"J'ai pris connaissance, comme d'autres compatriotes, de la volée de bois vert que vous avez cru devoir infliger aux autorités de la RDC auxquelles vous avez reproché +des mesures liberticides+, vous insurgeant particulièrement contre des arrestations arbitraires, l'instrumentalisation de la justice ainsi que le blocage d'Internet et des réseaux sociaux par lesdites autorités", a indiqué M. Mende dans une lettre ouverte publiée jeudi par la presse kinoise. "Passons sur le ton: n'est pas diplomate qui veut...", ajoute le ministre congolais, qui s'était déjà dit lundi "choqué" par les mots prononcés par M. De Croo. Le ministre belge avait dénoncé, quelques heures après son arrivée à Kinshasa, "la situation face à laquelle nous nous trouvons, avec son lot d'arrestations, de justice arbitraire et d'interruption de l'internet mobile et du trafic des SMS, l'instrumentalisation de la justice", qui n'est selon lui "pas tolérable". "On aurait pu mettre les propos vitriolés dont le gouvernement qui vous recevait a été gratifié sur le compte de ce mimétisme colonial par procuration auquel d'autres émissaires belges en d'autres temps nous avaient habitués", poursuit M. Mende, dans une allusion à Karel De Gucht, un ex-ministre des Affaires étrangères, lui aussi libéral flamand, connu pour ses critiques à répétition des dirigeants congolais, au point de provoquer une grave crise entre Kinshasa et Bruxelles. "Il faut, hélas, constater qu'il s'agit tout simplement d'ignorance. Votre discours dans une langue, le néerlandais, que très peu de Congolais maîtrisent, témoigne en effet d'une méconnaissance du fait que le monde a changé depuis l'indépendance de notre pays en 1960 et que les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées comme grille de lecture des faits et des idées", affirme encore le porte-parole du gouvernement congolais en faisant allusion aux propos de M. De Croo, prononcés samedi soir, en petit comité, dans le jardin de la résidence de l'ambassadeur de Belgique en RDC, alternativement en français et en néerlandais, selon des journalistes présents. Dans sa lettre ouverte, M. Mende s'étonne qu'au moment où tous les pays du monde, Belgique comprise, prennent des mesures conservatoires contre le terrorisme et envisagent un resserrement des législations contre la cybercriminalité, "vous vous évertuez à dissuader la RDC, victime de l'extrémisme violent, d'entreprendre cet exercice légitime de vigilance". Il cite l'exemple de la France, qui a décidé de "mieux contrôler les applications des réseaux sociaux", du pape François qui a déclaré après l'attentat de Charlie Hebdo que "l'impératif sécuritaire peut commander que des limites soient apposées à la liberté d'expression" ainsi que les Etats-Unis et le Nigeria qui ont bloqué le compte twitter de la secte islamiste Boko Haram. M. Mende défend aussi l'arrestation des présumés coupables de l'assassinat de deux policiers congolais - "l'un par balle et l'autre lynché par une bande bien identifiée" - lors des émeutes de janvier qui avaient fait au moins 27 morts, selon un bilan officiel, et évoque l'action de la police de Verviers "lorsque des malfrats ont tiré récemment sur des agents de l'ordre" en tuant deux personnes soupçonnées de préparer un attentat. Selon le porte-parole du gouvernement, "les personnes arrêtées lors des événements de triste mémoire que les Congolais ont vécu les 19 et 20 janvier derniers, avaient été, dans leur grande majorité, surprises par la police en flagrant délit de pillage, d'incendie criminel, de vandalisme ou de violences. "Mais vous vous permettez d'enjoindre à la justice de ne pas les poursuivre", poursuit M. Mende. Affirmant ne pas savoir grand-chose sur la trajectoire personnelle de M. De Croo, il assure avoir tendance à lui accorder le bénéfice du doute".

ACTE2

RDC : Kinshasa fustige les critiques du ministre belge De Croo envers le régime de Kabila

26/02/2015 à 17:47 Par Jeune Afrique
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
 

Alexander De Croo, 17 novembre 2011 à Bruxelles. Alexander De Croo, 17 novembre 2011 à Bruxelles. © Yves Logghe/AP/SIPA

Le gouvernement congolais s'est dit "choqué" et  "fatigué des donneurs de leçons" après avoir essuyé les critiques frontales d'Alexander De Croo, le ministre belge de la Coopération au développement, en visite en RDC du 20 au 25 février en compagnie de Didier Reynders, son collègue des Affaires étrangères.

Il n'aura pas attendu longtemps avant de créer la polémique. Quelques heures à peine après son arrivée en République démocratique du Congo (RDC), samedi 21 février, Alexander de Croo, le ministre belge de la Coopération, a tiré à boulet rouge sur le régime de Joseph Kabila. Accompagné du ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, il a vertement dénoncé les récentes violations des droits de l’homme dans le pays.

"La situation face à laquelle nous nous trouvons, avec son lot d'arrestations, de justice arbitraire et d'interruption de l'internet mobile et du trafic des SMS n'est pas tolérable", a fustigé le ministre devant des journalistes. Nous ne pouvons pas accepter le statu quo des dernières semaines en RDC". Des déclarations qui ont évidemment été applaudies des deux mains par l'opposition congolaise.

"Toute l'opposition et la société civile accueillent favorablement les mots du ministre De Croo", a expliqué Vital Kamerhe de l'Union pour la nation congolaise (UNC) à l'agence Belga. "Pendant notre entretien, M. Reynders m'a confirmé qu'il était sur la même ligne que M. De Croo, même si chacun a son style propre. Pour nous, cela compte que le gouvernement belge ait pris une position claire".

"Un régime qui prend la direction de la dictature"

Felix Tshisekedi, le fils de l'opposant historique Étienne Tshisekedi et porte-parole du groupe parlementaire de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a également salué les propos de M. De Croo. "C'est normal que de telles déclarations soient faites au sujet d'un régime qui prend la direction de la dictature", a-t-il lancé. Et d'ajouter : "Si les élections ne sont pas organisées avant fin 2016, nous aurons le chaos. (...) Rien ne sera plus légal au Congo".

>> Lire aussi : Internet, mobiles, SMS : quand nos États misent sur la censure

En dépit des propos controversés de De Croo, qui ont fait la une de la presse congolaise, le président Joseph Kabila a accepté de rencontrer les deux vice-Premiers ministres belges in extremis, mercredi soir, avant leur départ de Kinshasa. La rencontre s'est déroulée à huis clos, sans la présence des médias, dans un climat détendu, aux dires des deux hommes politiques belges.

Réplique de Lambert Mende : "les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées"

Le gouvernement congolais n'a cependant pas tardé à réagir de manière très vigoureuse, par un communiqué assassin du ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende, en date du 25 février 2015. "Votre discours dans une langue, le néerlandais, que très peu de Congolais maîtrisent, témoigne en effet d’une méconnaissance du fait que le monde a changé depuis l'indépendance de notre pays en 1960 et que les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées, comme grille de lecture des faits et des idées", écrit-il.

"Les personnes arrêtées lors des événements de triste mémoire que les Congolais ont vécu les 19 et 20 janvier derniers, avaient été, dans leur grande majorité, surprises par la police en flagrant délit de pillage, d’incendie criminel, de vandalisme ou de violences mais vous vous permettez d’enjoindre à la justice de ne pas les poursuivre. Illusion du savoir immédiat ou réceptivité excessive aux caricatures de la rumeur ? Peut-être les deux", poursuit Lambert Mende.

Le porte-parole du gouvernement accorde cependant "le bénéfice du doute" à De Croo, en indiquant le juger moins sévèrement qu'un ancien ministre belge qui "avait pris l’habitude depuis 2001 de se fourrer jusqu’au cou dans les affaires congolaises en s’autoproclamant "faiseur de rois" sous nos tropiques, dit-il en référence à Karel De Gucht. Mais Lambert Mende ne peut s'empêcher de décocher la flèche du Parthe. "Je suis néanmoins perturbé devant le fait que les présumés pillards des 19 et 20 janvier dont vous êtes devenu l’avocat passionné avaient ciblé quasi exclusivement les intérêts chinois à Kinshasa. J’ai donc la pénible impression que c’est moins l’intérêt des "pauvres Congolais" que celui de ces groupes mercantilistes rivaux des Chinois qui nous oppose. Plaise à Dieu qu’elle soit fausse !"



Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Diplomatie | RDC : Kinshasa fustige les critiques du ministre belge De Croo envers le régime de Kabila | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
Follow us: @jeune_afrique on Twitter | jeuneafrique1 on Facebook