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04/09/2014

LA FUITE DES IMMORTELS BIEN MORTELS !!!

VERBATIM:

"Délogés par des coups d'État, des rébellions ou des révolutions, de nombreux chefs d'État africains ont définitivement quitté leurs palais dans des conditions parfois rocambolesques. De Mobutu à Amadou Toumani Touré en passant par Ben Ali, voici quelques-uns des dirigeants "fuyards" les plus célèbres du continent."


Mobutu, Bédié, Ben Ali... Ces chefs d'État africains qui ont fui leurs palais

04/09/2014 à 12:47 Par Benjamin Roger
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Mobutu Sese Seko (g), Henri Konan Bédié (c), et Zine el-Abidine Ben Ali (d). Mobutu Sese Seko (g), Henri Konan Bédié (c), et Zine el-Abidine Ben Ali (d). © Montage Jeune Afrique

Délogés par des coups d'État, des rébellions ou des révolutions, de nombreux chefs d'État africains ont définitivement quitté leurs palais dans des conditions parfois rocambolesques. De Mobutu à Amadou Toumani Touré en passant par Ben Ali, voici quelques-uns des dirigeants "fuyards" les plus célèbres du continent.

Mobutu Sese Seko quittant Kinshasa à bord d'un imposant cortège de berlines, Henri Konan Bédié fonçant sur la lagune d'Abidjan à bord d'un zodiac, ou, plus récemment, Amadou Toumani Touré dévalant la colline de Koulouba à Bamako... Ces dernières années, plusieurs chefs d'État africains ont été contraints de quitter le pouvoir en catastrophe, poussés vers la sortie par des putschistes, des rebelles, ou encore leur propre peuple. Jeune Afrique vous propose de revenir sur l'histoire mouvementée de certains d'entre eux, sans aucune prétention d'exhaustivité.

Amadou Toumani Touré, Mali

Amadou Toumani Touré a été président du Mali de 2002 à 2012. © AFP

Il a quitté le pouvoir en courant. Ou plus précisément en dévalant la côte de Koulouba, l'une des collines dominant Bamako et sur laquelle est érigé le palais présidentiel malien. Le 21 mars 2012, un groupe d'officiers, excédés par l'inaction des autorités face à la rébellion touarègue dans le Nord, prend le siège de l'Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) avant de foncer vers la présidence.

Au courant de mécontentements grandissants au sein de l'armée, Amadou Toumani Touré (ATT) est persuadé, jusqu'en fin d'après-midi, qu'il peut retourner les mutins et garder la main. Peu avant 18 heures, les assaillants attaquent le palais à coup de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes. Le président n'a plus le choix : il faut fuir. Accompagné de son aide de camp et de trois autres militaires, il évite l'unique route desservant Koulouba et descend la colline par l'ouest – parfois porté par ses guides, en raison d'un genou douloureux. Après avoir braqué une Mercedes plus discrète qu'un véhicule officiel, le petit groupe gagne finalement le camp de parachutistes de Djicoroni, fidèle au désormais ex-chef d'État.

>> Lire aussi Mali : heure par heure, le récit de la fuite d'ATT

François Bozizé, Centrafrique

François Bozizé a été président de la République centrafricaine de 2003 à 2013. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Le 22 mars 2013, quatre mois après le début de leur rébellion contre le régime de François Bozizé, deux colonnes de rebelles de la Séléka, fortes chacune d'environ deux mille hommes, fondent sur Bangui. Deux jours plus tard, à l'aube, elles pointent leurs canons sur le palais présidentiel de la Renaissance.

À 8 heures, alors que les tirs résonnent, le président Bozizé se résout à fuir les lieux. Trente minutes plus tard, sa garde rapproché rend les armes. Lui a pris la direction du camp de Roux tout proche, où est stationné son hélicoptère de commandement Dauphin. Avec son aide de camp et deux de ses fils, il s'envole vers l'ouest. L'équipage gagne Batouri, dans l'est du Cameroun, d'où le président déchu sera ensuite amené à Yaoundé.

>> Lire aussi Centrafrique : le récit exclusif de la chute de Bozizé

Mobutu Sese Seko, RDC

Le maréchal Mobutu Sese Seko a dirigé l'ex-Zaïre (RDC) de 1965 à 1997. © Pascal Maitre pour Jeune Afrique

Comme d'autre avant lui, le Léopard a été contraint de fuire le pouvoir. En ce début de mois de mai 1997, les rebelles de Laurent-Désiré Kabila, soutenus par le Rwanda et l'Ouganda, sont aux portes de Kinshasa. Leur offensive a été fulgurante. En neuf mois, ils ont traversé le pays d'est en ouest, faisant tomber successivement Goma, Kisangani et Lubumbashi. Le 16 mai, les assaillants sont à Kenge, à une poignée de kilomètres de la capitale.

Voir le départ de Mobutu, à partir de la 52e minute.

Retranché dans son palais, Mobutu tente de s'accrocher jusqu'au bout, convaincu qu'il peut mener un régime de transition. En début de matinée, une longue escorte finit par quitter le camp Tshatshi, sa résidence officielle, et se dirige à vive allure vers l’aéroport de Ndjili. Quelques minutes plus tard, le chef de l'État embarque dans un avion à destination de son bastion de Gbadolite, dans la province de l’Équateur (Nord-Ouest). Le lendemain, le 17 mai, le Léopard s'envole pour le Togo tandis que Laurent-Désiré Kabila et ses hommes entrent dans Kinshasa.

>> Lire aussi RDC : le 16 mai 1997, jour de la chute de Mobutu

Mouammar Kadhafi, Libye

Mouammar Kadhafi a régné sur la Libye de 1969 à 2011. © Reuters

"Bab el-Aziziya n'était plus qu'un tas de décombres après avoir été la cible de 64 missiles de l'Otan (depuis le début du conflit) et nous nous en sommes retirés pour des raisons tactiques". Le 23 août 2011, Mouammar Kadhafi apparaît à la télévision en pleine bataille de Tripoli. Oui, il a quitté sa forteresse retranchée désormais aux mains des rebelles, qu'il surnomme "les rats". Non, il n'est pas mort et n'entend pas se rendre.

Alors que les combattants du Conseil national de transition (CNT) paradent dans les rues de la capitale, l'ex-"Guide" et son clan s'évanouissent dans la nature, fuyant la déferlante révolutionnaire. Leurs parcours reste flou, mais ils finissent par gagner Syrte, une de leur dernière place forte. C'est à la sortie de cette ville côtière que Kadhafi sera "cueilli", deux mois plus tard, par ses ennemis. Le 20 octobre, tentant de sortir de ce bastion assiégé, son convoi est stoppé un tir aérien des forces de l'Otan. Épaulé par ses gardes du corps, l'ancien dictateur se réfugie dans un tunnel avant d'être capturé par des révolutionnaires. Lynché, peut-être victime d'une exécution sommaire, Kadhafi est déclaré mort quelques heures plus tard à l'hôpital de Misrata.

>> Lire aussi Libye : le jour se lève sur Tripoli

Zine el-Abidine Ben Ali, Tunisie

Zine el-Abidine Ben Ali, président de la république tunisienne de 1987 à 2011. © Reuters

Cela fait près d'un mois qu'un air révolutionnaire flotte sur la Tunisie. Le 14 janvier 2011, la tension est à son comble. Des dizaines milliers de manifestants battent le pavé à Tunis, réclamant le départ de Ben Ali. Le "raïs" reste impassible : il ne veut pas quitter le pouvoir. Le général Ali Seriati, le chef de la garde présidentielle, ne cesse de fournir des informations alarmantes. Il finit par convaincre le président de partir, le temps de mater la révolte populaire et de lui préparer un retour triomphal.

Juste avant 15 heures, Ben Ali téléphone à son vieil ami Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud, le ministre saoudien de l’Intérieur, qui accepte de l'accueillir. Moins de deux heures plus tard, accompagné de son épouse Leïla Trabelsi, de leur fils Mohamed (6 ans), de leur fille Halima (18 ans) et de son fiancé, ainsi que de la gouvernante, il embarque dans le Boeing 737 présidentiel sur la base aérienne d'El-Aouina. À 17h45, l'avion décolle. Ben Ali s’installe rapidement dans le cockpit. Il ne le quittera à aucun moment, pour s'assurer que l'équipage fait bien route vers Djeddah, où ils atterriront vers 1h00 du matin heure locale.

>> Lire aussi Tunisie : la vérité sur la fuite de Ben Ali

Henri Konan Bédié, Côte d'Ivoire

Henri Konan Bédié, président ivoirien de 1993 à 1999. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Jeudi 23 décembre 1999, Abidjan. Alors que la ville se réveille pour entamer les derniers préparatifs de Noël, des coups de feu retentissent. Quelques heures plus tôt, un petit groupe de soldats de la caserne d'Akouédo a pris les armes pour réclamer le paiement de primes et d'arriérés de salaires. Informé de la mutinerie naissante, Henri Konan Bédié refuse toutefois d'annuler une visite dans son village de Daoukro.

En début d'après-midi, le président est rattrapé par la réalité. À Abidjan, les mutins ont pris la radio, la télévision, et ne semblent rencontrer aucune résistance. Bédié accepte de revenir dans la capitale. Dans la nuit, les soldats vont aller jusqu’à Kabacouma, dans l’ouest du pays, chercher leur homme : le général Robert Gueï. Lequel annonce le lendemain matin, vendredi 24 décembre, à la radio, la destitution du chef de l'État et la création d'un Comité national de salut public. Vers midi, Bédié comprend que la partie est jouée. Il quitte le palais pour la résidence de l'ambassadeur de France, via le célèbre tunnel construit entre les deux édifices. Avec quelques proches, dont son épouse, Henriette, il sera ensuite évacué par zodiac vers la base française de Port-Bouët, avant de gagner le Togo en hélicoptère.

>> Lire aussi Le coup d'État de Noël à Abidjan : le film des évènements

Pascal Lissouba, Congo

Pascal Lissouba, président du Congo Brazzaville de 1992 à 1997. © AFP

Début juin 1997, le Congo sombre dans une guerre civile opposant les partisans de Denis Sassou Nguesso aux forces du président Pascal Lissouba. Cinq mois plus tard, à la mi-octobre, le pouvoir en place est chancelant. Le 10 octobre, les "Cobras" de Sassou lancent l'assaut final sur Brazzaville. De retour dans son palais après une tournée en Afrique australe, où il est allé chercher des soutiens de la dernière chance, le président Lissouba déclare, le 11, devant les caméras de CNN : "I am at home".

S'en suivent trois jours de combats. Appuyé par des centaines de combattants angolais, le camp Sassou prend l'avantage. Le 14, à 3 heures du matin, un convoi de 4x4 exfiltre le président et ses derniers fidèles hors de la capitale. Destination : son fief de Dolisie, sa ville natale située à deux-cent kilomètres, d'où ils gagneront la frontière gabonaise dans la nuit du 17 au 18 octobre.

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Benjamin Roger



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Mali : heure par heure, le récit de la fuite d'ATT

07/04/2012 à 12:00 Par Malika Groga-Bada, envoyée spéciale, et Christop
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ATT, dans le secret de l'isoloir, lors de la présidentielle d'avril 2007. ATT, dans le secret de l'isoloir, lors de la présidentielle d'avril 2007. © Georges Gobet/AFP

Même quand les mutins sont entrés dans le centre de Bamako, le chef d'État malien Amadou Toumani Touré, confiant en sa bonne étoile, n'a pas cru une seconde qu'il pouvait être renversé. Récit exclusif des dernières heures d'un président contraint à une fuite sans gloire.

C'est l'histoire d'un chef d'État qui se croit à l'abri d'un mauvais coup et qui, finalement, s'enfuit de son palais en courant. Jusqu'à 17 h 30, ce 21 mars, le président malien ne pense pas qu'il peut tomber. Depuis son putsch de 1991 contre Moussa Traoré, tout lui sourit. La baraka ? Un vrai talent de médiateur ? Jusqu'à cette fin d'après-midi, Amadou Toumani Touré (ATT) est persuadé qu'il peut retourner les mutins et garder la main. Bien sûr, depuis la manifestation des femmes de soldats, le 2 février, il sait que le camp militaire Soundiata Keïta de Kati (à 15 km de Bamako) est en ébullition. Mais il reste serein. La veille du putsch, il confie à trois délégués de l'Union africaine : « Oui, ça bouge à Kati. Ils se préparent pour une mutinerie et veulent aller en ville, mais bon... » ATT croit toujours en sa bonne étoile. Et pour parer à toute éventualité, il compte sur les parachutistes de sa garde présidentielle (GP), qu'il vient de renforcer d'une cinquantaine de nouvelles recrues. Lui-même ancien béret rouge, il n'imagine pas que des parachutistes puissent le trahir...

Qui soutient les putschistes ?

Chef de file du Mouvement populaire soutenant le coup d'État (MP22), le Dr Oumar Mariko, 53 ans, fondateur du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi, gauche radicale), est la première personnalité malienne à avoir manifesté son appui aux putschistes. Le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, par ailleurs président du Sadi et ancien ministre de la Culture d'ATT (2002-2007), a, lui, qualifié leur acte de « courageux sursaut politique ». Le réalisateur de La Genèse (primé au Fespaco 1999) est rejoint par l'altermondialiste Aminata Traoré (elle aussi ex-ministre de la Culture). Tous saluent ce coup d'État contre un régime qui, selon eux, a bradé la souveraineté nationale en autorisant les armées mauritanienne et française à intervenir en territoire malien.

Pour le MP22 (composé notamment du Sadi et d'une cinquantaine d'ONG), le putsch du 21 mars parachève la révolution du 26 mars 1991 et inaugure une « transition démocratique et révolutionnaire ». Rejetant toute ingérence étrangère, ses animateurs ont un point commun : leur soutien au président ivoirien déchu, Laurent Gbagbo.

Première alerte à 12 h 30. En plein Conseil des ministres au palais - nous sommes un mercredi -, le président reçoit un appel urgent du général Sadio Gassama, son ministre de la Défense, qui vient d'être expulsé à coups de pierres du camp militaire de Kati par des centaines de soldats en colère. « Monsieur le président, dit Gassama, les militaires veulent toute la lumière sur Aguelhok [localité du Nord où 70 soldats ont été massacrés par des rebelles touaregs, le 24 janvier, NDLR]. Ils réclament les armements - missiles et hélicoptères de combat - que vous aviez promis, et maintenant ils s'en prennent à vous personnellement. Ils affirment qu'ils ont récupéré sur le terrain un téléphone satellitaire des rebelles dont le dernier numéro appelé était le vôtre... » Quelques minutes plus tard, le ministre de la Défense et le général Gabriel Poudiougou, chef d'état-major général des armées, arrivent au palais. Le président s'enferme avec eux pendant une heure dans son bureau du deuxième étage.

Dans les couloirs, la nouvelle de la mutinerie se répand très vite. L'inquiétude grandit. ATT se veut rassurant et promet de tout arranger, mais, dans le même temps, il autorise le personnel non indispensable de la présidence et du ministère des Affaires étrangères, attenant, à quitter les lieux. Surtout, il charge Boureima Guindo, son aide de camp, de prendre la tête d'un détachement de la GP et de partir sur la route de Kati à la rencontre des mutins pour parlementer avec eux, ou si besoin les arrêter.

Seconde alerte à 16 heures. ATT apprend par son aide de camp que les insurgés n'ont pas voulu négocier et que la GP n'a rien pu faire contre leur puissance de feu. Les mutins ont donc continué leur route vers Bamako avec quatre BRDM (blindés légers) et deux BTR 60 (véhicules de transport de troupes).

L'intérieur du palais présidentiel de Koulouba, à Bamako, le 26 mars, cinq jours après le coup d'État.Aliou Sissoko/AP/Sipa)

Dans le même temps, ils font irruption en centre-ville et s'emparent de l'Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM). On entend les tirs depuis le palais, mais le président reste dans son bureau. Il croit encore qu'il peut échapper au putsch. Plusieurs chefs d'État de la sous-région commencent à s'alarmer. ATT parle au téléphone avec au moins trois d'entre eux : le Burkinabè Blaise Compaoré, le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Béninois Boni Yayi. À chacun, il tient des propos rassurants et prétend qu'il mettra fin à ce mouvement d'humeur. À 17 heures, il prend même le temps de recevoir pendant trente minutes le colonel-major Mohamed Ould Meidou, qui rentre du front nord où il a combattu les rebelles touaregs. Ce que le président ne sait pas, c'est que le détachement de la GP qu'il a envoyé sur la route de Kati tarde à revenir au palais pour le protéger. Sous prétexte d'aller mettre leur famille en lieu sûr, des dizaines de parachutistes s'égayent en ville...

À 17 h 30, tout bascule. Cette fois-ci, les mutins sont au pied de la colline de Koulouba et tirent sur le palais à coups de mitrailleuses et de lance-roquettes montés sur BRDM. Témoignage d'un membre de la GP : « Quand on a vu que les assaillants tiraient des roquettes, on s'est dit : c'est fini. Et on a dégagé. » Les mutins visent juste. Ils concentrent le tir sur le deuxième étage de l'aile gauche du bâtiment, là où se trouve... le bureau du président. Panique à l'intérieur. ATT et sa garde rapprochée se replient à toute vitesse vers une annexe, le bâtiment 42, tout près du ministère des Affaires étrangères. Ils croient être à l'abri, mais, au bout de quelques minutes, une pluie de roquettes s'abat sur ce bâtiment ! Comment les artilleurs de Kati arrivent-ils à suivre le président à la trace ? Il n'y a plus de doute. Un certain nombre de bérets rouges ont changé de camp et fournissent aux putschistes des informations précieuses sur les secrets de Koulouba. Trahison de corps ? « Oui, mais il faut dire qu'ATT n'était pas très généreux avec ses hommes », lâche un homme politique malien.

US Connection

Le camp de Djicoroni, où s'est réfugié ATT le 21 mars, est à deux pas et sous la quasi-protection de l'ambassade américaine - laquelle avait, si l'on en croit les télégrammes révélés par WikiLeaks, alerté depuis longtemps Washington sur l'état de déliquescence du haut état-major malien et sur le climat de corruption qui régnait dans l'entourage proche (y compris familial) du président. Les gardes du corps qui ont protégé le chef déchu pendant sa fuite ont été formés par les célèbres Navy Seals de l'US Army. Et le capitaine putschiste Amadou Sanogo fait volontiers étalage de ses stages aux États-Unis : la base aérienne de Lackland (Texas) ; Fort Huachuca (Arizona), spécialisé dans le renseignement ; l'école d'officiers de Fort Benning (Géorgie). Plus un séjour chez les Marines, dont il porte le pin's sur sa vareuse. Bref, on savait les Américains très implantés et très informés sur le Mali, sans doute mieux que les Français. On en a la confirmation. François Soudan

Comment sortir de cette souricière ? Pas simple. Koulouba est au sommet d'une butte. Il n'y a qu'une seule voie d'accès. Or, les putschistes tiennent cette route. Il ne reste qu'une solution : descendre à pied la colline par-derrière, en direction du quartier de Dar Salam. C'est là qu'un béret rouge entre en scène : le lieutenant-colonel Abidine Guindo (homonyme de Boureima Guindo). Lui n'a pas trahi. Jusqu'en novembre dernier, il était l'aide de camp du président. Aujourd'hui, il commande le 4e régiment de parachutistes basé à Djicoroni, à 6 km de Koulouba. Ce soir-là, il est aux côtés du chef de l'État et prend la direction des opérations. Avec trois autres parachutistes, il aide ATT à franchir la clôture puis à dévaler la pente. Le président a 63 ans. Il souffre d'un genou et a prévu de se faire opérer l'été prochain, après la fin de son mandat. À certains endroits de la descente, ses compagnons doivent le porter. Enfin, le petit groupe atteint la route en contrebas, l'avenue de l'Indépendance.

Pourtant, à ce moment, le président en fuite n'est pas encore tiré d'affaire. Pour rejoindre le camp de parachutistes de Djicoroni, il faut un véhicule. Mais pas un 4x4, qui pourrait attirer l'attention des putschistes. Une Mercedes 190 de couleur blanche passe sur la route. Abidine Guindo et ses hommes braquent le chauffeur, qui s'enfuit sans demander son reste. ATT et ses compagnons montent dans le véhicule et réussissent à gagner Djicoroni sans encombre. Un choix judicieux. Les hommes d'Abidine Guindo sont plus fidèles que ceux de la garde présidentielle. Et l'ambassade des États-Unis est voisine du camp. ATT est donc doublement protégé. Il peut souffler. Mais il a eu chaud. À force de croire en sa bonne étoile, il a failli se faire tuer. Commentaire d'un responsable politique : « C'est malheureusement par le flanc d'une colline que notre président est parti. » 

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Malika Groga-Bada, envoyée spéciale, et Christophe Boisbouvier



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