction rivale, fidèle à Bosco Ntaganda et commandée par le colonel Baudouin Ngaruye, lui aussi nommé général par Runiga au sein de la même rébellion.

La population s’inquiète

A Rutshuru-centre, chef-lieu du territoire congolais du même nom, la population inquiète a pu timidement, ouvrir quelques marchés et boutiques mercredi. « Tout ferme à 17 heures et des patrouilles ont été visiblement renforcées dans les cités de Kiwanja et Rutshuru », a confié un habitant, obligé de se cacher pour répondre au téléphone.

« Tous ceux qui reçoivent des appels de l’extérieur sont surveillés par les rebelles qui redoutent un filtrage incontrôlé des informations susceptibles de les discréditer en ce moment de crise », a-t-il affirmé. L’inquiétude se lit sur tous les visages, apprend-on de Rutshuru. « Des réunions se multiplient autour de Runiga et Ngaruye pour essayer d’aplanir le différend », ont rapporté mercredi soir, des sources locales. Un officiel anonyme du M23 semblait rassurer qu’une « solution est possible d’ici deux jours dans le sens de la réconciliation entre les deux factions ».

Pendant ce temps, la rébellion encourage la population locale à circuler librement à travers l’entité sous son contrôle. Les véhicules en provenance ou à destination de Goma et Butembo obéissent au même principe de check-point (barrières routières) avec un contrôle renforcé des pièces d’identité, rapportent certains voyageurs arrivés à Goma mercredi.

Jean-Marie Runiga, chef politique du M23 aurait choisi de s’installer à Kibumba, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Goma (sous contrôle du gouvernement), en raison de sa position stratégique par rapport au Rwanda plus proche. C’est aussi en raison d’une concentration des soldats fidèles à Bosco Ntaganda (son principal soutien) dans ce secteur que, craignant pour sa sécurité, il lui a été conseillé de prendre certaines dispositions de sécurité, décrivent des sources internes du M23.

La route Goma-Rutshuru ne rassure pas encore pour les deux factions rebelles. Des groupuscules de soldats obéissant au commandement soit, de Sultani Makenga, soit de Baudouin Ngaruye se disputeraient chacun, le contrôle de chaque trajectoire sur le même tronçon. L’Ouganda s’implique D’après certaines indiscrétions, l’Ouganda aurait envoyé à Bunagana, un colonel de l’armée (UPDF) pour tenter de réconcilier les deux tendances opposées, aucun résultat palpable n’a été enregistré jusqu’ici. La même démarche aurait été menée par l’armée ougandaise auprès des hommes de Ntaganda à Rutshuru.

Une certaine opinion voudrait savoir sur base de quoi l’Ouganda peut-il se permettre de faire les bons offices auprès des rebelles du M23 ? Est-ce le Gouvernement de la République qui voudrait que les rebelles du M23 soient ensemble pour une solution définitive, ou soit une volonté de ce pays accusé par les experts des Nations Unies d’apporter son soutien à ces rebelles de manifester aux yeux du monde sa volonté de plus les soutenir ?

En réalité, il ne revenait pas à l’Ouganda de tenter une telle aventure tout en sachant qu’il a toujours été accusé d’être juge et partie. Et comme il l’a fait, mais sans succès, il prouve aux yeux du monde qu’il lui sera difficile de se débarrasser de son statut de parapluie. Et pourtant, comme nous l’avons déjà dit, la logique serait de pousser les enfants prodigues à revenir à la raison, de demander pardon et d’être réintégrés.

Que vont encore dire les rebelles du M23, eux qui ont maladroitement tenté de maquiller ces dissensions armées en suggérant qu’ils auraient été victimes d’une attaque de forces coalisées des FARDC, des FDLR et d’autres éléments irréguliers dans la région. Une explication qui ne tient pas la route au regard de la situation qui prévaut à Bunagana.

Outre que la configuration de l’occupation militaire de la région jette un sérieux doute sur une éventuelle présence des FARDC autour du théâtre de ces affrontements, tout le monde sait, grâce au rapport du Comité d’Experts des Nations-Unies qui recycle les FDLR et pour qui cette milice se bat.

C’est ici l’occasion pour le Gouvernement de lancer un appel solennel au M23 pour qu’il applique les recommandations du Conseil de sécurité des Nations Unies en mettant fin à son existence et en se conformant aux lois de la RD Congo qui interdisent la création de groupes politico-militaires. Délégués M23 à Kampala plutôt attachés à Makenga

« Nous croyons plutôt à Makenga, mais nous allons nous réunir jeudi pour discuter de la question », a confié un officiel anonyme du M23 aux négociations de Kampala. Il a ajouté que leur délégation va poursuivre avec les négociations, en dépit des déchirements internes vécus sur le terrain.

D’autres sources à Kampala ont affirmé que des soldats proches de Ngaruye auraient commencé à rejoindre le commandement de Makenga. Tout comme, des hommes de Makenga auraient décidé de traquer Ntaganda jusqu’à son arrestation afin de mettre définitivement un terme à la crise.

Cette position des délégués du M23 qui sont à Kampala ne peut nullement étonner, d’autant que leur soutien à Sultani Makenga est justifié par le simple fait que ni ce chef militaire, ni eux-mêmes, personne n’est visé par les sanctions internationales. Par contre, Jean-Marie Runiga ou Bosco Ntaganda sont soit interdits de voyager, soit leurs avoirs ont été gelés ou sont poursuivis par la Cour pénale internationale. C’est donc une solidarité dans le mal.

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