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23/07/2012

ON NE REPETERA JAMAIS ASSEZ LE VICE DE LA POLITIQUE D'AIDE AU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE

Afrique : le vice de la politique d’aide au développement
(Afrik.com 20/07/2012)



La problématique des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) réside sur le débat de l’antériorité entre la croissance et les institutions, débat qui continue à entretenir la controverse chez les scientifiques entre eux d’une part, et les scientifiques et les décideurs internationaux d’autre part. Et l’orientation de la politique d’Aide au Développement (AD) du 21ème siècle est principalement influencée par ce débat, même si les recherches sur la question sont devenues un vrai football politique.

Le tournant dans ce débat a été marqué par les recherches de Burnside et Dollar (2000) qui ont trouvé une corrélation positive entre l’aide au développement et la croissance dans les pays en voie de développement (PVD) ayant des bonnes institutions. Le corollaire direct a été l’instauration de l’amélioration des institutions comme conditionnalité à l’AD. Bien que d’autres recherches, notamment celles de William Easterly (2003), aient démontré que les données utilisées par ces auteurs étaient biaisées, l’intuitive plausibilité de leurs résultats n’a pas, un seul instant, quitté les actions des agences internationales d’aide.

Mais après une décennie d’actions d’amélioration des institutions, de multiplication et de multiplicité d’aide, les résultats restent catastrophiques. La croissance en Afrique reste une simple affaire d’augmentation du PIB, et plus de 50 % de la population reste pauvre, ce qui n’est pas loin des chiffres d’il y a 30 ans. L’AD, même conditionnée par les bonnes institutions, n’a pas montré son efficacité.

Dès le départ, la politique d’AD contenait en elle-même les germes de son échec. C’est le fait que l’on ait pensé que les institutions font les hommes, ce qui est intuitivement vrai, et donc doter l’Afrique des mêmes institutions que les pays développés, donnerait aux africains les incitations correspondantes. Cette façon de penser a ramené les institutions à l’origine de l’homme et a complètement écarté nos pensées de la vérité. En effet, les hommes façonnent les institutions en fonction de leurs incitations et, lorsque ceux-ci sont animés des incitations et convictions médiocres, la contrainte n’est qu’un catalyseur de changement institutionnel apparent alors que l’esprit reste inchangé.

Le problème, en Afrique, n’est donc pas seulement institutionnel, mais aussi et surtout humain. Alors le vrai débat, quant à l’AD, doit se baser sur l’antériorité entre les institutions et les incitations.

Il y a un vice majeur qui réduira toujours à l’échec l’AD en Afrique : la propension des dirigeants politiques au détournement des fonds et à la corruption. Ce vice est, toutes choses restant égales par ailleurs, fonction de la situation matérielle et financière initiale des dirigeants politiques, renforcé par l’instabilité des institutions.

En Afrique, il est possible de sortir directement d’une basse classe, ou d’avoir vécu dans une situation matérielle et financière pas confortable, pour occuper par la suite un poste de direction dans un pays. La conséquence est que la première incitation d’un tel dirigeant est de sortir spontanément de sa situation matérielle et financière initiale, et de faire en sorte qu’il n’y retourne plus jamais, d’où la propension élevée au détournement et à la corruption quelle que soit la bonté des institutions.

L’instabilité du pouvoir joue aussi un rôle assez important : le même dirigeant sait qu’à tout moment il peut être remplacé et que son successeur ne continuera jamais les projets initiés. Il ne se lance donc pas dans des projets de développement de longue durée, et fait de son mieux pour s’enrichir vite. C’est de cette façon qu’il détourne même les fonds d’AD au profit des intérêts personnels.

Un autre aspect est l’habitude. Il est généralement difficile d’abandonner de telles pratiques quand on en a fait une habitude nationale. En Afrique, l’on a même commencé à croire que la politique est la seule activité qui puisse rendre riche. Alors les aspirants, parfois pauvres et voyant leurs prédécesseurs s’enrichir impunément par toutes sortes de détournement et de corruption, attendent leur tour pour faire la même chose. C’est donc un cercle vicieux qui s’est créé et qu’il faut démanteler !

Avec la politique d’AD, l’on a cru que les nouvelles institutions plaquées de manière exogène pourraient changer un tel dirigeant, alors que c’est plutôt un changement endogène préalable des incitations de ce dirigeant qui constitue un vrai moteur de développement.

Par conséquent, pour que l’AD soit un moteur de la croissance, il doit y avoir deux formes de changement : premièrement, l’incitation au développement doit provenir des bénéficiaires et non des donateurs, et ceci doit être la condition nécessaire à l’obtention de l’AD. Une autre forme de conditionnalité doit être la bonne utilisation de la précédente AD obtenue. L’Afrique serait plus responsable si elle-même pouvait prendre conscience de son besoin, et présenter par la suite des projets de développement aux Agences d’AD, car son irresponsabilité actuelle est due au fait que, n’ayant pas constaté elle-même son besoin, et donc dans l’absence d’incitation au développement, ce sont les Agences d’AD qui lui proposent des fonds de développement. Comme dit Easterly (2003), ces fonds sont ainsi considérés comme de l’argent facile, ce qui est aussi un des mobiles de multiples détournements de ces fonds.

Deuxièmement, il faut une révolution mentale qui puisse amener les africains, lors des élections, à ne plus fonder leurs incitations sur le fanatisme politique qui se contente des discours démagogiques et de l’appartenance ethnique ou tribale, mais à devoir étudier sérieusement le parcours professionnel et moral, ainsi que la situation matérielle et financière initiale des dirigeants avant de les établir. De cette façon, le choix opéré pourrait minimiser la chance des corrompus.

Manifestement, ces changements seront plus avantageux pour la réussite de l’AD que des actions visant à contraindre l’Afrique à des réformes institutionnelles auxquelles elle n’est pas préparée.



Kyayima Muteba Franklin est économiste à l’Université de Kinshasa.

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org

 

 

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ET SI LA CHINAFRIQUE ETRANGLAIT LA FRANCAFRIQUE ?

La Chinafrique va-t-elle tuer la Françafrique ?
(Atlantico 20/07/2012)



La Chine vient d'annoncer le doublement de ses investissements en Afrique. Pour les Etats africains, dont beaucoup ont longtemps été des partenaires clefs de la France, Pékin est devenu un allié de choix... au détriment de l'Hexagone ?

Saga afrikaPublié le 20 juillet 2012RSS 0 inShare0 
1 2 suivant › dernier » Atlantico : La Chine et les États africains discutent actuellement de leurs relations, au cours de la conférence interministérielle du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC). Pékin y a notamment annoncé jeudi le doublement de ses investissements en Afrique à hauteur de 20 milliards de dollars. La montée en puissance de la « Chinafrique » signifie t-elle la fin des relations privilégiées entre la France et de nombreux États de ce continent ?
Philippe Hugon : Malgré des liens forts avec un certain nombre d’États africains, la France a eu tendance, sur le long terme, à se retirer de ce continent. Le poids des investissements, la présence militaire, tous les indicateurs vont dans ce sens. La France a diversifié ses interventions dans le monde, même si elle a toujours des relations privilégiées, en particulier avec les pays francophones.

A l'inverse de cette dynamique française, des pays émergents, notamment la Chine, mais aussi l'Inde ou le Brésil, arrivent massivement sur le continent africain. On peut voir les Chinois comme des concurrents déloyaux : les questions de corruption, de non-respect des conditions environnementales, peuvent favoriser les groupes chinois face aux groupes français. Des contrats ont certainement été perdu par Bouygues ou Bolloré pour ces raisons. Total doit aussi y faire face. Les groupes de télécommunications s'affrontent aussi, France Télécom devant faire avec une concurrence nouvelle. La diversification des partenaires pour les États africains change la donne. L'intérêt des pays émergents pour les ressources naturelles dont dispose le continent africain favorise forcément la croissance de ce dernier.

Mais en réalité, l'ensemble des investissements chinois a aussi favorisé les activités des entreprises françaises sur place. Il y a peu de domaines où il y a véritablement une concurrence en termes de parts de marché. L'aide française n'est pas liée aux contrats signés par les entreprises tricolores. La présence de ces nouveaux partenaires ne se fait donc pas au détriment des intérêts français.

Les méthodes et les moyens employés par la Chine pour entretenir ses relations avec l'Afrique sont ils comparables avec ce qui est pratiqué par la France ?
Dans le fond, les relations que la Chine entretient avec l'Afrique ressemble avec ce qui se faisait en France il y a une trentaine d'années : des liens forts dans le champs du politique, une non dissociation des liens public/privé et une importante corruption. Le tout sans être très regardant sur les situations environnementale et sociale.

Aujourd'hui, l'aide française s'est largement multilatéralisée. Elle dépend de nombreuses contraintes européennes. Paris s'appuie de manière croissante sur des ensembles régionaux plutôt que sur des États. Elle travaille beaucoup avec des ONG. La politique d'aide chinoise ne connaît pas tous ces outils et repose uniquement sur des relations d’État à État.

La Chine mélange allègrement ce qu'ils appellent la coopération, les investissements productifs et l'aide à proprement dite.

 

 

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22/07/2012

CONGO/KINSHASA : LES CULS DE LA DISCORDE

RDC - 
Article publié le : dimanche 01 juillet 2012 - Dernière modification le : dimanche 01 juillet 2012

RDC: la disparition de Diomi Ndongala suscite des interrogations

Eugène Diomi Ndongala (G) aux côtés du leader du principal parti d'opposition Etienne Tshisekedi, en l'église Notre-Dame de Kinshasa, le 22 juin 2012.
Eugène Diomi Ndongala (G) aux côtés du leader du principal parti d'opposition Etienne Tshisekedi, en l'église Notre-Dame de Kinshasa, le 22 juin 2012.
AFP PHOTO / JUNIOR DIDI KANNAH
Par RFI

Où est passé Diomi Ndongala, le président de la Démocratie chrétienne et porte-parole de l'opposition tshisekediste ? L'opposant est recherché tant par les siens que par la police. Il est poursuivi pour viol sur des mineures. Une frange de l'opposition institutionnelle, les Forces acquises au changement, a animé une conférence de presse au cours de laquelle la situation de Diomi a été évoquée. Selon elles, les méthodes utilisées contre le président de la DC ne diffèrent en rien des stratagèmes qui avaient servi, en 2010, à maquiller l'assassinat de l'activiste des droits de l'homme, Floribert Chebeya.

 

Il a disparu de la circulation depuis quelques jours, en cavale selon la police, enlevé par les services de sécurité, rétorquent ses proches.

En tout cas, Eugène Diomi Ndongala est au centre d’une polémique. Pour les forces acquises au changement, le président de la Démocratie chrétienne et porte-parole de la mouvance tshisekediste, est victime d’une cavale politique.

« Il dérange et il faut le museler », explique le député Martin Fayulu, pour qui les méthodes du pouvoir sont connues : « Le pouvoir en place est en train de traquer Eugène Diomi. Je suis député comme Diomi, et Diomi étant député, nous voulons une enquête parlementaire. Le monsieur qui prétend être le père des filles – et ces filles-là – qui sont-elles réellement ? Chebeya, on a trouvé un condom et des cheveux dans sa voiture. Diomi (…), on dit qu’on a trouvé des capotes chez lui ».

« Il n’y a pas de montage », a réagi le colonel Kadiama. Le commandant de la police territoriale de la Lukunga a déclaré s’en remettre à la police scientifique, pour des analyses qui devront être effectuées sur des prélèvements faits sur les préservatifs trouvés sur les lieux.

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