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13/01/2014

CONGO-KINSHASA : L'HOMME CONGOLAIS A LA MEMOIRE COURTE !

L’HOMME CONGOLAIS A LA MEMOIRE COURTE !

Si Mobutu sese seko était un léopard redouté, une bête politique incomparable, Joseph Kabila Kabange est un chat. Il est malin. Il est rusé. Il est anticipatif. Je ne répond pas ici aux analyses très lucides voire prémonitoires de mon frère tribal le prof. Omasombo (autrement dit Ousmane comme nous l'appelions à la fac de philosophie et lettres de l'Université de Lubumbashi), afin de donner l'impression de ne pas parler d'une même voix, alors que s'il y a un pouvoir qui a reconnu Patrice-Emery Lumumba notre frère tribal commun et héros national abattu froidement au Katanga le 17 janvier 1961, c'est celui de Kabila père et fils. Qui, donc, en Afrique, et au Congo-Kinshasa en particulier, peut lever son petit doigt, excepté Lumumba, pour dire que quand il va voter, il ne regarde pas les accointances tribales, régionales, claniques ? Qui hein ? Les baluba votent pour les baluba, les bakongo pour les bakongo ... Sauf les batetela dont je relève votent pour des programmes politiques, et jamais pour des personnes, de la famille fût-il. Ce que j'essaye d'insinuer, en marge des déclarations d'Ousmane,  consiste dans cette façon de juger les dirigeants relevant d'une certaine mémoire collective complètement défaillante. Certes, et ne pas le reconnaître serait pure mauvaise foi, la kabilie éprouve des vraies difficultés à redonner au pays et au peuple congolais le meilleur d'elle-même, trop de projets sont en panne. Impossible de rouler dans Kinshasa. IL N'Y A PAS DE ROUTE. La vieille Mercedes (du nom de l'ex  première dame du Zaïre) que j'ai ramenée de Belgique (mon pays d'adoption) a perdu toute sa beauté européenne. Des pannes se succèdent à cause de la boue, de l'eau de pluie stagnante. La 7è rue de Limete s'est transformée en lac, au point qu'une pirogue géante a été installée pour assurer, moyennant 500 francs congolais, le trafic d'une rive à une autre rive ! Difficile de croire qu'on est dans la capitale, etc. Cette capitale est dans un état aussi pitoyable, lamentable que les capitales du Moyen-Âge !

Mais à qui la faute ? A Mobutu, au mobutisme, à Tshisekedi et au tshisekedisme qui ont préparé ces conditions désastreuses. "Après moi le déluge, menaçait Mobutu". Qui l'ignore ? Personne. Il disait, quand on lui reprochait sa mégalomanie et sa mauvaise gouvernance, "ma tête je la vendrai trop chère" ! Voilà le seul père de la nation au monde qui, au lieu, de souhaiter à sa progéniture un bel héritage, lui promettait le déluge, le malheur, le karma ! Hélas pour lui, car il repose, lui et ses restes, dans un petit cimetière chrétien de Rabat au Maroc. Ce n'est pas cela vendre sa tête trop chère, voyons. Voici un homme qui avait un charisme flamboyant, qui avait une intelligence politique exceptionnelle-, car qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, Mobutu c'était Mobutu, c'est-à-dire un homme fort, puissant, "nationaliste" lorsqu'il s'agissait de défendre ses petits intérêts personnels (dans le dos de son peuple)-, mais qui hélas n'a pu (par mauvaise foi, certes) mieux faire pour son pays.

Pire de malheur pour le peuple congolais, au lieu de se perdre, eh bien les personnages occultent du mobutisme (Sakombi Inongo, Kengo wa Dondo, Mokolo wa Mpombo, et il y en a encore pleins) en la faveur des alliances contre nature et leurs stratagèmes machiavéliques dont ils ont le secret prirent en otage aussi bien le père Kabila d'abord que le fils Kabila ensuite. Dans ces conditions, quel changement, souhaiterait-on ? L'on a une classe d'anciens fortunés et gâtés du régime mobutiste, qui n'ont pas oublié leurs manies faites de tribalisme, de corruption, de tricherie, de clientélisme, de népotisme, et qui pour ne pas perdre leur bifteck tournoient jours et nuits autour de l’actuel Chef de l'Etat Joseph Kabila Kabange (tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l’écoute comme ils le faisaient jours et nuits autour du Maréchal de Kawele) pour aider Joseph Kabila Kabange à ne pas décider de quoi que ce soit. Parce que chez eux, le laxisme, le statu quo, l'immobilisme (l'on s'en souvient à l'époque de la conférence nationale souveraine), sont leur mode opératoire; le pourrissement les aident à résister au temps qui passe. Voyez Tshisekedi, et vous allez tout comprendre. Au fait que serait-il devenu s'il avait accepté la primature que son ami et frère d'armes Mobutu lui offrit en 1991 ? Tout le monde aura n’est-ce pas découvert son imposture et son incompétence notoire ? Il aura disparu n’est-ce pas de la scène politique comme la plupart de ses collègues premiers ministres, dont le mérite aura été tout de même celui d'avoir accepté de se mouiller la chemise, Antoine Gizenga étant de ceux-là ?

Je ne défends ni absolument, ni aveuglement, ni encore moins sentimentalement le kabilisme. Tout le monde – attention les gens sensés - l'aura (l’auront) compris. En revanche, ce que j'essaye d'expliquer est que si le Congo-Kinshasa se trouve dans le chaos social, politique, économique, culturel qui est le sien en ce moment, c'est à cause de la prédation mobutiste, et non spécialement des Kabila père et fils. Ceux-ci essayent de faire ce qu'ils peuvent, mais hélas ce n'est pas suffisant. Et puis on feint d'oublier que si Mobutu et le mobutisme sont morts, ses animateurs contrôlent le Sénat, c'est-à-dire la chambre haute du parlement congolais. C’est en majorité, et pour ceux qui ne le savent pas ou doutent encore et toujours, les ressortissants de l'Equateur, la province de l'ex Maréchal du Zaïre, qui contrôlent le Sénat. On est ici en pleine cohabitation entre l'ancien régime et le nouveau régime, la défunte Deuxième République et la Nouvelle Troisième République. Partout dans les entreprises marchandes et non marchandes, ce sont les mobutistes qui occupent des postes de responsabilité. Et pourquoi, donc ? Parce que quand les Kabila étaient arrivés aux affaires, pressés par le temps et le changement, ils ne purent compter que sur les anciens collaborateurs de Mobutu qu'ils trouvèrent. Ils n'eurent pas le temps de former leur classe politique acquise et rompue aux vertus socialisantes, communisantes.

Joseph Kabila est-il fini ? Je ne pense pas. Il faut venir au Congo-Kinshasa pour le vérifier de soi-même. Tout d'abord, il n'y a pas de classe politique, au sens où on l'entend en Europe, ou même ailleurs en Afrique. Ici ce sont des sous hommes, des sans-culottes, des damnés de la terre auxquels on a affaire; ceux dont le seul haut fait d'arme politique est de rouler dans une Jeep aux vitres teintées noires fumées ! Derrières ces vitres, ils narguent les piétons de Kinshasa et d'ailleurs voire se moquent d'eux. Au regard de ce que je vois D'ICI, il n’y a aucun doute que la situation politique et militaire est sous contrôle. Le Congo-Kinshasa n’est pas et ne sera jamais la Centrafrique où un peuple peut refuser, en prenant tout ce qu’il avait sous les bras, pour se débarrasser en moins d’une année (il faut le faire, chapeau bas aux centrafricains) des intégristes arabes et musulmans venus appliquer la charia, assassiner et violer leurs femmes et leurs frères chrétiens. Si c’était en Centrafrique, les rwandais de Kagamé et compagnies n’allaient jamais massacrer pendant plus de dix ans la population innocente du Kivu. Pragmatisme politique et intellectuelle obligeant, donc, cessons d’analyser la situation sociale, économique, culturelle et politique du Congo-Kinshasa en étant à l’étranger, il faut venir y vivre pour être en mesure d'y donner avec exactitude la situation qui y prévaut.

Pour clore, que l’on me permette de faire remarquer comment de tous les acteurs de la formule 1+4, Joseph Kabila Kabange en est encore et toujours le seul survivant ! Pourtant, il n'a rien fait ni physiquement, ni politiquement pour neutraliser ses adversaires politiques de ladite formule !!! N'était-ce pas là un vrai signe de maturité politique, le tout dans un pays où, en dépit des diplômes, la classe politique reste foncièrement analphabète ? Comment expliquer qu'un homme dont on dit le pire au plan académique ait réussi à soumettre tous les savants de la RDC si en tant qu’individu il n’avait pas en soi des qualités intrinsèques insoupçonnées et donc très rares même chez ceux qui se disent savants ou se prétendent tels ? Comment est-il parvenu, du président de la transition qu'on annonçait, à tirer davantage des ficelles du jeu politique, sans jamais se faire inquiéter et surtout en devenir le maître incontesté? Pour celui qui tient vraiment à comprendre qui est vraiment Joseph Kabila Kabange, il devrait, il me semble, d’abord commencer par méditer ces questions et davantage y répondre. « La vie, écrivait Etienne Jalenques dans sa « thérapie du bonheur » (texte intégral), Marabout/Hachette, 2002, est faite de risques. S’hyperprotéger revient à ne pas vivre. Quant à la peur, non seulement elle n’empêche pas le danger, mais elle nous ôte souvent les moyens d’y faire face ».

Kinshasa, le 14 janvier 2014

 

 

 

Kinshasa, le 14 janvier 2014

 

Prof./Hdr./Dr.Antoine-Dover OSONGO-LUKADI

Chercheur habilité à diriger des recherches de philosophie

Professeur des universités

Blog : kilimandjero.blogs.dhnet.be (www.dh.be/rubriqueblogs)

Courriels :

antoinedoverrichardol@hotmail.fr

osongo_lukadi@yahoo.fr

Devise : « Meurs et deviens » (Goethe)

Ordre :

« Ahora Siempre »

 

 

 

 


Jean Omasombo : "On entre dans une période d’incertitude"


Le Pr. Omasombo analyse la récente déstabilisation de la République Démocratique du Congo.

Assauts armés à Kinshasa, au Katanga et à Kindu (Maniema); batailles rangées entre armée et séparatistes katangais; gouvernement "de cohésion nationale" annoncé en octobre et toujours introuvable… Les événements s’accélèrent au Congo. Pour les comprendre, nous avons interrogé le politologue Jean Omasombo, chercheur au Musée de Tervuren et professeur à l’université de Kinshasa.

Quelle est votre lecture des attaques du 30 décembre par des fidèles du pasteur Mukungubila ?

D’abord, je remarque que ce pasteur a pris la fuite et a disparu - comme l’auteur d’une autre tentative de coup d’Etat, un Luba également originaire du Nord-Katanga, Eric Lenge.

Rappelez-vous, les 10 et 11 juin 2004, ce major responsable du groupe commando d’élite de la garde présidentielle avait pris le siège de la radio nationale avant de disparaître sans être jamais inquiété. Maintenant c’est le pasteur qui a disparu selon le même schéma; on s’interroge bien sûr sur la qualité des services de sécurité, de la police, voire de l’armée. Et l’on s’étonne de la facilité avec laquelle les fidèles du pasteur ont à la fois occupé la radio-télévision et attaqué l’état-major général et l’aéroport international de Kinshasa.

On note aussi que la déstabilisation survient dans des provinces réputées encore favorables au président Kabila : attaques spectaculaires au Katanga et, cette fois, le Maniema a été touché. On sait que le Kivu et la Province orientale, les autres régions qui avaient voté massivement Kabila en 2006, s’en sont éloignés progressivement. Cela paraît significatif : le mécontentement gagne l’opinion.

Ces événements sont-ils liés à la longue attente d’un nouveau gouvernement ?

La lecture par l’opinion publique de la défaite du M23 au Kivu et "des concertations nationales" me semble avoir un lien avec ces événements. Dans les attaques du 30 décembre, on peut percevoir le mécontentement lié à la nomination à la tête de la police nationale du général Charles Bisengimana - un Tutsi, comme la majorité des combattants du M23. Cette promotion passe aux yeux de l’opinion pour une garantie donnée par le président Kabila au M23. Il y aurait des garanties formelles, signées par le gouvernement, et des garanties "réelles" ou alliances. Le CNDP, duquel est issu le M23, était devenu un parti politique de la majorité présidentielle en mars 2011, une alliance qui paraissait alors intéressante pour gagner les élections de novembre. Quelle participation au pouvoir était-elle convenue pour le CNDP ? Cette fois-ci, la promotion de Bisengimana à un poste trop en vue, succédant à un Katangais, John Numbi, survient à un moment très sensible, alors que depuis la clôture des concertations nationales, le 24 octobre, qui ont suscité énormément d’attente, il ne s’est rien passé sauf cette nomination, qui sonne dès lors comme une explosion.

Pourquoi le président Kabila a-t-il convoqué ces concertations nationales ?

Je pense qu’il a voulu s’en servir pour rebondir, à la fois réparer sa réélection contestée de 2011 et, surtout, se trouver une place pour la présidentielle de 2016. On sait qu’il a dû renoncer à modifier la Constitution pour se permettre un troisième mandat. Par les concertations nationales, il aurait espéré mettre en place une forme de transition organisant un nouveau cadre et, ainsi, repartir pour de nouveaux mandats comme en 2006, quand une nouvelle Constitution lui avait permis de se présenter à deux mandats, les cinq années de pouvoir effectuées auparavant étant "effacées".

Deux mois et demi après le discours de clôture des concertations nationales par M. Kabila, cependant, le gouvernement "d’union nationale" n’est toujours pas en vue.

Tout le monde attend ! Alors que le gouvernement est en affaires courantes, l’atmosphère est pesante à Kinshasa. Les concertations nationales ont échoué et en voulant en tirer coûte que coûte des résultats, le Président, qui annonce un gouvernement d’union nationale se crée lui-même de nouveaux problèmes. Qui prendre et qui laisser ? Kabila a face à lui 3 000 ou 10 000 candidats, alors que le gouvernement, même élargi, ne peut dépasser 60 places. Il sait qu’il devra nécessairement mécontenter de nombreux courtisans. Dans cette atmosphère, on peut se demander s’il ne sera pas pris en otage, comme Mobutu l’a été dans la phase décroissante de son pouvoir jusqu’à sa chute, en 1997. Sa garde présidentielle l’avait alors retenu à Gbadolite et il avait dû payer une rançon pour pouvoir fuir le pays.

Pourquoi n’y a-t-il pas de gouvernement ?

En raison de divers facteurs. D’abord, la quantité des demandes et des attentes. Et la diversité des réseaux à satisfaire. Sans compter la manière d’opérer du Président qui, en particulier depuis les élections de 2011, sort souvent du cadre légal pour s’attribuer des prérogatives que ne lui donne pas la Constitution. Contrairement à ce qu’elle prescrit, il a ainsi désigné ses Premiers ministres - Gizenga, Muzito, Matata - chaque fois en dehors du parti majoritaire au Parlement, le PPRD. Il faut souligner que Kabila prend toujours soin de se présenter comme au-dessus de la mêlée et ne prend pas la direction du PPRD, avec lequel il conserve une certaine distance. Il a, certes, besoin de ce parti comme instrument de propagande mais ne peut compter sur lui pour assurer et organiser son pouvoir réel. Ses conseillers, son énorme machine présidentielle, sa Maison militaire et sa garde sont pour lui des outils plus importants, qui échappent complètement à l’emprise d’un parti qui n’en est pas réellement un.

Aujourd’hui les principaux acteurs du PPRD sont mécontents du Premier ministre, dont ils exigent le départ, notamment parce qu’en bancarisant les fonds pour les institutions, Matata rend leur accès plus difficile. Ces gens ne sont plus, pour la plupart, que de simples députés. Formellement les alliés de Joseph Kabila, ils veulent qu’un Premier ministre soit nommé dans leurs rangs; cela en ferait plus ou moins le dauphin du Président pour 2016. Mais Kabila accepte-t-il ce schéma ?

Le chef de l’Etat est aujourd’hui dans une position où il risque de créer de nombreux Kamerhe : des mécontents qui deviennent des rivaux dangereux parce qu’ils le connaissent bien.

Quelle conclusion tirez-vous de la situation ?

Joseph Kabila ne devance plus les événements, il court derrière le temps. Il se demande comment revenir à sa meilleure période, celle qui va de 2006 à environ 2009. En 2006, élu, il avait annoncé : "la récréation est finie" et présenté son programme de "cinq chantiers". Mais il s’est mis lui-même en récréation et a raté ses objectifs.

La question qui se pose aujourd’hui est : vers quel destin avance-t-il ? Les événements de 2013 semblent indiquer qu’on entre dans une période d’incertitude.


Kinshasa, 12/01/2014 (Belga / MCN, via mediacongo.net)

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