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09/06/2013

BRESIL : LES RAISONS D'UNE DEFAITE ANNONCEE DE LA SELECAO

VERBATIM :

"Scolari est-il l’homme de la situation ?
Qu’a-t-il fait depuis 2002 ? Une finale de l’Euro perdue à domicile face à la Grèce qui est la négation du foot, six mois à Chelsea avant de se faire virer, une saison en Ouzbékistan (au FC Bunyodkor, ndlr) et enfin deux ans à Palmeiras qu’il a relégué en D2 ! Et c’est lui qui est censé relancer la Seleçao ?"

Francefootball.fr


Le 08/06/2013 à 10:00:00 | Mis à jour le 08/06/2013 10:11:30

Info FF

Paulo Cesar : «Le Brésil manque d'un Guardiola»

 

A 63 ans, le vainqueur du Mondial 1970 aux côtés du Roi Pelé pose un regard sans concession sur l'état du football brésilien à la veille de Brésil-France. Pour l'ancien attaquant de la Seleçao, passé par l'OM en 1974, la crise est grave car le mal est profond au pays quintuple champion à un an de «sa» Coupe du monde.

 
 
Paulo Cesar livre un regard critique sur la Seleçao. (L'Equipe)
 
 

«Paulo Cesar, à quelques jours du début de la Coupe des Confédérations au Brésil, la Seleçao a rarement paru en aussi mauvaise posture. Inquiétant à un an du Mondial, non ?
Ça ne date pas d’aujourd’hui, je tire la sonnette d’alarme depuis des années. On a perdu tout ce qui faisait le foot brésilien : le dribble, le swing, l’inspiration, l’improvisation, le jeu collectif en un minimum de touches, au sol, court.

A quoi est-ce dû ?
La victoire en Coupe du monde en 1994 a fait beaucoup de mal. Aux Etats-Unis, la Seleçao a joué avec un 4-4-2 béton : quatre milieux défensifs, Dunga, Mauro Silva, Mazinho et Zinho, et le seul duo Romario-Bebeto pour faire la différence devant. Un Mondial, ce n’est pas un Championnat, ce ne sont que sept matches sur un mois. Avec une bonne organisation et deux finisseurs hors du commun, ça peut marcher. Et ça a marché : à chaque match ou presque, deux occasions, un but. Résultat : tout le football brésilien a adopté ce schéma.

Mais on peut aussi dire que ça de nouveau fonctionné en 2002.
Parce qu’il y avait deux créateurs incroyables, Rivaldo et Ronaldinho, et un phénomène devant le but, Ronaldo. C’est pour ça que je dis que malgré la victoire, on s’est trompé car le système était mauvais. Car aujourd’hui qu’il n’y a plus d’individualités aussi exceptionnelles, on se trouve dans une impasse.

«Qu'a fait Scolari depuis 2002 ?»

Comment faire pour sortir de cette impasse dont vous parlez ?
Il faut revenir à nos fondamentaux. La base des grandes équipes du Brésil, c’est le milieu de terrain. C’est là que tout se passe. Et là, il faut des joueurs qui dominent le ballon. En 1970, Rivelino, Gerson, Tostao. En 1982, Junior, Falcao, Zico, Socrates. Il faut impérativement réapprendre à dominer le ballon. Or aujourd’hui, où sont les créateurs du milieu ? Oscar est remplaçant alors que Ronaldinho, Ganso et Kaka n’ont même pas été sélectionnés pour la Coupe des Confédérations.

Scolari est-il l’homme de la situation ?
Qu’a-t-il fait depuis 2002 ? Une finale de l’Euro perdue à domicile face à la Grèce qui est la négation du foot, six mois à Chelsea avant de se faire virer, une saison en Ouzbékistan (au FC Bunyodkor, ndlr) et enfin deux ans à Palmeiras qu’il a relégué en D2 ! Et c’est lui qui est censé relancer la Seleçao ?

Même au niveau des clubs on retrouve ces problèmes ?
Bien sûr. On élimine les artistes, les ailiers, qui étaient la force du jeu brésilien, et on met uniquement des «troglodita», des costauds primaires au milieu, et on balance devant. Bilan : 80 passes ratées par match, autant de fautes commises. Le football ? Zéro. Regardez les fiches des clubs brésiliens et vous allez voir que dans la plupart, les entraîneurs principaux sont des préparateurs physiques. Des types qui n’ont même jamais tapé dans une orange. Avant ils n’étaient même pas adjoints, ils faisaient juste partie du staff. Aujourd’hui, ce sont eux qui dirigent.

«Les chances du Brésil à la Coupe du monde ? Franchement, je n'en ai rien à foutre. Moi, je serai derrière l'Espagne et l'Allemagne.»

C’est sans solution alors ?
La vérité, c’est qu’au Brésil, il nous manque un Guardiola. Un type suffisamment courageux pour imposer une idée de jeu ambitieuse. Moi, j’avais clairement défendu l’idée d’appeler Guardiola à la tête de la Seleçao. Vous savez, il y a beaucoup d’argent dans le foot brésilien. Alors forcément, beaucoup veulent assurer des résultats en bétonnant. C’est le chemin de la facilité. Mais aussi celui de la médiocrité. Le seul qui a une vraie ambition actuellement chez nous, c’est Cuca, l’entraîneur de l’Atletico Mineiro qui avait déjà fait du bon travail à Fluminense et Botafogo. Il a relancé Ronaldinho en l’associant à un autre créateur, Bernard, un jeune joueur assez petit mais très vif, technique et intelligent, que vous devriez découvrir durant la Coupe des Confédérations.

Si on vous écoute, ça semble fichu pour la Seleçao à la Coupe du monde ?
Je peux être franc ? Je n’en ai rien à foutre. Moi, je serai derrière l’Espagne et l’Allemagne. J’ai d’ailleurs été emballé par Dortmund. Plus encore que par le Bayern qui est technique bien sûr mais surtout très athlétique. Alors que le Borussia avec Gündogan, quel joueur celui-là, Reus, Götze, c’est vraiment superbe. Passes courtes, jeu en triangle, mouvement, vitesse, audace. Avec leur maillot jaune, ils m’ont fait penser à une équipe. Vous voyez laquelle ? (Rire)

On insiste : et le Brésil alors ?
Il faudrait faire des choix très forts, presqu’une révolution, en optant pour une équipe de vrais joueurs, en alignant des Oscar, Bernard, Lucas, Neymar…

Ok Paulo mais la défense alors ?
C’est la première chose dont a parlé Scolari quand il a été nommé, ça montre bien quelles sont ses priorités. Et moi, je réponds que c’est à nous de poser des problèmes aux défenses adverses, pas le contraire. On a l’impression que le choix, c’est toujours gagner en jouant mal ou perdre en jouant bien. Mais je suis sûr que c’est en jouant bien que l’on se donne le plus de chances de gagner. En plus, derrière, la Seleçao a de vrais bons footballeurs : Thiago Silva, Marcelo, Daniel Alves… C’est dommage qu’on possède de tels relanceurs de ne pas chercher à davantage construire. Le Brésil doit de nouveau faire peur. Mais aujourd’hui, il pense avant tout à se protéger.»

Propos recueillis par Dave Appadoo

10:33 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0)

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