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30/01/2015

CONGO-KINSHASA: REVISION CONSTITUTIONNELLE EN AFRIQUE : LE MODELE BURKINABE EST-IL STANDARD ?

VERBATIM:

"Les procès d’intention, la chasse aux sorcières, la présomption d’extranéation, la diffamation sont des actes contraires à l’unité nationale. L’on ne peut gouverner un pays sous les rumeurs. Celles-ci s’avèrent toujours contre productives. Dans mon article intitulé « Qui a-t-il dans la nationalité de Joseph Kabila Kabange ? », et qui a fait un grand bruit dans les réseaux sociaux, j’avançai l’hypothèse selon laquelle au bon moment, c’est-à-dire à la fin de son mandat, je voyais bien le chef de l’Etat prendre de court tout le monde pour prendre congé des affaires de l’Etat après la fin de  son deuxième et dernier mandat. Une hypothèse reste toujours une hypothèse, que l’on ne me prête pas des intentions nébuleuses comme c’est souvent le cas dans ce pays-là lorsque quelqu’un tente de se démarquer de la pensée unique par ses analyses et réflexions neutres, objectives. Au fait pourquoi n’était-il pas possible d’imaginer que Joseph Kabila Kabange respecte la constitution, dégage et remette les clés du pouvoir à son successeur ? Deux ans c’est peu, mais c’est en même temps beaucoup, car il peut s’y passer beaucoup de choses."



REVISION CONSTITUTIONNELLE EN AFRIQUE : LE MODELE BURKINABE EST-IL STANDARD ?


1.Pour « décadenacer »


Telle est la question que beaucoup de visiteurs du kilimandjero.blogs.dhnet.be viennent de me poser : s’agissant des révisions constitutionnelles en Afrique, le modèle burkinabé est-il standard, c’est-à-dire opposable à tous les protagonistes africains ? Nullement embarrassé, pourquoi du reste, voici ma réponse et ma position où depuis belle lurette quelques observateurs m’en ont reproché mon mutisme. Pourtant, je pense, et l’on ne m’en voudra jamais, il y a des sujets où garder raison était préférable aux vacarmes assourdissants où chacun prétend avoir raison, pour parfois nulle raison.


La question constitutionnelle, même si l’on peut se targuer du chapeau d’universitaire, relève du droit. Seuls donc les juristes pouvaient en débattre, m’étais-je dit. Philosophe, mieux, penseur, je me devais d’observer résolument et d’écouter les spécialistes en débattre. Mon silence n’était, donc, pas d’ordre politique quelconque, alors qu’au Congo-Kinshasa, ma seule passion n’en est que l’enseignement, je ne fais plus, à vrai dire, de la politique ni active ni passive, ni encore moins « agitative ». J’ai laissé la place aux jeunes et pris ma retraite. L’agitation politicienne qui me fit passer, selon la rhétorique de M. Félix Vunduae Te Pemako l’ancien recteur très controversé de l’Université de Lubumbashi, pour un « agitateur professionnel », motif qui me valut le 14 juillet 1980  une arrestation, une exclusion, et une relégation définitive dans mon village natal avec interdiction de lire et d’écrire !Je fus ainsi à cause de la mesure prise à mon encontre privé à jamais, je dis bien pour la vie condamné, donc, de toute activité universitaire tant de son campus universitaire que de tous les campus universitaires autres de l’ex-Zaïre.


Le silence reste également un langage. Pourquoi aurait-on aimé m’entendre me prononcer à ce sujet, alors que maints spécialistes s’en sont chargés avec tant de lucidité et d’abnégation ? Un penseur a pour trait de caractère, entre autres, la méditation. On ne peut pas avoir réponse à tout et n’importe quoi. On peut accepter parfois de se laisser déborder, sans qu’on en reste pas moins ce qu’on est.


2.Le cas du Burkina Faso


Pour en venir à la question qui m’a été posée, je dirai tout de suite, clairement et à haute voix qu’il n’existe pas de modèle burkinabé. Même s’il est vrai, et à n’en point douter, ce qui s’y était passé au départ y avait fortement ressemblé à une « révolution populaire », certes, mais très vite encadré et récupéré par les puissances étrangères la France et les USA en tête, dont les intérêts économiques, miniers, politiques dans la région et au Burkina Faso sont grandissimes. La présence à la tête de l’Etat de Kafando et Zida en est la preuve. C’est la continuité du régime Compaoré qui a toujours cours. Le président de la transition est un ancien ministre des affaires étrangères et agent des Nations Unies. Il est là pour représenter et défendre les intérêts des puissances politico-militaires susmentionnées, plutôt que pour servir le peuple burkinabé. Quant à Zida, militaire de profession, il est là pour surveiller Kafando afin qu’il ne dévie pas de la ligne lui tracée par les puissances et multinationales occidentales. D’ailleurs, en aucun cas il n’a tutoyé Blaise Compaoré. On l’a entendu toujours l’appeler et ce jusqu’aujourd’hui « le président Compaoré ». Un détail, certes mais, attention, qui n’en est pas moins minime.


Compaoré n’a, certes, pas modifié la constitution pour se maintenir au pouvoir lui-même, effo perso, mais il est quand même en train d’achever son mandat au travers de ses deux anciens pions : Kafando et Zida. On a entendu que ces deux rejetons ne pourront pas se présenter à l’élection présidentielle qui a lieu en octobre prochain, eh bien c’est ce qu’on verra, il est encore trop tôt pour en être affirmatif ou négatif, laissons le temps au temps.


3.Le cas du Congo-Kinshasa


S’agissant du Congo-Kinshasa, que veut-on que je dise, dans la mesure où Joseph Kabila Kabange lui-même ne s’est jamais encore prononcé de vive voix à ce sujet? L'ampleur de l'agitation qui a cours en ce moment n'y consiste, à vrai dire, que dans un procès en sorcellerie qui lui en est fait, alors que l’homme n’est pas encore fin mandat !!! Reste à se demander si ses adversaires ou ses ennemis qui le poussent déjà vers la porte de sortie font de l’anticipation, de la prudence, de la légitime défense ou carrément de la délation, de la diffamation, de l’intoxication logologique, de l’anarchisme, de l’agitation ? Il s’agit de tout ça à la fois, c’est-à-dire de l’anticipation d’un côté, et de l’intoxication de l’opinion de l’autre côté. Hélas dans tout ça, personne, du moins du côté du premier camp, ne se pose la question de savoir ce qu’il en est de l’intérêt du peuple pendant ce temps-là, car il y a encore deux ans jour pour jour à combler avant de lui trouver un nouveau chef de l’Etat, une nouvelle majorité politique ? En attendant, d’aucuns n’ont pas traîné de remarquer l’inertie dans laquelle le pays avait été plongé depuis l’annonce par le chef de l’Etat sur la formation d’un gouvernement de large union nationale au terme des travaux ayant sanctionné la fin des « concertations » nationales ». Parce que ce fût l’occasion pour chacun et chacune de se voir occuper le poste tant convoité de ministre de la république. Pendant plus d’un an jusqu’à la formation dudit gouvernement, il n’y en avait que pour ça. Mais avant ce fameux gouvernement, tout tournait au ralenti. Impossible d’y solutionner quoi que ce soit, parce qu’on y prétextait la non formation de celui-ci. Mais, en réalité, c’était devenu un véritable prétexte pour les services pour justifier leur inertie légendaire et manque d’impact professionnel.


A qui profite l’agitation actuelle autour et sur la révision ou non de la constitution au Congo-Kinshasa ? Bien entendu, il n’est pas interdit, et aucun citoyen de la république ne devrait ni être inquiété, ni perdre la vie, d’en parler, mais dans le même temps, parce qu’un vide de pouvoir effectif n’est pas du tout rien, pourquoi les uns et les autres ne mettent pas un peu d’eau dans leur vin afin de ne pas continuer de rendre le pays ingouvernable ? La logique de l’affrontement frontal a-t-elle une fois profitée à notre peuple, dont les agendas, les solutions lui sont imposés par l’Occident impérialiste, hégémoniste et raciste ? Pourquoi, alors, qu’on est en deux ans de la fin du mandat de l’actuel locataire du Palais de la Nation de Kinshasa, l’agitation a-t-elle gagné autant en intensité ? N’y faut-il pas songé à un consensus ou un pacte national, question de mettre au pied les ennemis éternels et perpétuels du Congo-Kinshasa ceux qui ont toujours -, à tour des bras, au nom des privilèges voire des cures d’immunités qu’ils font miroiter aux uns et aux autres -, misé, depuis l’accession du peuple congolais à la souveraineté internationale, sur la stratégie du diviser pour mieux régner ?


Les procès d’intention, la chasse aux sorcières, la présomption d’extranéation, la diffamation sont des actes contraires à l’unité nationale. L’on ne peut gouverner un pays sous les rumeurs. Celles-ci s’avèrent toujours contre productives. Dans mon article intitulé « Qui a-t-il dans la nationalité de Joseph Kabila Kabange ? », et qui a fait un grand bruit dans les réseaux sociaux, j’avançai l’hypothèse selon laquelle au bon moment, c’est-à-dire à la fin de son mandat, je voyais bien le chef de l’Etat prendre de court tout le monde pour prendre congé des affaires de l’Etat après la fin de  son deuxième et dernier mandat. Une hypothèse reste toujours une hypothèse, que l’on ne me prête pas des intentions nébuleuses comme c’est souvent le cas dans ce pays-là lorsque quelqu’un tente de se démarquer de la pensée unique par ses analyses et réflexions neutres, objectives. Au fait pourquoi n’était-il pas possible d’imaginer que Joseph Kabila Kabange respecte la constitution, dégage et remette les clés du pouvoir à son successeur ? Deux ans c’est peu, mais c’est en même temps beaucoup, car il peut s’y passer beaucoup de choses. 


Chers Internautes, je sais dans quelle estime vous me portez et portez également le blog que j’anime avec vous tous (vos écrits, commentaires, et félicitations de tous bords en témoignent), mais ne me donnez pas l’impression à un moment donné que j’étais le porte-parole du chef de l’Etat congolais. Eh bien non. Il a des porte-parole plus qualifiés et informés à la chose politique que ma pauvre personne. Reste qu’anti-mobutiste ostentatoire, j’ai choisi de soutenir le « kabilisme » incarné de Mzee Laurent-Désiré Kabila (le père de l’actuel locataire du Palais de la Nation) ; ce kabilisme qui a coûté le 16 janvier 2001 la vie à son initiateur. Un kabilisme qui se trouve résumé dans une phrase très simple voire anodine, mais non pas moins très pertinente « Ne jamais trahir le Congo » !


 


Ce qui donne l’impression de me voir souvent venir au secours des régimes et leurs animateurs que le peuple vomi ou était en train de vomir, c’est mon nationalisme radical, raisonné, et éclairé consistant à ne jamais être du côté des traîtres de mes terres ancestrales, en m’opposant de façon déclarée, c'est-à-dire ostentatoire  à toute solution politique imposée de l’extérieur. Comment ça, n’est-il jamais possible au peuple congolais de disposer de lui-même, sans compter sur la mainmise des capitalistes et néocolonialistes occidentaux blancs ? Pourquoi, et c’est la question qui me taraude éternellement la tête, le peuple congolais ne peut-il jamais écrire sa propre histoire ? Oui, je sais, que par deux fois il en a tenté, et par deux fois aussi, il en a été empêché avec le double assassinat de Lumumba et de Kabila. Et par deux fois, disais-je, les détenteurs des agendas étaient des occidentaux purs souches, mais avec la complicité active des congolais authentiques. Je ne soutiens pas les individus, mais les institutions. L’erreur qu’on commet consiste dans le soutien des hommes, pourtant passagers de l’éphèmere. C’est pourquoi ceux qui, il y a une dizaine d’années passées, me taxèrent de mobutiste avaient tort. Et s’ils eurent tort, ce n’est pas rien, car ils confondirent le soutien apporté à un homme et à une institution dite ici en l’occurrence la république. Compris selon cet angle-là, ce n’était pas Mobutu que je soutins, mais la république, car plus dépassionné que ceux qui succombent à tout et n’importe quel type de changement qui leur était proposé, j’ai cherché à éviter à notre pays ce que beaucoup de misérables congolais (irrationnels, passionnés, amnésiques et aveugles) redoutent seulement aujourd’hui : la balkanisation, entres autres.  Comme l'écrit, avec raison Alain Gresh dans lemondediplomatique.fr, "L’histoire peut offrir quelques leçons. En 1955, Washington envoyait au Vietnam une simple mission militaire chargée de réorganiser l’armée. En 1959, ce nombre était porté à quinze ; en 1965, on comptait plus de cent mille soldats (lire « La voix de la France enfouie sous les bombes). La guerre du Vietnam allait durer jusqu’en 1975, quand les Etats-Unis acceptèrent enfin que, malgré l’envoi d’une formidable armada militaire, il est toujours difficile de décider à la place d’un peuple de ce qui est bon pour lui."


 


Pour clore, il me semble, même si je ne travaille pas avec lui ni encore moins avec quelqu’un de son entourage lointain ou prochain, que si Joseph Kabila Kabange reste muet comme une carpe sur sa représentation ou non à un troisième mandat à la tête du pays, c’est sans doute parce qu’il sait ce qu’il a à faire. Qui mieux que lui sait que le silence est une arme véritable qui préserve de la précipitation ? Parler ne donne pas toujours raison. Il y a d’un côté ceux qui parlent et qui n’obtiennent jamais rien, et d’un autre côté ceux qui agissent et obtiennent tout. Il me semble que le jeune président congolais fait partie du second lot. Agir est plus efficace que parler pour parler. C’est ce que ne fit pas hélas le Maréchal Mobutu, au point de ne pas s’apercevoir de sa fin proche, lui qui disait que jamais on ne l’appellerait ex-président de son vivant, et surtout qu’il vendrait sa tête trop chère … Reposer pour l’éternité dans un petit cimetière chrétien de Rabat au Maroc était-ce cela vendre sa tête trop chère ? Enfin paix à son âme … malgré tout. Si tant est que chez nous en Afrique les morts ne sont jamais morts, comme pérorait Hampate Bâ.


En attendant, et en souhaitant le respect de la constitution jusque dans ses moindres coins et recoins, je demande à tout le monde une raison gardée.


Antoine-Dover OSONGO-LUKADI


Habilité de philosophie


Professeur des universités


Membre de sociétés savantes USA&Canada


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