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10/01/2018

CONGO-KINSHASA: LA "GUE-GUERRE" KABILA-MONSENGWO VUE DE FRANCE

VERBATIM:

"Ces derniers jours, le cardinal Monsengwo a coupé son portable et s'est enfermé chez lui. Seul le protocole l'a obligé à prendre au téléphone Mme Kabila, la femme du chef de l'État congolais. Lui a-t-il répété les mots de son communiqué, diffusé mardi après la répression deux jours plus tôt d'une manifestation de catholiques où, selon l'ONU, au moins cinq personnes ont été tuées? L'archevêque de Kinshasa y fustige les dirigeants de RDC (République démocratique du Congo), "incapables de protéger la population, de garantir la paix", et demande que "les médiocres dégagent" du pays."

Source: JDD.fr du 10 janv 18


Un cardinal congolais en guerre contre Joseph Kabila

Vénéré en République démocratique du Congo (RDC), le cardinal Monsengwo, proche du pape François, attaque frontalement le président Joseph Kabila après la répression sanglante d'une manifestation de catholiques.

Le cardinal Monsengwo.
Le cardinal Monsengwo. (Reuters)
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Ces derniers jours, le cardinal Monsengwo a coupé son portable et s'est enfermé chez lui. Seul le protocole l'a obligé à prendre au téléphone Mme Kabila, la femme du chef de l'État congolais. Lui a-t-il répété les mots de son communiqué, diffusé mardi après la répression deux jours plus tôt d'une manifestation de catholiques où, selon l'ONU, au moins cinq personnes ont été tuées? L'archevêque de Kinshasa y fustige les dirigeants de RDC (République démocratique du Congo), "incapables de protéger la population, de garantir la paix", et demande que "les médiocres dégagent" du pays.

La présidence du pays en vue?

Jamais Mgr Monsengwo, véritable autorité morale en son pays, n'était allé aussi loin dans l'attaque du pouvoir. À 78 ans, ce proche du pape François a pourtant une longue expérience de la politique congolaise. Dans les années 1990, sous Mobutu, il a présidé le Parlement provisoire. Quand Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir en 1997, ce docteur en théologie est menacé de mort. Mais c'est avec son fils et actuel président, Joseph Kabila, qu'il soupçonne de vouloir s'accrocher au pouvoir au mépris de la Constitution, que les relations sont les plus tendues. Fin 2016, le cardinal est l'artisan de l'accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoit des élections avant la fin 2017. Le scrutin n'a toujours pas eu lieu.

Plusieurs fois, on a prêté à Mgr Monsengwo l'intention de briguer la présidence du pays. Le gouvernement l'a en tout cas pris pour cible cette semaine, condamnant notamment "ses propos injurieux".

II

République démocratique du Congo : l'Eglise dénonce la "barbarie" du régime

LE GRAND DIPLO - Le cardinal de Kinshasa a une nouvelle fois condamné jeudi les exactions des forces de l’ordre qui ont été jusqu’à tirer des grenades lacrymogènes dans les églises pour intimider des fidèles appartenant à l’opposition au régime. Au micro d'Europe1, la chronique du rédacteur-en-chef international du JDD, François Clemenceau.

Des manifestations secouent le pays depuis décembre 2016, date à laquelle Joseph Kabila aurait du quitter le pouvoir.
Des manifestations secouent le pays depuis décembre 2016, date à laquelle Joseph Kabila aurait du quitter le pouvoir. (Sipa)
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Pour comprendre ce qui se passe depuis des semaines en République démocratique du Congo, l’ancien Zaïre du maréchal Mobutu, il faut rappeler que le président actuel, Joseph Kabila, aurait dû quitter le pouvoir en décembre 2016. La Constitution lui interdisait en effet de se représenter après deux mandats. Et si l’Église catholique congolaise s’exprime si haut et si fort aujourd’hui,  c’est précisément parce qu’elle avait accepté de jouer un rôle de médiatrice l’an dernier lorsque Kabila a demandé un sursis pour repousser les élections d’un an.

L’Église avait réussi à calmer l’opposition en offrant sa garantie à un accord qui prévoyait d’élire un successeur à Kabila en décembre 2017. Or cet accord a été violé par le président qui a prétexté de l’instabilité dans le pays et d’une insuffisance logistique. Le scrutin a été repoussé à décembre 2018 et certains barons du parti au pouvoir parlent même du printemps 2019.

Une douzaine de morts lors des manifestations selon l'opposition

Bref, pour l’opposition qui veut prendre sa revanche sur Kabila, trop c’est trop, des manifestations ont éclaté ces derniers jours, les forces de l’ordre ont tiré sur la foule. L’opposition parle d’une douzaine de morts, les Nations Unies de 5 tandis que le pouvoir nie avoir tué qui que ce soit.

L’Église a donc décidé de sortir de la médiation et de se ranger dans le camp de l’opposition. Le cardinal Monsengwo, 78 ans, n’est pourtant pas un révolutionnaire. Il a vécu toutes les tragédies de ce pays, sous Mobutu, puis sous le règne de Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel président, assassiné en 2001 dans des circonstances mystérieuses et toujours non-élucidées.

Le départ de Kabila exigé par l'Onu

Le cardinal a supporté la présidence du fils, Joseph, les fraudes, la corruption, l’impuissance à ramener la paix dans les régions du Kasaï et du Kivu où des centaines de milliers de personnes sont déjà mortes dans des guerres entre milices pour le contrôle des richesses minières. Et donc, hier, au cours d’une messe commémorant les victimes de la colonisation belge, avec au premier rang dans l’église deux des chefs de l’opposition, le cardinal a comparé les violences du régime actuel avec celles du passé. La veille, il avait même parlé de la "barbarie" du régime et lâché cette petite phrase : "il est temps que les médiocres dégagent"…

Que peut-il se passer maintenant ? Difficile de le prévoir. La balle est clairement dans le camp de Joseph Kabila. Le patron de l’ONU, Antonio Gutteres lui demande de partir, l’Union Européenne dénonce le recours à la violence pour rester au pouvoir, la France demande à Kabila de respecter le droit de l’opposition à manifester pacifiquement et de tenir sa promesse de tenir l’élection en décembre prochain. L’Église appelle chacun des camps au calme mais dans ce grand ventre de l’Afrique, 80 millions d’habitants, elle sera clairement désormais au côté des victimes et du droit.

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