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03/10/2015

LITTERATURE:"LE POUVOIR DE LA NUIT"

VERBATIM:

«On ne pouvait maintenir la marmite fermée en appuyant éternellement sur le couvercle. Le silence et les mensonges n’étaient supportables que jusqu’à un certain point. »


Littératures du monde

Le pouvoir de la nuit

« Toutes les vagues de l’océan », de Víctor del Arbol

par Anne Mathieu   
Le pouvoir de la nuit
 

«On ne pouvait maintenir la marmite fermée en appuyant éternellement sur le couvercle. Le silence et les mensonges n’étaient supportables que jusqu’à un certain point. » Illustrations du poids des non-dits dans les relations filiales, fraternelles, amoureuses... ces phrases traduisent aussi métaphoriquement le rapport de l’Espagne d’aujourd’hui avec le franquisme. Elles pourraient résumer le roman de l’écrivain espagnol Víctor del Arbol, qui, après l’immense succès de La Tristesse du samouraï (Actes Sud, 2012), signe ici un ouvrage aux ressorts similaires, entremêlant l’histoire et les bouleversements intimes, auxquels le lecteur se soumet avec bonheur.

Moscou, 1933. Elías, jeune ingénieur asturien communiste, aide à construire la révolution. Mais il sera propulsé dans l’abjection stalinienne des procès et des déportations, dont il sera l’une des victimes. Barcelone, années 2000. Gonzalo, son fils, après le suicide de sa sœur Laura, va reconstituer l’itinéraire de ce père méconnu. Autour d’eux, nombre de personnages, tous décisifs, dont le policier Alcázar, matérialisation du temps d’hier dans le présent. Leurs parcours se croisent ou s’imbriquent sans qu’ils le sachent, pris dans les rets de l’histoire en train de se faire (celle du stalinisme, celle du franquisme) et des résurgences du passé, inévitables ou accidentelles, suscitées par un mot, un objet. Quel chemin emprunter ? De quel(s) choix disposons-nous ? Quelle est ma liberté d’agir, d’aimer ? Dois-je attraper cette main ? La lâcher ? Le lecteur évolue dans une intrigue noueuse qui jusqu’au bout le saisit.

Leningrad, décembre 1941. Elías écrit à son épouse : « Ils ne comprennent rien, ni les Allemands ni les Soviétiques. Ils croient que nous luttons pour eux, alors que nous nous battons contre nous. Ils ne comprennent pas qu’il suffit de crier d’un côté le nom de Belchite, ou de Badajoz, ou de Tolède, pour que les uns et les autres se lancent dans la bagarre comme des chiens enragés. (...) Que de mal nous a fait cette guerre !

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