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11/09/2016

CONGO-KINSHASA: LES ENJEUX DE L’ALTERNANCE POLITIQUE AU CONGO-KINSHASA

VERBATIM:

"Un proverbe africain dit : « Si tu parles, tu meurs. Si tu ne parles pas, tu meurs. Alors parles et meurs, mais débout".


LES ENJEUX DE L’ALTERNANCE POLITIQUE AU CONGO-KINSHASA

 

Chronique d’une amnésie collective

sur la politique et l’histoire : du 30 juin 1960 à nos jours

 

Incontestablement et définitivement le Congo-Kinshasa est malade de ses dirigeants, de ses soi-disant intellectuels, mais surtout de ses journalistes. Je m’explique. Si les politiques commettent toujours les mêmes erreurs, ne retiennent jamais les leçons de l’histoire, les intellectuels et les journaleux font pire, quand ils ne s’élèvent pas plus haut pour bien argumenter, réfléchir, orienter.

Je me rappelle très bien au moment où la nébuleuse Alliance des Forces pour la Démocratie et la libération (AFDL en sigle) soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, mais en réalité parrainée par les Etats-Unis d’Amérique, la France, le Canada, l’Allemagne, et la Belgique commença sa campagne pour déloger le fameux maréchal Mobutu Sese Seko, qui entamait son combat pour la "libération"  de la République du Zaïre. A l’époque, je dus utiliser mon stylo pour expliquer aux zaïrois de l’époque qui se réjouissaient du renversement de l’homme de Kawele, pour dire et surtout convaincre qu’il ne s’agissait que d’un leurre, mieux, d’un renversement par défaut. Mobutu était malade. Il souffrait « officiellement » d’un cancer de la prostate en phase terminale, alors que d’autres sources évoquaient même le Sida, enfin ! Les parenthèses sur l’adverbe « officiellement » n’ayant qu’un seul objectif de verser dans les hypothèses et supputations suivant lesquelles il aurait succombé par empoisonnement pour accélérer son départ au pays de Saint Pierre et de « Jean-Marie » Lucifer.

J’ai dû montrer comment craignant de perdre le Zaïre, après une chute incontrôlée du Maréchal Mobutu, les américains, les français, les belges, les canadiens, les allemands-, les occidentaux ne souhaitant jamais être du côté des perdants (cela a toujours été le leitmotiv du département d’Etat américain, de la CIA et de la Maison Blanche), Bill Clinton et son administration, forts de leur célèbre théorie du dominos qui venait de faire ses effets aux balkans avec le démembrement de l’ex-Yougoslavie en plusieurs micro-Etats-, et convaincus en même temps, idée complètement raciste, ringarde et intégriste, qu’il y a des peuples au 20ème siècle voire au 21ème siècle qui sont incapables de gouverner des grands espaces ou d’y être gouvernés, rêvaient de le balkaniser à l’instar de la Yougoslavie, en concédant quelques régions au Rwanda, à l’Ouganda, à l’angola, au burundi, et d'abandonner en guise de récompense et de reconnaissance pour tous les services rendus lors de guerre froide au profit des américains et leurs alliés de l'OTAN, la partie ouest à Mobutu vivant ou mort avec son clan. Dès le début, le plan américano-européen battait du plan dans l'aile. Et pour cause un drapeau rwandais fut planté dans la ville d'Uvira fraîchement "libérée" par la soldatesque afdélienne ! Non seulement les médias et citoyens étrangers, notamment belges, français, parlèrent déjà des forces d'occupation, de colonisation, de néocolonisation voire d'esclavagisation du Zaïre, mais le peuple ex-zaïrois lui-même s'en mécontenta, et le fit savoir rapidement.

Washington et ses alliés se dirent, alors, que la meilleure solution était de « zaïrianiser » l’AFDL. Il fallait mettre en avant des cadres zaïrois pour commencer tandis que viendront après, et le moment venu, les vrais commanditaires. Les zaïrois devant servir comme des charrues. Bill Cliton, sa femme et leurs cadres de la CIA ne mirent pas assez de temps pour le comprendre. Que leur sacro-saint théorie du dominos aurait du mal à passer au Zaïre. Ils remarquèrent que bien que désirant de se débarrasser de Mobutu, le peuple se méfiait de la « rwandalisation » ou l’« ougandalisation » du mouvement rebelle lancé à la trace du vieux maréchal malade et devenu l’ombre de lui-même. D'où ils revirent leurs plans de néocolonisation et d’hégémonisation dans l’ex-Zaïre, car le peuple zaïrois, et ce ne fût ni un paradoxe ni une contradiction, était prêt à tout accepter, mais jamais à céder voire à y aliéner un quelconque centimètre carré de son immense territoire.

Les parrains et les courtisans de l’AFDL comprirent alors que si Mobutu avait échoué sur tous les plans politique, économique, social, culturel, technologique, géologique, botanique, zooologique, etc., il avait fait du bon travail au plan de la conscience révolutionnaire. C’est ce qu’on appela le « Nationalisme zaïrois authentique » où en résumé, il s’agissait d’y insister sur la vocation africaine du Zaïre et sur l’hospitalité dont devait jouir tout citoyen zaïrois sur toute l'étendue de son territoire national. L’homme zaïrois était par définition, mais pas que, par conviction, au-delà et au-dessus des tribus. C’était la nation avant tout. L’appartenance et la fierté d’y appartenir qui prévalaient.

Il fallait zaïrianiser, bien sûr, l'Afdl, mais jamais à n'importe quelles conditions. Le choix des hommes s'y imposait. C’est alors que les faiseurs des rois firent assassiner le commandant Ngandu Kisase. Son seul tort était d’être mutetela de la même tribu que Patrice-Emery Lumumba leur ennemi juré. Comme l’homme du 30 juin 1960 qui affronta le roi Baudouin yeux dans les yeux là où Kasavubu essuya son cul et murmurait dans un monologue de prisonnier, Ngandu Kisase dénonça les ingérences et les interférences étrangères, critiqua sévèrement l’impérialisme occidental, le néocolonialisme, l’hégémonisme des rwandais et des ougandais, qu’il croyait pourtant servir la cause africaine, plutôt que celle des pays occidentaux, leurs ONG et multinationales … Assez pour le laisser continuer de vivre. Quelques mois plus tard, il sera sèchement abattu par la soldatesque qui l’accompagnait soi-disant en mission de service quelque part dans la brousse des environs de Walikale !

Cet assassinat, de plus, d’un leader ayant véritablement le sang congolais et véritablement pionnier de la lutte pour le renversement du maréchal Mobutu ne passa pas dans l’opinion ex-zaïroise. Le sentiment anti-rwandais-, quoique j’aie personnellement essayé d’expliquer et d’en atténuer la teneur, en montrant que de tout temps les puissances occidentales ont toujours essayé, pour leurs propres dividendes, d’opposer les afro-noirs entre eux, et que la chasse aux tutsis était inacceptable et condamnable (mes détracteurs m’enfilèrent même une liaison avec une femme tutsie tout simplement pour y avoir essayé de raisonner les malpropres, mon couple failli même disloquer à cause des tels racontards)-, pris alors des allures exorbitantes voire dangereuses, car on n'était pas loin d'un nouveau génocide, après celui survenu au Rwanda de Juvénal Habiyarimana quoi que, et il n'y en a aucun négationnisme là-dessus, on devrait plutôt parler d'un massacre en grande échelle, plutôt que d'un génocide en 1994, parce que dans les "génocidés" y figuraient également des hutus dits modérés, un génocide ayant pour seule et unique classification des victimes appartenant à une seule race ou ethnie, et ici ce ne fût jamais le cas.

C'est alors que pour calmer le jeu, les assassins de Ngandu Kisase crurent mieux faire d’introniser Mzee Laurent-Désiré Kabila. Rusé et plus outillé idéologiquement que Ngandu et les autres, Mzee joua le jeu. Il se refusa, tout au long de sa campagne, une quelconque opposition frontale ni avec les parrains occidentaux ni avec les coursiers africains. Réclamé à cor et à cris par l’ensemble de la nation zaïroise, par les pseudo-intellectuels, par les journaleux et qu’en sais-je encore, j'eus quelque doute sur cette aventure libératrice et démocratique tissée du Rwanda et de l'Ouganda. Je basais mon scepticisme de l'adage selon lequel "on apprend pas au vieux singe à faire des grimaces"; je fus quand même un opposant radical à Mobutu et au mobutisme-, persécuté et exclu définitivement de l’Université Nationale du Zaïre et du campus de Lubumbashi en particulier, relégué à Oshing’Untu (Lubefu) mon village natal avec interdiction de lire et d’écrire, pour avoir osé défier le système Mobutu et son vice-recteur qui siège en ce moment à Cour Constitutionnelle de mon pays de souche. Un parcours de résistant politique à la dictature qui n'était pas peu.

Pour moi, il n’y avait pas que les conditions qui n’étaient pas réunies, mais également l’agenda que nous n’avions ni tracé, ni écrit. Le lâche assassinat du camarade-Président Mzee Laurent-Désiré Kabila héros national y relève justement. Au Front Patriotique, dont je représentais les intérêts au BENELUX, alors que deux de ses ministres Kinkela et Sondji respectivement ministres de PTT et de la santé publique siégeaient au gouvernement de salut public sous la direction éclairée et courageuse de Mzee, je ne cessai d’interpeller le Chef de l’Etat et son entourage (le colonel Eddy Kapend aide de camp et mon ami et ancien collègue du département de philosophie de l’Université de Lubumbashi en ce compris) sur la nécessité de gouverner autrement et surtout de réécrire un autre agenda. Malheureusement on ne lui laissa jamais le temps. Il fût assassiné le 16 janvier 2001 au Palais de marbre de Ma Campagne/Binza. Nous laissant tous orphelins.

Aujourd’hui, il me semble que l’histoire se répète. On se précipite et on prend pour argent comptant les idées et les agissement des lobbies et pouvoirs occidentaux. En première ligne, une fois de plus, les acteurs politiques amnésiques et sourds-muets, les intellectuels charognards et les journalistes en béquilles, incapables tous d’aucune anticipation.

Voici la question qui vaut 100 vaches. S’il est vrai, comme j’entends ci et là que Joseph Kabila Kabange est ou a été l’homme choisi par les parrains occidentaux et leurs coursiers afro-noirs, aurait-on l'amabilité de nous dire qui étaient aujourd'hui les parrains et les coursiers qui ont choisi Moïse Katumbi  pour le mettre à sa place ? Cette question en appelle des questions suivantes : pourquoi ces parrains et coursiers ont-ils porté leur choix sur Moïse Katumbi et pas sur un autre opposant congolais, si réellement Katumbi était un opposant, après avoir tout gagné du Pprd parti majoritaire ? En changeant Kabila par Katumbi, les parrains et coursiers entendent-ils changer de politique au Congo-Kinshasa? Ont-ils, enfin, choisi d’entériner définitivement l’indépendance politique, économique, technologique, géologique de la République Démocratique du Congo ? Ont-ils décidé de ne plus faire subir aux nationalistes afro-noirs en général, et cette fois-ci, à Katumbi ou à un autre remplaçant éventuel de Joseph Kabila Kabange le sort réservé à Lumumba, L-D. Kabila, Marien Ngouabi, Barthélemy Bongada (Centrafrique), Thomas Sankara, au colonel Kadhafi… même s’il venait à s’opposer frontalement à eux ? En y répondant par l'affirmative, ces parrains et coursiers auraient-ils décidément et enfin trouvé en Katumbi l’homme providentiel qu'attendait le Congo-Kinshasa depuis plus de 56 ans d’indépendance dite nationale?  Hélas, le peuple congolais (en qui j’appartiens) étant si abruti, si limité réflexivement qu’on peut lui raconter n’importe quoi, il avalera, car il n’a ni esprit critique, ni discernement, surtout chez ceux qui se targuent de l’étiquette « intellectualiste », alors qu’il y étaient autant analphabètes que les "vrais" analphabètes.

Et voici la réponse à la question qui vaut 100 vaches : pour moi, l’alternance politique-, je l’avais dit et écrit en 2006 et 2011, et je le redis et le réécris encore sur tous les tons mineurs et majeurs en 2016-, sans mettre entre parenthèses la démocratie-, même si le philosophe allemand Emmanuel Kant avait cette formule si surprenante, mais enrichissante si l'on en comprend le contexte, suivant laquelle "le démocratie est un despotisme" -, n’a lieu d’être que si elle est portée  sur un changement  des mentalités, plutôt que sur un changement d'hommes. En effet, ce ne sont pas les hommes qu’il faut changer, mais les mentalités des gouvernants. Peu importe celle ou celui qui alternera avec celle ou celui qui était là et qui s’en ira, car rien ne changera au Congo-Kinshasa tant que psychiquement et mentalement la médiocrité, la voyoucratie, la corruption et d’autres anti-valeurs acerbes ne quitteront pas ceux qui sont censés incarner l’autorité de l’Etat.

C’est pourquoi, fort de mes analyses-, ayant toujours eu raison trop top, n'oeuvrant pas pour Joseph Kabila Kabange, ni pour qui que ce soit de son régime, n’y percevant aucun salaire même pas un centime de franc congolais, sinon un statut de simple sympathisant et de reconnaissance au bilan du Chef de l’Etat sortant, même s’il est vrai que plusieurs projets sont encore inachevés, mais bon tout cela reste du domaine du futur, qui doit être géré ensemble pour le bien de la nation -, je vois encore JOSEPH KABILA KABANGE poursuivre pendant quelques mois encore sa « révolution de la modernité » à la tête de la République Démocratique du Congo, et de préférence jusqu’à ce qu’on trouve un homme loyal, honnête, nationaliste, prêt à donner sa vie pour l’intérêt suprême du pays ; celui donc qui NE TRAHIRA JAMAIS LE CONGO-KINSHASA comme le firent Patrice-Emery Lumumba, Laurent-Désiré Kabila, Pierre Mulele, Simon Kimbangu. Ce n’est pas d'une prophétie dont il est question (dans un pays où Dieu continue au travers des églisettes et des pasteurs racoleurs actifs et passifs à faire des miracles dont personne n’a jamais rien vu de tel), mais d'une analyse réfléchie, dynamique et mobile aussi bien en sens vertical qu’horizontal.

Un proverbe africain dit : « Si tu parles, tu meurs. Si tu ne parles pas, tu meurs. Alors parles et meurs, mais débout ».

Vive la République Démocratique du Congo

Vive les héros nationaux Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila

 

Belgique, le 11 septembre 2016

 

 

Antoine-Dover OSONGO-LUKADI

 

-Habilité de philosophie

-Post-docteur en Phénoménologie praxéologique de l’Université de Poitiers (France)

-Docteur en philosophie et lettres de l’Université Catholique de Louvain (Belgique)

-Professeur des universités

-Membre des Sociétés savantes USA&Canada

-Directeur-Administrateur kilimandjero.blogs.dhnet.be

-Directeur-Editeur revues et maisons d’éditions IAS-RAS&CRPIC-RPp

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