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07/04/2013

CONGO/KINSHASA : RETOUR DES MENDIANTS A KAMPALA MAIS POUR QUOI FAIRE ET QUE NEGOCIE-T-ON AU JUSTE DE GOMA ANNEXE AU RWANDA OU AUTRE CHOSE?

VERBATIM :

"Le retour de Kinshasa à la table des négociations devra-t-il être considéré comme une capitulation face à la nouvelle pression ougando-rwandaise ? La réponse à cette interrogation laisse transparaître des contradictions dans la démarche de Kinshasa."


Publié le samedi 6 avril 2013 04:20 Écrit par LE POTENTIEL

 

© Copyright Le Potentiel


 


Kinshasa reprend la route de Kampala

Reprise de service à Kampala entre les délégations de Kinshasa et du M23. Le processus initié par la CIRGL, qui a tiré Goma des griffes du M23, ne pouvait rester inachevé. Kinshasa s’est ressaisi pour ne pas être accusé de mauvaise foi et d’irrespectueux de ses engagements. Une première réunion est prévue ce samedi à Kampala entre les deux délégations. Que cache cette reprise subite des pourparlers ? Sans doute, la traversée en début de semaine des troupes rwandaises et ougandaises.

L’information relative à la rentrée sur le territoire congolais des troupes rwandaises et ougandaises dans la nuit de lundi à mardi entraîne déjà ses premiers effets. Les délégués de Kinshasa aux pourparlers engagés dans la capitale ougandaise avec le M23 ont repris la route de Kampala hier vendredi dans la soirée. Il nous revient également que les délégués du M23 auraient, eux aussi, quitté Bunagana le même vendredi, toujours au soir vers la même destination. Les deux délégations doivent prendre part à une première réunion prévue ce samedi par la facilitation ougandaise.

Les discussions entre les deux parties vont porter sur l’examen de deux textes de proposition d’accord en vue de conclure, une fois pour toute, cette page entamée depuis le 9 décembre 2012. Selon René Abandi, secrétaire chargé de l’extérieur du M23 et président de la délégation à Kampala, la proposition d’accord de Kinshasa ne serait pas conforme aux attentes de son mouvement. Selon lui, ledit texte contient des points de divergence mais il s’est réservé de les révéler, « pour ne pas pécher contre le règlement intérieur du dialogue de Kampala ».

Il a souhaité que le texte de Kinshasa et celui du M23 soient harmonisés.

Ce qui saute tout de suite aux yeux c’est que les régimes de Kigali et de Kampala ont, une fois de plus, exercé des pressions sur Kinshasa pour tirer le M23 du pétrin. Cela avant le déploiement de la brigade spéciale d’intervention prévue la Résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le M23, ragaillardi par les renforts venant de l’Ouganda et du Rwanda, se fait fort de présenter des contrepropositions que Kinshasa devra avaliser. Pour rappel, les pourparlers de Kampala étaient entrés dans une zone de turbulences au mois de mars dernier, suite à la proposition gouvernementale de 14 articles, dénoncés par le M23, en vue de les clôturer. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont, entre-temps. Des dispositions faisant objet de divergences n’ont pas reçu l’assentiment du mouvement rebelle. Quelques dispositions du document ont constitué des points de convergence.

Il s’agit notamment de « l’amnistie des membres du M23 qui ne font pas l’objet de poursuites judiciaires nationales et internationales, l’accélération de la mise en œuvre des accords sur le retour des réfugiés vivant dans les pays voisins et la création d’un secrétariat général chargé de la réconciliation au sein du ministère de l’Intérieur », indique radio Okapi.

Une plénière est projetée pour le jeudi 11 avril pour décider de la signature de l’accord final des pourparlers. La facilitation qui s’active certainement doit avoir pris des dispositions utiles pour sa tenue effective. Toutefois, une convergence reste retenue : la révocation des officiers M23 des rangs des FARDC par ordonnance présidentielle le jeudi 4 avril « ne constituera pas un obstacle quant à l’issue heureuse des négociations », note la radio onusienne. L’ordonnance présidentielle précitée révoque le général Bosco Ntaganda et une dizaine d’officiers supérieurs de rangs des FARDC. Tous ces officiers se recrutent tant dans le M23 aile Makenga que dans celle de Jean-Marie Runiga.

Parmi les révoqués, il y a notamment le général renégat Bosco Ntaganda, le colonel Sultani Makenga, commandant des opérations du M23, autoproclamé général, les colonels Baudouin Ngaruye et Albert Kahasha, les lieutenants-colonels Vianney Kazarama, Erick Ngabo et le commandant Innocent Zimurinda.

Le nouveau président du M23 Bertrand Bisimwa estime, quant à lui, que l’ordonnance présidentielle n’aura aucune incidence sur une éventuelle signature de l’accord final de Kampala. Il a ajouté que « le chef de l’Etat n’a enfoncé que la porte qui était déjà ouverte. En créant le M23, ces officiers avaient déjà décidé d’eux-mêmes de quitter les rangs des FARDC ». En dehors de ce point de convergence, une divergence majeure a vu le jour à la suite de la création le 28 mars 2013 de la brigade spéciale d’intervention de la Monusco. Une initiative saluée de deux mains par Kinshasa, mais boudée par le M23. Les rebelles ont continué de croire et de soutenir que « Kampala est l’unique voie pour le retour de la paix en RDC ».

Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC, Roger Meece, a rappelé que le secrétaire général de l’Onu et le Conseil de sécurité ont mis « un fort accent sur ce volet politique » pour résoudre les conflits armés dans l’Est de la RDC. Il enfonce le clou en déclarant : « Bien entendu, il y a des pourparlers à Kampala, mais il y a aussi l’accord qui a été signé à Addis-Abeba par tous les pays de la région ainsi que d’autres ».

Un accord en vue

Le retour de Kinshasa à la table des négociations devra-t-il être considéré comme une capitulation face à la nouvelle pression ougando-rwandaise ? La réponse à cette interrogation laisse transparaître des contradictions dans la démarche de Kinshasa.

Pas plus tard que lundi dernier, le porte-parole du gouvernement et le ministre des Affaires étrangères avaient soutenu, haut et fort, que le M23 n’avait d’autre issue que de cesser toutes ses activités, En cas de résistance, la brigade spéciale instaurée par les Nations unies allait y mettre un terme. Les rencontres de Kampala ont démontré que les agresseurs tiennent mordicus à offrir une voie de sortie à leurs filleuls du M23 à travers l’intégration au sein des institutions et de l’armée de la République démocratique du Congo. En agitant le spectre du retour de la guerre et le cauchemar de la reprise de Goma, le M23 et ses parrains ont poussé Kinshasa au pied du mur, l’obligeant de tout mettre en œuvre afin d’éviter que le déploiement de la brigade spéciale d’intervention de la Monusco ne soit compromis par un changement notable sur le terrain des opérations militaires.

A cette allure, il apparaît clairement que Kigali et Kampala sont déterminés à obtenir des garanties suffisantes au profit du M23.



Publié le samedi 6 avril 2013 04:20 Écrit par LE POTENTIEL

 

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