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24/06/2010

CONGO/KINSHASA : LES FEMMES AUSSI SAVENT ECRIRE C'EST PLUTÔT SYMPA N'EST-CE PAS ?

Sambi: « J’écris parce que les actes ne suffisent pas, ils n’ont jamais suffit. J’écris pour la colère, la révolte. Parce qu’avec les mots, on sait dire sa rage, sa tristesse… »

Si Joëlle devait partir sur une île déserte et emporter uniquement un objet dans sa valise, elle prendrait sans hésiter un stylo et en cachette peut-être un carnet. Quand on la voit pour la première fois, on ne peut s’empêcher d’être touché par sa candeur, sa volonté et sa sagesse. Passionnée par l’écriture depuis son plus jeune âge, Joëlle entame des études de journalisme en 2001. Parallèlement à sa formation universitaire, elle continue d’écrire des textes et remporte plusieurs récompenses dont la deuxième place du Prix du Jeune Ecrivain Francophone pour son « Religion ya Kitendi » publié en 2005. Quatre ans plus tard, la jeune femme sort son premier roman « Le Monde est Gueule de Chèvre » paru aux éditions Biliki, et travaille actuellement sur l’écriture de son second livre.

Au-delà de son sourire étincelant,  il y a  assurément quelque chose de touchant chez la jeune auteure, « un je-ne-sais-quoi »  qui ne laisse pas indifférent. Du haut de sa petite taille, elle manie les mots avec grandeur. A l’aise dans ses baskets, veste mauve, coiffée de locks,  Joëlle n’a rien de l’écrivain traditionnel. Et tant mieux ! Celle qui se définit comme quelqu’un de têtu, d’optimiste  et d’idéaliste a plus d’un bic dans son  sac. Et pour mediacongo.net, elle accepte de revenir sur certains chapitres de son Histoire. Tout en gardant bien en tête que les plus beaux restent encore à écrire…

Pourquoi avoir choisi l’écriture ?

Joëlle Sambi : «( …) C’est assez difficile de dire pourquoi l’écriture. Je pense qu’au fond de soi, chacun sait ce qu’il peut faire, ce qu’il sait ou du moins pense pouvoir faire. J’ai lu, beaucoup, très tôt et puis j’ai écrit. Et ça ne s’est plus arrêté ( et tant mieux !). J’écris parce que les actes ne suffisent pas, ils n’ont jamais suffit. J’écris pour la colère, la révolte. Parce qu’avec les mots on sait dire sa rage, sa tristesse, on sait écrire son histoire, du moins un aspect de celle-ci. (…) Il y a des grands hommes, ceux qui changent radicalement le cours de l’histoire, ceux qui posent des actes et modifient la vie du plus grand nombre. Pour un mieux. Et puis, il y a ceux qui en parlent, ceux qui disent le temps qu’ils vivent, l’époque dans laquelle ils évoluent ou sont coincés. Dans la position qu’est la nôtre, dans la tournure actuelle des évènements, l’urgence c’est d’être absolu dans son engagement. L’urgence c’est d’accepter qu’il y a longtemps que nous ne sommes plus vierges, blancs de toutes horreurs. Il me paraît donc indispensable de remettre des couleurs dans nos parcours, de changer de chemin ou de revenir vers eux, de créer de nouvelles voies, d’ajouter son grain de sel ou de sable…bref de prendre activement, rageusement part au changement. A sa hauteur. Voilà, pourquoi j’écris. Pour m’insérer dans le vide, m’extirper du silence et m’entêter face à un monde qui ne change pas et apporter ma brique. Et dire… »

Quels sont les obstacles que peut rencontrer une femme auteure congolaise ?
Joëlle Sambi : Elle peut faire face aux difficultés que connaît n’importe quel auteur. Il y a d’abord les obstacles en tant qu’auteur et puis en tant que femme congolaise. Personnellement, je n’ai pas remarqué de difficultés particulières engendrées par mes origines. Le plus dur a été de trouver un bon éditeur. Après, peut-être que les critiques vont être différentes parce que je suis une femme, parce que je suis congolaise mais tout cela vient a posteriori. La grande difficulté à priori est de trouver un bon éditeur.

Justement, est-ce difficile de trouver un éditeur ?
Joëlle Sambi : Oui, c’est assez difficile. Avant la parution de mon premier bouquin, j’ai fait toute une recherche sur Internet et il y avait énormément d’éditeurs. Après avoir fait ce premier recensement, j’ai du voir si ce que j’avais écrit pouvait entrer dans la ligne éditoriale des livres déjà publiés par les maisons d’édition en question. Et puis, après quand on envoie le manuscrit, il faut passer le filtre de la poste, de la secrétaire qui va lire ou pas le bouquin. Tout cela prend énormément de temps, pour moi cela a duré entre 4 et 5 mois. Puis, un jour, j’ai eu des réponses et après tout s’est enchaîné très vite.

Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes filles qui, comme vous, désirent écrire un livre ?
Joëlle Sambi : Ecrire et ne pas laisser tomber. Parfois on voit à la télé des gens qui disent que ce n’est pas facile d’être édité et qu’il y a trop de livres. C’est vrai qu’il y a beaucoup de bouquins publiés mais combien sont de qualité ? Peut-être que le sien sera de qualité et fera la différence. Je m’étais dit que je sortirais mon premier livre à 18 ans et je l’ai sorti 10 ans après. J’aimerais aussi leur dire qu’il ne faut pas hésiter à participer à des concours d’écriture car il y a toujours un feedback intéressant qui est donné dans ces compétitions.

D’ou-vous est venue cette passion pour l’écriture ?
Joëlle Sambi : Depuis petite, je tenais mon journal intime et des carnets d’écriture et j’ai toujours beaucoup lu.

Quels sont vos auteurs préférés ?
Joëlle Sambi : Toni Morrison, cet auteur a une écriture qui est toujours à la limite parfois  féerique et en même temps très cru. J’aime beaucoup aussi l’auteure camerounaise Calixthe Beyala et l’écrivain Sembène Ousmane plus connu pour ses films que pour ses livres. Sarah Kane a également une écriture très maladive. C’était quelqu’un de très mal dans sa peau et quand on lit ce qu’elle écrit, on le vit, elle écrit avec ses tripes et j’aime ça.

Est-ce qu’il y a beaucoup de femmes auteures congolaises?
Joëlle Sambi : Il y en a quelques-unes mais pas énormément. Il n’y en a pas assez de toutes les  façons.

 Vous êtes actuellement dans l’écriture de votre deuxième livre, combien de temps cela vous prend d’écrire un livre ? Est-ce que l’histoire est déjà déterminée dans votre tête ou bien vous la construisez au fur et à mesure ?
Joëlle Sambi : Cela se fait petit à petit. Parfois, il y a des périodes très ordonnées ou j’arrive à écrire tous les soirs même si c’est trois lignes.  Puis, il y a des périodes où je n’arrive pas à respecter cet ordre et je n’écris rien. Parfois aussi, je sens l’histoire j’arrive à voir l’enchevêtrement des évènements et alors là, j’écris à fond. Mais disons que, de manière générale, je n’ai pas vraiment de structure et c’est certain que je gagnerai à en avoir une. J’espère que cela viendra plus tard.

 Vous l’avez dit, vous avez commencé à écrire très jeune, dès lors on comprend aisément pourquoi vous avez opté pour le journalisme.
Joëlle Sambi : Ce n’était pas le journalisme dès le début. J’avais pensé au droit mais il fallait retenir pleins d’articles, pleins de codes et comme je n’ai pas une bonne mémoire, j’ai abandonné l’idée.  Dans le journalisme, il y a aussi beaucoup de choses à retenir mais disons que là au moins il y a une certaine liberté, une forme de rébellion, d’engagement  que je n’aurais pas pu retrouver dans le métier d’avocat, mais c’est un avis tout à fait personnel.

Que vous inspire les 50 ans d’indépendance de votre pays d’origine ?
Joëlle Sambi : Cela m’inspire une certaine tristesse, mitigée… D’une part, c’est extraordinaire de se dire que malgré tout ce qu’il a connu, ce pays est toujours là. Et en même temps c’est dur de s’apercevoir qu’après 50 ans finalement il n’y a pas grand choses qui a changé. Bien souvent, on a mis de la peinture fraîche sur des vieux bâtiments. Aussi, je ne sais pas si on doit se réjouir par rapport à toutes les festivités qui se préparent parce qu’il y a beaucoup de choses qui ont été dites et pas faites. Personnellement, je ne vois pas vraiment de raison de se réjouir et en même temps, il y a des femmes et des hommes dont le Congo aurait toutes les raisons d’être fier. Nous sommes nombreux dans la diaspora et au pays à bosser dur, à casser les clichés à inverser la tendance et ma foi, si ces 50 ans devaient souligner une chose, que ce soit au moins ça !

Que pensez-vous de la réforme de santé aux Etats-Unis ?
Joëlle Sambi : C’est une bonne chose. C’est incroyable. Maintenant on dit beaucoup que la réforme a été édulcorée, vidée de son essence. Mais 32 millions de citoyens américains ce n’est pas rien ! 32 millions de personnes qui vont enfin pouvoir bénéficier d’une couverture médicale. On a du mal à s’imaginer que dans un pays aussi grand que les Etats-Unis cela n’existait pas avant. Barack Obama n’a certainement pas la tâche facile dans son travail, ce n’est pas un saint ni le diable, mais il a l’air de faire ça bien. On verra.

Quel est le personnage historique que vous admirez le plus?
Joëlle Sambi : Sans hésitation Patrice Emery Lumumba, parce qu’il avait ce « défaut » d’être résolument optimiste. Quand on lit la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme, Pauline, alors qu’il était en prison, il émane de celle-ci une telle foi pour son pays. Dans sa tête, il pouvait voir un Congo prospère et développé. Je l’admire pour cela, peut-être que je travaillerais plus efficacement si, comme lui, je pouvais voir ce que mon pays deviendra dans quelques années. J’admire aussi Angela Davis parce que c’est une militante féministe noire qui a été de tous les combats, c’est un exemple pour moi.


mediacongo.net : Un tout grand merci Joëlle !

Contacts :
Sur facebook : Joëlle Sambi Nzeba
Pour commander le livre :
http://www.biliki.com/index.php?biliki=Le-monde-est-gueul...
e-mail : jsambi@hotmail.com
 




Propos recueillis par Anda Busaki
19/06/2010

20:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/06/2010

AFRIQUE EN QUESTION : LE COURAGE QUI NOUS MANQUE SELON JEAN-CLAUDE DJEREKE

Deux textes de réflexion pour le cinquantenaire des « indépendances africaines »‏
De : Benoit B. KUNGUA (benkung01@yahoo.fr)
Envoyé : vendredi 18 juin 2010 15:12:26
À : augustin ramazani (augustin.ramazani@yahoo.fr); Jean Marie Vianney (jm_vianney@hotmail.com); Thomas Binye (thobinye@hotmail.com); Sandra Kenny (sandrakenny@hotmail.com); Ngoy Kashimoto (kashimoto@rogers.com); Muhoka Lukunda (muhoka_inc@yahoo.ca); Philomène Makolo (pmakolo@hotmail.com); Francine Forget (fforget66@hotmail.com); Judith Houedjissin (houedidi@hotmail.com); desire danga (dangadidier@yahoo.ca); Mebometa Guy Ndongo (mebometaguy@yahoo.ca); Félix-Marie Affa'a (fmaff@videotron.ca); Kalifa Goita (kalifa@iottawa.com); Levit Koloko (kolokoll@yahoo.com); rouguiatou sow (rouguya159@yahoo.fr); Anne Germaine Marie NDIONE (nanoushfr@yahoo.fr)
Cc : Jean Claude Djereke (jcdjereke@yahoo.fr); Dover Osongo (adolosongo@hotmail.com); francismbog@yahoo.fr

 Chers collègues du Cerclecad,


Je vous fais suivre (ci-dessous) deux textes (Le courage qui nous manque et À quoi devons-nous résister aujourd'hui) écrits par notre ami et collègue Jean Claude Djereke, théologien et écrivain ivoirien, penseur de la libération intégrale de l'Afrique et d'une éthique de la responsabilité des Africains, en cette période de la célébration de 50 ans des « soi-disant » indépendances politiques. J'ai retrouvé dans ces textes audacieux et prophétiques une grande vision sur les « ruptures » que nous devons opérer individuellement et collectivement, pour faire advenir dans les faits une « Autre Afrique »,  digne, libre et responsable. Merci à Jean Claude de m'avoir envoyé ces textes stimulants en cette période, où, plus que jamais, la réflexion doit primer sur les réjouissances tropicales, mobutistes et clientélistes. Bonne lecture et à bientôt.


Benoît Awazi Mbambi Kungua.



Le courage qui nous manque

Ceux qui ont commencé à réfléchir sur le cinquantenaire de nos semblants d’indépendances disent ouvertement que les pays francophones ont plus reculé qu’avancé. C’est le cas de Samir Amin qui n’hésite pas à parler de « décennies perdues ». Jugement excessif ? De mon point de vue, l’économiste égyptien n’a pas tort car, à scruter froidement et objectivement cette « indépendance des drapeaux et de l’hymne national » (l’expression est de l’universitaire sénégalais Macktar Diouf), on constate qu’il y a eu plus de coups d’Etat en Afrique francophone que dans les autres parties du continent, que nos frères anglophones s’en sortent beaucoup mieux que nous en termes d’accès à l’éducation, à la santé et à l’eau potable, d’alternance au pouvoir sans effusion de sang, d’organisation d’élections équitables, justes et transparentes, de respect des droits de l’homme, que l’Angleterre ne s’immisce pas, de manière intempestive et indécente, dans les affaires internes de ses ex-colonies, qui ont leur propre monnaie sans que cela entrave leur développement.

Au lieu de nous battre pour avoir notre propre monnaie, nous, anciens pays de l’Afrique occidentale française (AOF) et de l’Afrique équatoriale française (AEF), défendons bec et ongles une monnaie avilissante et appauvrissante. Nous continuons à croire aux paroles mielleuses d’un pays qui a attendu que les anciens combattants africains décèdent pour voter une loi leur permettant de percevoir la même pension que leurs collègues de l’Hexagone ; nous persistons à faire confiance à des gens qui ne nous épargnent pas toutes sortes d’humiliations avant de nous autoriser à fouler leur sol. Nous trouvons normal, malgré le regard condescendant et méprisant jeté sur nous, de participer joyeusement et bruyamment aux sommets franco-africains alors que nous savons que les promesses qui y seront faites par les dirigeants français ne seront jamais tenues. Le 24 mai 2006, au Bénin où il était en campagne, Nicolas Sarkozy n’avait-il pas effectivement promis de débarrasser la relation entre la France et ses anciennes colonies « des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent, des circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé », de « tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés » ? N’avait-il pas souhaité, à cette occasion, que la France quitte enfin la posture de donneuse de leçons ? Bref, Sarkozy n’avait-il pas plaidé pour une rupture ? Cette rupture, les Africains l’attendent encore et toujours comme Vladimir et Estragon attendaient Godot dans la pièce de théâtre de Samuel Beckett. Comment pouvons-nous continuer à nous accrocher à un pays que la juge franco-norvégienne Eva Joly accuse d’avoir « accaparé les ressources minières du Gabon avec la complicité d’un président enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets » et d’être derrière les guerres civiles et les dictatures qui ont détruit et endeuillé l’Angola, le Congo-Brazzaville, le Nigeria, etc. (voir son livre-témoignage « La force qui nous manque », Paris, Les Arènes, 2007, pp. 115 et 116) ?

De deux choses l’une : ou bien nous, Africains francophones, sommes d’incorrigibles masochistes ou bien il nous manque ce que le théologien protestant allemand Paul Tillich (il fut chassé de l’Université pour avoir pris la défense d'étudiants juifs molestés par les Nazis) appelle « le courage d’être », c’est-à-dire le courage de déplaire, le courage d’être désagréable, le courage de choquer, le courage d’aborder les sujets qui fâchent comme le président ivoirien l’a fait le 30 mai dernier au cours de l’émission « Le débat africain ». Face à Madeleine Mukamabano  et Norbert Navarro, envoyé spécial permanent de Radio France Internationale (RFI) à Abidjan, Laurent Gbagbo disait en effet : « Il n’y a pas de raison pour que j’aille en France tant qu’on n’aura pas discuté du différend qui continue d’opposer l’Etat français à l’Etat de Côte d’Ivoire… La tentative, par un pays, de renverser un Chef d’Etat légalement élu, légitime, légitimé par une élection démocratique et populaire. Tant qu’on envisage les relations ainsi, entre deux Etats, je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas d’accord avec cette manière de voir les relations entre deux Etats… » Lui emboîtant le pas, le président rwandais faisait savoir, en marge du 25è sommet France-Afrique de Nice, que l’Afrique n’a plus besoin de maîtres mais de partenaires.

« On peut renoncer au patrimoine, on peut renoncer à l’héritage, certes. Mais a-t-on le droit de renoncer à la lutte ? », se demandait le Martiniquais Aimé Césaire (« Discours sur le colonialisme », Paris, Présence africaine, 2004, p. 90). La renaissance et la vraie indépendance africaines que beaucoup appellent de leurs vœux n’arriveront pas sur un plateau. C’est en luttant, pied à pied à la fois contre nos propres démons (tribalisme, corruption, non-respect du bien commun, indiscipline, paresse, etc.) et les Pharaons étrangers qui n’ont d’estime que pour l’Africain béni-oui-oui, que nous pourrons donner un autre visage de et à l’Afrique. C’est pourquoi nous ne pouvons pas continuer à vivre dans la lâcheté et la peur, à murmurer contre ceux qui, en 50 ans ne nous ont rien apporté, à être incohérents (le soir, nous critiquons la France ;  le lendemain, nous accourons sans vergogne à ses convocations). Le temps est venu de rompre avec nos inconséquences.

Jean-Claude DJEREKE

 


A quoi devons-nous résister aujourd’hui ?


Pour Agnès Antoine, l’homme providentiel est « un homme que son histoire personnelle a conduit avant d’autres à percevoir et comprendre les enjeux profonds et encore inexprimés de l’histoire générale. Et qui, à un moment donné, sans qu’il ait forcément souhaité et préparé ce destin, est amené, sous l’effet d’une menace pesant sur le groupe humain qui lui est proche et d’événements déclencheurs, à intervenir dans un sens libérateur et, ainsi, à donner forme et expression à l’Histoire en l’incarnant ». La philosophe française poursuit : « L’homme providentiel ne se confond pas tout à fait avec le grand homme, le héros ou encore le sauveur. Mais il en partage les grandes caractéristiques par sa capacité à aider ses contemporains à dépasser une période critique, à ‘‘tuer’’ symboliquement les pères qui, par conservatisme ou abus de pouvoir, confisquaient la puissance d’être et de devenir du groupe. Il arrive au bon moment, il a une dimension morale incontestable, qui constitue sa force principale : il fait autorité. » (A. Antoine, « On ne se décrète pas providentiel, on le devient », La Croix du 20 avril 2007, p 13). Pour avoir appelé, il y a 70 ans, les Français à résister à l’occupation de leur pays par l’Allemagne nazie, le général de Gaulle fait incontestablement partie de ces hommes providentiels que l’Histoire n’oubliera pas de sitôt.

La célébration de cet anniversaire a-t-elle un sens pour les Africains ? Si oui, pourquoi ? Nous souvenir de l’appel que le futur fondateur de la Vè République lança sur les ondes de la BBC, c’est, premièrement, nous souvenir en même temps de nos propres résistants : Sékou Touré qui « préférait la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », Harris Memel Fotê, Joseph Ki Zerbo, David Diop et d’autres Africains qui acceptèrent de remplacer les coopérants français partis de la Guinée après que ce pays eut voté pour l’indépendance en 1958, Thomas Sankara qui voulait que les Africains comptent sur eux-mêmes, produisent ce qu’ils consomment et consomment ce qu’ils produisent. Une quête qui lui attira les foudres de Mitterrand « alors que l’ancien président français ne dédaigna pas d’être assis près de Mobutu, dictateur criminel s’il en fut sur le parvis des droits de l’homme à Paris, lors du bicentenaire de la Révolution de 1789 » (Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2004, p. 133).

Commémorer le 18 juin 1940, c’est ensuite retrouver l’importance de l’engagement qui, au dire de Lionel Jospin, « consiste, sans entrer toujours dans un parti, à prendre parti ».  L’ancien Premier ministre français ajoute : « Nombreux ont été dans ce siècle qui s’achève les événements qui ont entraîné des hommes à prendre parti. L’affaire Dreyfus, la Grande Guerre, la Révolution d’octobre, la guerre d’Espagne, le fascisme et son refus, la découverte de l’Holocauste, la décolonisation ont chacun suscité la passion, la réflexion et l’action : l’engagement de générations entières de militants et d’intellectuels. S’engager, c’est donc choisir la responsabilité, c’est-à-dire quitter l’état de spectateur pour rejoindre celui d’acteur. Il y a dans ce choix une alchimie intime où se mêlent un regard sur le monde tel qu’il est, la réflexion personnelle sur ce qu’il devrait être, la décision d’agir pour qu’il change. » (Discours prononcé, le 2 février 2000, à l’université catholique de Louvain pour la réception du titre de docteur honoris causa)

A quoi devons-nous résister aujourd’hui pour que les choses bougent et changent en Afrique ? D’abord à la Françafrique dont le général de Gaulle est un des pères fondateurs  et que François-Xavier Verschave (1945-2005) décrit comme « un système mis en place pour continuer à opprimer les pays africains qui venaient d'accéder à leur indépendance vis-à-vis de la France [et] constitué par des réseaux qui ont été développés et entretenus pour continuer comme avant ». Nous devons y résister de toutes nos forces parce que la Françafrique est « la suite de la colonisation qui se poursuit sous d'autres modes et qui était quand même bel et bien le système d'appropriation des richesses de l’Afrique par des étrangers », parce que, « dans la Françafrique, il y a eu un processus de sélection des chefs d’État : par la guerre comme au Cameroun, par l’élimination comme au Togo ou en Centrafrique, ou encore par la fraude électorale » (F.-X. Verschave, La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Paris, Stock, 1999). Nous devons ensuite résister au pillage de nos ressources naturelles sur lesquelles la France a fait main basse avec la complicité de certains présidents africains dociles et corrompus. Parlant de l’uranium nigérien pillé par Areva ou de l’or de Sadiola (Mali), « deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol », la Franco-norvégienne Eva Joly écrit : « Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. » (La force qui nous manque, Paris, Les Arènes, 2007, p. 149)

Nous devons aussi nous rebeller contre la pensée unique présente dans la plupart de nos partis politiques où certains confondent respect et adoration du chef. Il est urgent et nécessaire de le faire car, si « une société doit poser ou admettre des références et des représentations comme un vis-à-vis d’elle-même, tel un autre qui n’est pas hors d’elle, pour avoir le moyen d’exister, d’agir et de créer autre chose, ces autorités n’ont de sens que par rapport à ce qu’elles ont pour but de permettre, elles ont à ouvrir un processus qui appelle, comme nécessaire, autre chose que leur particularité propre… . Par là, une société s’organise selon le double mouvement qui renvoie chaque autorité à d’autres, et qui réfère toutes les autorités au contrôle de l’ensemble social » (Michel de Certeau, La faiblesse de croire, Paris, Seuil, 1987, p. 133).

Nous devons résister enfin à l’afro-pessimisme ambiant, aux Cassandre d’ici et d’ailleurs, bref à tous ceux qui veulent nous faire croire que l’Afrique ne s’en sortira jamais, qu’elle va mourir bientôt. Certes, elle est mal en point ; certes, elle est malade et « malade d’elle-même » (Tidiane Diakité) en partie mais, à voir certaines initiatives prises ici et là (création d’Asky Airlines, la nouvelle compagnie aérienne ouest-africaine, l’organisation de la dernière coupe du monde de football en Afrique du Sud, etc.), il n’y a pas lieu de désespérer d’elle.

jcdjereke@yahoo.fr

18:02 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

10/06/2010

LE SOLEIL EN EBULITION QUE VONT DEVENIR NOS ENFANTS?

 

Éruptions solaires : de fortes perturbations à craindre sur Terre ? Découvrez les images

Le Soleil deviendra bientôt beaucoup plus actif qu'il ne l'est aujourd'hui. On devrait ainsi pouvoir observer de nombreuses éruptions solaires qui, bien que très esthétiques, pourraient se révéler dangereuses pour l'activité humaine.Lire la suite l'article

Cette hausse d'activité pourrait en effet avoir d'importantes conséquences sur les satellites orbitant autour de la Terre, et des experts se sont déjà réunis mardi dernier afin de trouver des solutions pour protéger ces équipements.

Le Soleil est l'une des étoiles de la Voie Lactée. Il connaît des périodes de repos durant lesquelles son activité est réduite (onze ans en général). Une période d'activité se différencie d'une période de repos par la présence de taches sombres à la surface de l'astre : tous les onze ans en moyenne, il n'y a alors plus vraiment d'éruptions ni de projections de matière.

Durant les périodes de forte activité, comme celle que le Soleil connaîtra bientôt, des éruptions solaires ont lieu. On peut alors observer de gigantesques panaches à la surface du Soleil, lesquels dégagent des particules qui peuvent endommager les équipements électroniques de la Terre, notamment les GPS, les appareils aériens et les radiocommunications.

Une importante éruption solaire pourrait provoquer une perte économique vingt fois supérieure à celle causée par l'ouragan Katrina, selon l'Académie américaine des sciences. C'est pourquoi la capacité à prévoir ces éruptions est devenue capitale. Il faut notamment, avant leur survenue, mettre les satellites en mode sécurisé et protéger les équipements électroniques d'éventuelles surcharges.

La Nasa et la NOAA (National oceanic and atmospheric administration) ont ensemble mis en place plusieurs satellites capable de surveiller le Soleil et de prévoir ses changements d'activité. L'engin spatial Stereo (Solar terrestrial relations observatory) est même capable d'observer 90% de la surface du Soleil.

Pour découvrir les images du Soleil : 
Découvrez les photos sur Maxiscience

 

17:29 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)