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16/03/2013

FRANCOIS 1ER UN CAUCHEMARD POUR LA PERVERSITE ET LA MEGALOMANIE DANS ET EN DEHORS DE L'EGLISE CATHOLIQUE

MORCEAU CHOISI :

"y a deux manières d'envisager l'élection du pape François. Son nom est emprunté au célèbre saint François d'Assise qui dévoua sa vie au Christ après avoir entendu un crucifix lui ordonner: «Rebâtis mon église en ruines». Ce nom, associé aux rumeurs voulant que le cardinal ait impressionné ses camarades lors du pré-conclave par sa volonté de nettoyer la Curie, pourrait présager des réformes."


Jésuites: la légende noire et la réalité

Jorge Mario Bergoglio est le premier pape jésuite de l’histoire. On fait des membres de cet ordre —ils sont 19.000 dans le monde— une sorte d’armée de l’ombre. On les croit manipulateurs, politiciens, proches des élites. En réalité, la justice sociale et la défense des pauvres est leur option prioritaire.

Détail d'un portrait de St Ignace de Loyola par Rubens, via Wikimedia Commons.

- Détail d'un portrait de St Ignace de Loyola par Rubens, via Wikimedia Commons. -

L’Argentin Jorge Mario Bergoglio est devenu, mercredi 13 mars, le premier pape jésuite de l’histoire sous le nom de François. Des jésuites, on a fait une sorte d’armée de l’ombre. A cause de leur nom —la «Compagnie» de Jésus— et du «général» qui la dirige, en réalité le «préposé général», encore appelé le «pape noir», élu à vie.

Tout concourt à la légende noire: la discipline jésuite, la soumission à toute épreuve perinde ac cadaver («ainsi qu’un cadavre»), la loi du secret, l’intelligence manipulatrice, l’obéissance sans faille au pape de Rome, le rôle d’avant-garde armée que les jésuites ont joué dans les guerres de religion en Europe, dans l’éradication des hérésies protestante et janséniste, dans la volonté d’influencer les élites bourgeoises, dûment sélectionnées et encadrées dans des collèges de choc. Ajoutez la maigreur ascétique et le regard de braise.

La Compagnie de Jésus a été fondée à Paris, en 1534, par un aristocrate basque converti, Ignace de Loyola (1491-1556), qui rêvait au seizième siècle d’un nouveau type de vie religieuse. Ses membres se lient par les vœux traditionnels (pauvreté, obéissance, chasteté) et s’inventent même un «quatrième vœu», celui de la fidélité absolue au pape, à une époque où, à Rome, régnaient les Borgia.

 

Deux fois moins qu'après-guerre

Mais la découverte des voies maritimes, la conquête de l’Amérique, le développement des villes et de l’instruction les jettent sur les routes du monde. Les premières générations de jésuites sont missionnaires. François-Xavier —qui a sans doute, avec Saint François d'Assise, inspiré le nom du nouveau pape—, Matteo Ricci, Roberto Da Nobili mènent des actions d’évangélisation en Inde, au Japon, en Chine.

Depuis, l’esprit jésuite est restée le même: le goût de l’universel, la priorité à la formation des élites, la lutte contre les situations d’injustice et de conflit, le lien entre une indépendance jalousement défendue, une extrême liberté d’engagement et un attachement quasi-militaire à la hiérarchie romaine.

Jamais, en cinq siècles, les jésuites, qui ont désormais l’un des leurs à la tête de l’Eglise romaine, n’auront été aussi largement répartis sur toute la surface du globe. Ils sont aujourd’hui 19.000 dans cent cinquante pays, mais ils ont été le double après-guerre.

Zones les plus déshéritées de la planète

Aux Etats-Unis, les jésuites possèdent les prestigieuses universités de Georgetown à Washington ou Fordham à New York. Ils se sont aussi illustrés au XXème siècle avec des figures françaises comme le savant Pierre Teilhard de Chardin ou les théologiens Henri de Lubac et Jean Daniélou.

Mais ils ont changé d’hémisphère et de couleur. Ils sont 4.000 en Inde, 3.000 en Amérique centrale et latine, 3.000 aux Etats-Unis, 6.500 en Europe. Les entrées dans les noviciats jésuites sont aujourd’hui plus nombreuses en Asie et en Amérique du Sud qu’en Europe.

En 1974, la 32e congrégation générale des jésuites à Rome, tenue à l’instigation du «général» Pedro Arrupe (1907-1991), basque comme Loyola, adopte le «décret 4»: option première pour les pauvres et la justice sociale, priorité à ceux qui n’ont ni maison, ni papiers, ni patrie. Depuis, on trouve les jésuites dans les zones les plus déshéritées des mégalopoles d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique. Dans le sud de l’Inde, comme le Père François Ceyrac, décédé en juin dernier, ils vivent auprès des populations tribales et militent pour la défense des droits des dalits (intouchables).

C’est l’un des ces hommes qui ont fait de la défense des pauvres une option prioritaire, loin des clichés sur les jésuites, que l’Eglise catholique vient de hisser à son sommet.

Henri Tincq

Les secrets du conclave dévoilés: ce qui explique l'élection de Jorge Mario Bergoglio comme pape

Pourquoi François se retrouve-t-il pape? A cause des querelles intestines, de la Chine, des évangélistes et du digestif...

Le pape François entouré de cardinaux, le 13 mars 2013. REUTERS/Alessandro

 

Après l’excitation et l’étonnement qui ont suivi la fumée blanche et l’élection d’un non Européen depuis près de 1.000 ans, la presse italienne décortique les mécanismes qui ont mené à l’élection de Jorge Maria Bergoglio. On découvre que l’élection, sur fond de rivalités, choix politiques et considérations géopolitiques, n’est pas si surprenante.

«C’est un pape que l’Eglise préparait depuis un moment, s’il est vrai que dès 2005 Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, était l’un des deux candidats forts du Conclave, soutenu par les réformateurs qu’il a lui-même convaincus à voter pour Ratzinger, afin d’éviter un choix plus conservateur», rappelle sur la Repubblica le directeur de la publication du journal Ezio Mauro.

La composition du Conclave a changé de près de 50% depuis 2005: Bergoglio bénéficie donc d’une haute et forte considération au sommet de l’Eglise. Et a tiré profit, cette fois-ci, des scandales du Vatican qui ont joué en sa faveur en fermant la porte au retour d’un pape italien. C’est-à-dire Angelo Scola, évêque le plus qualifié et connu.

Les anti-Scola

Giacomo Galeazzi, chroniqueur sur La Stampa, évoque d’autres raisons au désaveu de Scola, pourtant donné comme favori (dans un communiqué de presse erronné, la Conférence Episcopale italienne a même salué sa nomination): les motivations des non Européens «à exporter pour la première fois la papauté hors du Vieux Continent».

Mais il faut aussi prendre en compte les alliés des cardinaux Tarcisio Bertone et Angelo Sodano, très hostiles à Scola en raison de vieilles jalousies et rivalités. Bertone, par exemple, n’aurait jamais digéré le conseil de Scola au pape sur le retour en grâce de l’évêque négationniste Williamson. Enfin, les conclavistes proches de la communauté de Sant’Egidio (créée en 1968, après Vatican II, elle lutte contre la pauvreté, pour l'abolition de la peine de mort, contre le sida...) comme Crescenzio Sepe n’appréciaient pas que Scola soit proche du mouvement Communion et Libération, si éloigné de leurs points de vue.

Le vaticaniste Vittorio Messori, un des rares à avoir prévu l’élection de Bergoglio, parle lui de choix géopolitique. C’est ce qu’il explique dans le Corriere della Sera, en rappelant que l’élection de Karol Wojtyla aussi fut un choix politique, et un choix heureux:

«On a eu non seulement un des meilleurs pontificats du siècle, mais on a également fait paniquer la Nomenklatura de l'Union soviétique et de l’Est qui ne voyait pas d'un bon oeil un pape polonais.»

Il y avait aujourd’hui deux choix possibles du point de vue géopolitique, poursuit le journaliste: la Chine, avec l’archevêque de Hong Kong, John Tong Hon. Ce n’est pas Moscou mais Pékin qui aurait été effrayé, là où «le gouvernement –ne pouvant pas éradiquer les catholiques– a tenté de créer une Eglise nationale, détachée de Rome, en allant jusqu’à nommer les éveques».

Pour Vittorio Messori, le tour de la Chine viendra dans un prochain conclave, quand le régime sera affaibli et entamera son déclin.

L'Amérique du Sud, continent de l'espoir

Voilà pourquoi, comme l’a prédit le vaticaniste, c’est l’autre choix géopolitique qui a prévalu: l’Amérique du Sud. Il s’agissait d’un choix urgent, puisque «l’Eglise romaine est en train de perdre ce qu’elle considérait comme le Continent de l’espoir, continent catholique par excellence dans l’imaginaire collectif (...) Depuis le début des années 1980, l’Amérique latine a perdu près d’un quart des fidèles. Au profit des communautés, sectes, évangélistes et pentecôtistes financés par l’Amérique du Nord qui réalise le vieux rêve des Etats-Unis: mettre un terme à la superstition papiste dans ce continent», poursuit Messori.

Pourquoi un Argentin et pas un Brésilien, puisque c’est dans ce dernier pays que l’hémorragie est la plus forte? Pour Messori, les origines italiennes de Bergoglio, dont l’italien est la deuxième langue maternelle, ont joué en sa faveur: la réorganisation de la Curie a besoin d’un homme qui sache affronter des problèmes internes au Vatican.

A cet égard, le lieu décisif de ces deux jours de votes a été Santa Marta, la résidence des électeurs pendant leurs délibérations. «Ce qui s’est passé [mercredi] à 13h30 dans la Domus a plus de poids que les scrutins de la chapelle Sixtine», confie Giacomo Galeazzi. Bertone et Re ont garanti à Bergoglio leur soutien. «Pendant les déjeuners et les dîners, les cardinaux discutent librement et délibèrent des possibles conciliations entre différentes factions», poursuit Giacomo Galeazzi qui cite un électeur de Ratzinger:

«Depuis la Cène, les décisions importantes sont prises à table.»

C’est donc devant un plat de pâtes ou un digestif qu’on choisit qui va saluer la foule du balcon de saint Pierre.

M.N

Pourquoi le pape François s'annonce comme un cauchemar catholique

Il s'agit sans doute du pire choix possible, pour tous ceux qui voient dans la nouvelle liturgie une atteinte à la profondeur théologique et à la beauté rituelle de la messe tridentine. Le point de vue d'un traditionaliste liturgique.

Le pape François, le 14 mars 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

- Le pape François, le 14 mars 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi -

Il y a deux manières d'envisager l'élection du pape François. Son nom est emprunté au célèbre saint François d'Assise qui dévoua sa vie au Christ après avoir entendu un crucifix lui ordonner: «Rebâtis mon église en ruines». Ce nom, associé aux rumeurs voulant que le cardinal ait impressionné ses camarades lors du pré-conclave par sa volonté de nettoyer la Curie, pourrait présager des réformes.

Son nom peut aussi renvoyer au jésuite saint François-Xavier, missionnaire et évangéliste exemplaire. Le cardinal Bergoglio est connu pour être un homme simple et modeste, évitant les fastes des plus hautes fonctions ecclésiastiques. Jusqu'à présent, il vivait dans un petit appartement et se faisait lui-même à manger. En Argentine, il voulait que les prêtres n'abandonnent pas totalement leurs paroisses et leurs sacrements au profit du militantisme politique révolutionnaire, quand la théologie de la libération connaissait son apogée.

Mais on pourrait aussi voir dans ce pontificat naissant l'énième épisode d'une série désastreuse de nouveautés au sein de l’Eglise catholique.

Une figure de transition?

Il s'agit du premier pape latino-américain, du premier à s'appeler François, et aussi du premier jésuite à devenir pape. Il s'inscrit donc dans cette ère, nouvelle pour l’Eglise et vieille de 50 ans, marquée par plusieurs expérimentations bien malencontreuses: un concile œcuménique et «pastoral» avec Vatican II, une nouvelle liturgie synthétique et vernaculaire, la révision en hâte des règles régissant quasiment tous les ordres du clergé, la théâtralité de Jean Paul II et son «usine à saints», sans oublier la démission surprise de Benoît XVI.

Ici, le pontificat de Benoît XVI, qui voulait mettre l'accent sur la «continuité», semble bien davantage relever de l'exception que de la règle, dans un temps de changements aussi radicaux que spectaculaires –qui, comme nous le savons, sont souvent les signes avant-coureurs d'un effondrement.

Le pape François ne sera sans doute qu'une figure de transition, peu susceptible d'engager une profonde réforme au sommet de l’Eglise.

Sa vision théologique, traditionnelle ou moderne, n'est pas son atout le plus évident. Il y a huit ans, lors de son accession à la papauté, Benoît XVI n'avait que deux ans de plus que lui. Ses liens avec l'Italie sont solides, mais sa connaissance des arcanes du Vatican bien médiocre.

Une lecture a priori discutable de cette élection serait de la voir comme la victoire totale des ennemis de Benoît XVI. Le concurrent d'un pape est rarement consacré comme son successeur. Et le choix de Bergoglio n'aurait pas pu se faire sans le soutien des Italiens de la Curie, associé à la résistance du bloc sud-américain. En Italie, les théories du complot vont déjà bon train: si Benoît XVI a démissionné, c'est que la Curie aurait voulu saper ses réformes. Et cette élection ne fera que renforcer ce genre de rumeurs. Ce vieux pape, qui ne connaît pas grand-chose du fonctionnement de la Curie et de ses officiers, sera encore plus facile à ignorer que le précédent.

Déjà des accrocs dans la tradition liturgique

Et ce manque d'expérience se double d'une passivité certaine face aux membres de son propre diocèse. Comment croire que Buenos Aires ait été épargnée par la corruption et la pourriture morale que l'on retrouve dans tout le clergé catholique? Ou, plus probable, s'agit-il d'un énième cardinal qui a préféré regarder ailleurs et ne pas se confronter aux éléments les plus «dépravés» de l’Eglise, au risque de mettre de nombreux enfants, voire la cause catholique, en danger?

La prétention et la calomnie sont certes des péchés, mais les catholiques devraient se préparer au pire: le nouveau coup de projecteur porté sur son règne pourrait révéler des scandales et des cas de négligence.

Les traditionalistes liturgiques (dont je fais partie) ne peuvent qu'être abattus par cette élection –il s'agit sans doute du pire choix possible, pour tous ceux qui voient dans la nouvelle liturgie une atteinte à la profondeur théologique et à la beauté rituelle de la messe tridentine.

La libération de la messe traditionnelle en latin, voulue par Benoît XVI, et les révisions faites à la nouvelle messe vernaculaire, n'ont absolument pas été appliquées dans le propre diocèse du cardinal Bergoglio. Et, déjà, quelques petits accrocs dans la tradition liturgique opérés lors de l'annonce de son élection pourraient aussi annoncer un pontificat à la Jean Paul II, fait d'indiscipline et de tâtonnements; un reproche tacite fait à Benoît XVI.

Bien sûr, la papauté nous a déjà surpris par le passé. La tradition catholique veut que la papauté ait été érigée par un homme médiocre, saint Pierre, décrit un jour comme «un pantin, un vaniteux, un pleutre – en un mot, un homme».

Aujourd'hui, le pape François est un homme à la tête d'une Eglise paralysée par un clergé immoral, des évêques irréfléchis et une vie intellectuelle et spirituelle moribonde. Espérons que Dieu lui vienne en aide.

Michael Brendan Dougherty

Traduit par Peggy Sastre

Publié le 14/03/2013
Mis à jour le 14/03/2013 à 10h27

Election du pape François: le centre de gravité du catholicisme a basculé

Jean-Paul II était venu de l’Est, le pape François vient du Sud: le centre du catholicisme n’est plus l’Europe. Reste qu'en Amérique latine, l'Eglise est affaiblie par les groupes évangéliques et divisée.

Des fidèles durant la première messe suivant l'élection de Jorge Mario Bergoglio, le 13 mars à Buenos Aires. REUTERS/Agustin Marcarian.

- Des fidèles durant la première messe suivant l'élection de Jorge Mario Bergoglio, le 13 mars à Buenos Aires. REUTERS/Agustin Marcarian. -

L’Europe n’est plus le centre de l’Eglise. Jean-Paul II était venu de l’Est, le pape François vient du Sud. Le centre de gravité du monde catholique s’est déplacé. Son horizon s’est élargi, mondialisé.

Il n’est plus, pour le nouveau pape, celui des guerres européennes qui avaient si douloureusement marqué des hommes comme le Polonais Karol Wojtyla et l’Allemand Joseph Ratzinger. Il n’est plus hérité du concile Vatican II (1962-1965) —auquel Jorge Mario Bergoglio, trop jeune, n’a pas assisté— et des querelles européennes entre progressistes et conservateurs qui lui avaient succédé.

Jean-Paul II, en 1978, venait de ces pays de l’Est européen, de culture slave et de régime communiste, prisonniers derrière le rideau de fer, de cette «Eglise du silence» à la fois plainte et critiquée en Occident pour son conservatisme. Le pape polonais leur a redonné une voix, montré des chemins de libération qui allaient aboutir à la chute du mur de Berlin.

Vision tragique de l'Histoire

Benoît XVI, en 2005, venait lui de cette Bavière ultracatholique où les clochers sculptent un catholicisme de Contre-Réforme, où la liturgie, les ornements et les cantiques se fondent dans le paysage rural, la vie familiale, les fêtes, la culture et la musique. Toute sa théologie restera marquée par ce goût pour la tradition.

L’Allemand Joseph Ratzinger comme le Polonais Karol Wojtyla ont été aspirés très tôt par des totalitarismes —le nazisme, le communisme— qui allaient nourrir chez eux une vision tragique de l’Histoire, liant déraison, mort de Dieu et anéantissement de l’homme. A Auschwitz et au goulag.

La papauté qui, pendant quatre siècles et demi, avait été une sorte de chasse gardée des Italiens et qui, ces trente-cinq dernières années (1978-2013), avait confié ses clés à deux autres papes européens, connaît un basculement géographique qui témoigne d’une étonnante adaptation à la modernité et au changement du monde de la part des cardinaux électeurs du conclave. Et témoigne aussi du spectaculaire changement de rapports de force au sein d’une Eglise qui a changé d’hémisphère.

Religion populaire, émotive, dévotionnelle, active

Le pape François vient de cette Amérique latine où vit la moitié de la population catholique du monde —500 millions de fidèles— et qui compte en son sein des pays parmi les plus catholiques de la planète: 150 millions au Brésil, 92 millions au Mexique, 38 millions en Argentine, etc.

Il vient d’un continent catholique par toutes ses fibres: par son histoire (celle de la colonisation espagnole et portugaise), par ses références culturelles, par ses établissements éducatifs et sociaux, par la place qu’y prend l’Eglise dans le débat politique. François parle la langue espagnole qui est la première dans le catholicisme mondial.

La religion y est populaire, émotive, dévotionnelle, active. Les tensions nées autour de la théologie de la libération, dans les années 1960-1980, étaient synonymes d’une volonté d’engagement social, avec toutes ses contradictions.

L’Eglise d’où vient le nouveau pape reste associée à tous les débats de la société civile dans des pays qui ont subi des régimes de dictature militaire sanglante, des expériences marxistes, des guérillas et qui souffrent encore de toutes les contradictions liées à un néolibéralisme sauvage, à un accroissement phénoménal des disparités, à la violence des villes, à des expériences populistes.

Elle a longtemps servi de modèle, notamment dans cette Europe au christianisme épuisé et vieillissant, par le dynamisme de ses communautés, par son inventivité théologique, par son engagement dans les luttes sociales, dont témoignaient au Brésil un Dom Helder Camara, ancien évêque de Recife, ou un Paulo Arns, ex-archevêque de Sao Paulo.

Elle jouissait autrefois d’un quasi-monopole religieux. Mais elle est désormais confrontée à une grave hémorragie, sévèrement menacée par l’explosion des Eglises évangéliques et pentecôtistes. Au Brésil, l’Eglise a perdu le quart de ses fidèles en vingt-cinq ans. En Argentine, en vingt ans, quatre millions l’ont quittée pour aller grossir les rangs des «sectes» évangéliques.

Division autour de deux lignes

Deux lignes divisent aujourd’hui les catholiques latinos. D’abord, une ligne néoconservatrice qui a le vent en poupe, représentée par des mouvements conservateurs —Opus Dei, Légionnaires du Christ, Communion et libération, dont est proche le nouveau pape—, par une nouvelle génération d’évêques appuyés sur l’orthodoxie romaine, par des prédicateurs du Renouveau charismatique, comme le célèbre prêtre brésilien Marcelo Rossi qui, à la mode pentecôtiste, remplit les stades au Brésil.

Pour eux, c’est la «politisation» de l’Eglise des années 1960-1990 qui serait responsable de l’érosion numérique de ses troupes. L’Eglise des temps héroïques avait sans doute réussi à toucher les forces d’opposition, les classes moyennes et intellectuelles, mais elle avait négligé les besoins spirituels des populations pauvres. Cela aura profité aux groupes évangéliques, plus prompts à former des «pasteurs», à quadriller les quartiers pauvres des villes avec leurs réseaux d’entraide, à promettre des bienfaits immédiats en termes de santé, de lutte contre l’alcool ou la drogue.

Une deuxième ligne «néoprophétique» résiste, reste fidèle aux orientations d’hier: «option préférentielle» pour les pauvres, confiance aux «communautés de base» et à l’«Eglise populaire». Les néo-théologiens de la libération et les militants engagés, prêtres et laïcs, héritiers des combats d’autrefois, ne désespèrent pas du rôle d’avant-garde que les catholiques sont encore appelés à jouer dans les luttes écologiques, auprès des populations indiennes, des femmes, des laissés-pour-compte des économies libérales.

Par son histoire, par son style de vie et ses engagements, le nouveau pape, Jorge Mario Bergoglio, réunit ces deux tendances du catholicisme latino-américain enfin propulsé au sommet de l’Eglise.

Henri Tincq

Publié le 15/03/2013
Mis à jour le 15/03/2013 à 9h37

Commentaires

Merveilleux article ! C'est le type d'informations qui sont censés être partagées à travers l'internet. Venez et discuter sur mon site. Merci =)

Écrit par : maxosize en pharmacie | 06/10/2014

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